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VILLE DE PARIS. — NEUVIÈME ARRONDISSEMENT. — N" 36. QUARTIER DE L’ARSENAL.
hors de service, pour défendre les approches du pont dans le cas où lesmunitions viendraient à manquer.
Rue des Jardins-St-Paul , dans une maison dont nous avons vai-nement cherché l’emplacement, demeurait Rabelais , qui y est mort le9 avril 1553. Il fut enterré dans le cimetière de l’église St-Paul, aupied d’un grand arbre qu’on a longtemps conservé en mémoire de cegrand écrivain.
Rue du Petit-Musc. Charles V et Charles VI avaient fait bâtir danscette rue une belle habitation que l’on nomma l’hôtel Neuf, et ensuitel’hôtel du Petit-Bourbon. Louis de France, duc de Guienne, y demeuralongtemps. Plus lard, cet hôtel fut habité par Anne de Bretagne, dontil prit le nom, puis par la duchesse d’Etampes, maîtresse de François I' r ,et par Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois. L’entrée principale decet hôtel était dans la rue du Petit-Musc ; les jardins, qui s’étendaientjusqu’à la rue de la Cerisaie, furent enclavés plus tard dans le monastèredes religieuses de la Visitation. L’hôtel du Petit-Bourbon a longtempsété la principale demeure des princes aînés de la maison de Bourbon,qui s’y trouvaient à proximité de l’hôtel St-Paul, où résidèrent Char-les V et Charles VI.
Au n° 2 est la caserne des Célestins, qui occupe une partiedes bâtiments du couvent des Célestins ou Barrés. — En 1366 ,le roi Charles V fit venir du monastère du Mont-de-Chatres, prèsd’Orléans, six religieux célestins, qu’il établit dans un bâtiment de laplace Maubert, abandonné par les carmes. En 1364, il leur donna unepartie des jardins de l’hôtel St-Paul, qu’il occupait et qu’il avait faitbâtir, et posa en 1367 la première pierre de leur église ; le cloître futreconstruit en 1539 : on voyait dans ce cloître le tombeau d’AntoinePerez, ministre du roi d’Espague.— La chapelle d’Orléans fut fondée parle duc de ce nom, en expiation du malheur arrivé le 30 janvier 1392 ,pendant une fête magnifique donnée par la reine Blanche, veuve de Phi-lippe de Valois, fête où le roi Charles VI manqua d’ètre brûlé. Une desprincipales curiosités de cette chapelle était une colonne de marbreblanc, supportant une urne dans laquelle était conservé le cœur duconnétable de Montmorency. Non loin de celte colonne était le tombeaudu duc d’Orléans et de Valentine de Milan, son épouse. A l’extrémité dece tombeau, on voyait un magnifique groupe de Germain Pilon, repré-sentant trois Grâces, en marbre, de grandeur naturelle, soutenant uneurne en bronze où était placé le cœur du roi Henri II et le cœur de lareiue Catherine de Mcdicis. Près de ce tombeau se trouvait uue colonneen marbre blanc, érigée à la mémoire du roi François II.— Parmi les au-tres tombeaux que renfermait encore l’église des Céleslius, une des églisesde Paris les plus riches en monuments de ce genre, nous citerons ceuxde Renée d’Orléans de Longueville; de l’amiral Chabot, par Jean Cousin;du duc de Rohan-Chabot, par Auguier ; de Timoléon de Cossé-Brissac ;du duc de Longueville, par Auguier ; de Louis de la Trémouille, mar-quis de Noirmoutier ; de Sébastien Zamet, surintendant des finances deCatherine de Médicis, etc., etc., etc. —En 1783, l’autorité forma dansle couvent des Célestins un hospice médico-électrique, tenu par le sieurLedru père, lequel, après avoir amusé longtemps la cour et la ville, de-vint si célèbre sous le nom de Cornus. — L’établissement formé parl’abbé de l’Epée pour l’instruction des sourds-muets fut placé en 1785dans les bâtiments des Célestins : on sait qu’il n’était accordé à cet amide l’humanité qu’une modique somme annuelle de trois mille quatrecents livres, tant pour lui que pour son adjoint, et pour l’entretien depauvres élèves. — Après les événements de 1789, les monuments del’église des Célestins furent transportés au musée des monuments fran-çais. L’église devint un magasin de bois de charronnage qui brûla en•1795. Depuis, les bâtiments de l’église ont été convertis en caserne decavalerie.
Rue St-Antoine, n ü 62, est I’hôtel Beauvais, dont le sombre por-tail est surmonté d’un balcon qui annonce une des plus anciennes habita-tions de ce quartier. Il a été bâti sur les dessins de le Pautre, pour Pierrede Beauvais et Catherine Beltier, sou épouse, première femme de lareine Anne d’Autriche. C’était le rendez-vous ordinaire de la cour lors-qu’il y avait quelque cortège brillant ou d’autres cérémonies publiquesà voir dans la rue St-Antoine ; les ornements qui décorent la façade
étaient autrefois fort admirés. Le président à mortier Jean Orry devintpropriétaire de cet hôtel en 1704, et en changea toute la distribution in-térieure ; l’architecture dorique du pourtour est bien ordonnée.
