VILLE DE PARIS. — DIXIEME ARRONDISSEMENT.
N° 37. QUARTIER DE LA MONNAIE.
139
payait bien, sans doute, et qu’il étiquetait sur-le-champ du nom de l’an-cienne propriétaire.
L’ancien hôtel des monnaies, qui était situé rue de ce nom, à l’endroitoù on a percé la rue Boucher, tombant en ruines, le contrôleur géné-ral des finances assigna à la reconstruction d’un nouvel hôtel des mon-naies l’emplacement de l’hôtel Conti, et confia la direction des travauxà l’architecte Antoine. L’abbéTerray posa la première pierre de ce ma-gnifique bâtiment le 20 avril 1771, sans pouvoir faire oublier aux Pari-siens qu’il suspendit les rescriptions.
L’hôtel des Monnaies a sa principale façade sur le quai ; sa longueurest de 120 m. environ ; elle est percée de trois rangs de croisées, et cha-que rang de vingt.-sept fenêtres ou portes. Le rang inférieur ou celuidu rez-de-cliaussée, orné de refends, forme soubassement.Au centre estun avant-corps, dont l’étage inférieur, percé de cinq arcades, sert d’en-trée, et devient le soubassement d’une ordonnance ionique composée desix colonnes. Cette ordonnance supporte un entablement à consoles etun attique orné de festons et de six statues placées à l’aplomb des co-lounes • ces statues représentent la Paix, le Commerce, la Prudence, laLoi, la Force et l’Abondance : ouvrages de le Comte, PigalleetMouchi.
Au-dessous, au milieu des cinq arcades de cet avant-corps,' est cellequi sert d’entrée principale. La porte est richement décorée d’ornementsen partie dorés. Dans le vestibule qui se présente ensuite, sont vingt-qua-tre colonnes doriques cannetées. A droite est un magnifique escalier en-richi de seize colonnes, doriques.
Le plan de cet édifice se composedehuit cours, entourées de bâtimentsdont la destination est diverse.
En montant par le grand escalier , on arrive au cabinet de minéra-logie, qui occupe, au premier étage, le pavillon du milieu de la façade.Ce cabinet est décoré tout autour de vingt colonnes corinthiennes, degrande proportion, en stuc, couleur de jaune antique, supportant unevaste tribune. Cette tribune, [es galeries et les cabinets qui y communi-quent, sont garnis d’armoires , qui contiennent des objets minéralogi-ques, des dessins, des modèles de machines, etc.
La façade, en retour sur la rue Guénégaud , a 116 m. d’étendue :moins riche que la façade qui se présente sur le quai, elle n’en e.it pasmoins belle. Deux pavillons s’élèvent à son extrémité ; et un troisième aucentre : les parties intermédiaires n’out que deux étages; celui du rez-de-chaussée forme soubassement, et l’étage supérieur un attique. Dans cettepartie de l’hôtel des Monnaies est déposée la collection de tous les coinset poinçons des médailles, pièces de plaisir et jetons qui ont été frappésen France depuis Charles VIII jusqu’à nos jours, ainsi qu’une grandequantité de coins et poinçons appartenant à divers graveurs et éditeurs.
Condorcet logeait à l’hôtel de la Monnaie, à l'entresol. —C’est àl’angle gauche de la Monnaie, au troisième étage, que demeurait Bonapartetoutes les fois qu’il avait permission de découcher de l’école militairepour aller chez M. de Permon, père de la duchesse d’Abrantès.