Au iv 1 212 est Fhôtel d’Ormesson , ci-devant hôtel du duc deMayenne, lieutenant général du royaume pour la Ligue, qui le fit recons-truire sur les dessins de Ducerceau. Son fils habita cet hôtel jusqu’en1621. Le comte d’Harcourt y demeura ensuite plusieurs années. Leprince de Vaudemont y fit sa résidence en 1709, et le fit restaurer sousla direction de Germain Boffrand.
Rue St-Paul était l’église de ce nom, érigée en paroisse vers 1107,supprimée en 1790 et démolie depuis.
Auprès du maître-autel de cette église avaient été inhumés les troismignons de Henri III, L. deMaugiron, le comte de Quélus, tués en duelau marché aux chevaux , près de la Bastille, le 27 avril 1578, et St-Mégrin, assassiné rue St-Honoré, le 21 juillet de la même année.Henri III leur fit ériger des mausolées magnifiques en marbre, qui fu-rent entièrement ruinés par le peuple le 2 janvier 1588. — François etHardouin Mansard, architectes, ont aussi été inhumés dans l’église St-Paul, où ils avaient un mausolée de marbre. On y voyait aussi les tom-beaux du duc de Biron, décapité le 31 juillet 1602 ; d’Arnaud de Corbie,chancelier de France; de l’historien Cenalis, évêque d’Avranclies ; deNicole Gilles, auteur des Annales et Chroniques de l'histoire de France;du savant Huet, évêque d’Avranches; de Rabelais ; du duc de Noail-les ; d’Henriette de Coligny, comtesse de la Suse ; du poète Desmarelsde St-Sorlin ; des savants Godefroy Hermant, Adrien Baillet, SilvainRegis, etc. etc., etc.
L’hôtel St-Paul doit son origine à Charles Y, auquel, lorsqu’il n’é-tait encore que régent, la ville de Paris fit présent, en 1361, d’un hôtelqu’elle avait acheté du comte d’Etampes. Pour augmenter cette propriété,ce prince acheta, en 1365, l’hôtel des archevêques de Sens, qui firentbâtir dans le même quartier un autre hôtel, qui existe encore aujour-d’hui sous le nom d’hôtel de Sens. Charles V destina l’hôtel St-Paul, ainsiqu’il est écrit dans son édit de juillet 1364, à être l’hôtel des grandsébattements . Il avait une étendue de dix hectares, et occupait, avec lesjardins , tout le terrain entre la rue St-Antoine et la Seine, depuis lesfossés de la ville jusqu’à l’église de la paroisse St-Paul, en sorte que laBastille et le couvent des Célestins paraissaient enclavés dans son en-ceinte. Cet hôtel, comme toutes les autres maisons royales de ce temps,était accompagné de grosses tours ; les jardins étaient plantés de pom-miers , de poiriers , de vignes, de cerisiers ; c’est d’une treille qui enfaisait un des principaux ornements et d’une cerisaie, que les ruesBeautreillis et de la Cerisaie ont pris leur nom. Les basses-cours étaientflanquées de colombiers et remplies de volailles, qu’on y engraissait pourla table du roi. Le principal corps de logis et la principale entrée étaientdu côté de la rivière, entre l’église St-Paul et les Célestins. — Dansla suite , l’hôtel St-Pau] fut abandonné par les rois, qui préférèrentl’hôtel des Tournelles. — Dès 1519 , François 1“ vendit quelques-unsdes édifices qui composaient l’hôtel de St-Paul, que Charles VII,Louis XI, Charles YIII et Louis XII avaient habité. En 1551,cet hôtel fut vendu à différents particuliers. Sur son emplace-ment on a percé les rues Beautreillis , de la Cerisaie , du Petit-Musc, etc., etc. — Charles VI mourut à l’hôtel St-Paul le 21 octobre1422, dans un tel état dedémiment, que,pour subvenir aux frais de sonenterrement, le parlement ordonna la vente à la criée des bons meublesdu feu roi ; sur son cercueil fut proclamé Henri VI, fils de Henri V, roid’Angleterre. Ses obsèques eurent lieu le 9 novembre , en l’église deNotre-Dame, d’où il fut transféré le lendemain à l’abbaye de St-Denis.— Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, mourut aussi à l’hôtelSt-Paul, le 24 septembre 1435.
Au n” 2 est Fhôtel de la Vieuville, fci-devant de la Reine-Blan-che , où l’on voit de beaux restes d’architecture. Il est occupé aujour-d’hui par l’établissement des eaux clarifiées.
La rue de Lesdiguières n’était, il y a cinquante ans, qu’un longpassage dont les issues étaient fermées par uue double grille. L’hôtel quilui a donné son nom avait été bâti par Zamet, Italien qui était venu