Le palais des Beaux-Arts, situé rue des Petits-Augustins, L’écoleou palais des Beaux-Arts a remplacé rancien couvent des Petits-Augus-tins, dont voici l’origine. La reine Marguerite de Valois, première femmede Henri IV, ayant abandonné son hôtel de Sens par suite de l’assassinatde son favori, vint demeurer dans le faubourg St-Germain, où elle fitbâtir un magnifique palais, et une chapelle sous l’invocation de Notre-Dame des Louanges , desservie par des augustins déchaussés , auxquelselle donna une maison, un jardin et six mille livres de rente perpétuelle,à la condition qu’ils chanteraient des cantiques et les louanges de Dieusur des airs qui seraient faits par son ordre. Ces pères, qui, à ce qu’ilparait, n’aimaient pas la musique, s’obstinèrent à psalmodier ; la reineles chassa et mit à leur place, en 1612, d’autres augustins qui chantèrentsur tous les tons qu’il plut à la reine de leur imposer. En reconnaissancede leur obéissance, cette princesse leur permit de prendre dans ses im-menses jardins un vaste emplacement où ils construisirent un monastèreet une église, qui furent achevés en moins de deux ans, sans autre se-cours que les aumônes journalières du peuple.
Lors de la suppression des couvents et de diverses églises, la commis-sion des monuments arrêta, en 1791, que le couvent des Petits-Augus-tins servirait de dépôt aux différents objets d’art qu’on en avait enlevés.
Le gouvernement, ayant fait placer ces monuments sous la direction deM. Alexandre Lenoir, érigea ensuite ce dépôt en musée des monu-ments français, qui fut ouvert le 1 er septembre 1795.— La restaurationne respecta pas la riche collection des Petits-Augustins, qui réunissaitplus de cinq cents monuments de la monarchie, classés chronologique-ment dans huit salles, construites elles-mêmes avec des débris d’anciensmonuments. Dans les trois cours de l’édifice, on voyait les façades prin-cipales des châteaux d’Anet et de Gaillon, et les façades de portes, debalcons et d’autres décorations , également construites avec d’anciensfragments , dans le style et le goût de l’architecture du xiv c siècle. Ensortant des cours, on entrait dans un jardin dessiné et planté en façoud’Elysée : là, dans des sarcophages de forme antique, posés sur despelouses d’un gazon toujours vert, sous des peupliers et des platanes,reposaient, légèrement ombragés par des lauriers qui se mêlaient auxcyprès , aux myrtes et aux rosiers, les restes du maréchal de Tumme,d’IIéloïse et d’Abailard, de Descartes, de Molière , de la Fontaine, deBoileau, de Mabillon, de Montfaucon. C’est en 1816 qu’on eut l’idée,véritablement barbare, de détruire le musée des monuments français ;mesure désastreuse, qui occasionna la perte d’une multitude d’objetsprécieux, brisés dans le transport ou non remis en place et dispersés.
Le palais des Beaux-Arts, auquel on arrive par deux cours que séparel’arc de Gaillon, a été construit en 1832 ; il renferme un grand nombrede salles décorées dans le goût de la renaissance, et servant aux exposi-tions des envois de Rome et des élèves de l’école. L’une de ces sallesrenferme les tableaux ou esquisses de tous ceux qui ont remporté lespremiers grands prix depuis plus d’un siècle. Dans une salle du rez-de-chaussée, on voit la copie du Jugement dernier de Michel-Ange , exé-cutée par Sigalon ; dans cette même salle sont les tombeaux des Médicis,et les charmants bas-reliefs de Ghiberti.
L’Abbaye , située place de l’Abbaye et rue Ste-Marguerite, n° 22.Ce bâtiment, très-solide et isolé, est la prison de la justice de l’ancienseigneur abbé deSt-Germaiu des Prés, qui avait aussi autrefois, au centredu carrefour, une échelle patibulaire et un pilori. Les cachots de cetteprison monacale sont horribles ; un prisonnier a peine à s’y tenir debout.
Dans le cours de la révolution, la prison de l’Abbaye, où l’on renfer-mait une foule de détenus de tout âge et de toutes conditions, fut lethéâtre de scènes atrocement sanglantes. Le 30 juin 1789 , le peuple enenfonça les portes pour délivrer les soldats des gardes françaises quiavaient été enfermés dans cette prison pour n’avoir pas voulu tournerleurs armes contre leurs concitoyens dans la journée du 14 juillet.— Les2 et 3 septembre 1792 , sur deux cent trente-quatre prisonniers quiétaient renfermés à l’Abbaye, cent trente et un, dont dix-huit prêtres,ont été massacrés, trois se sont suicidés et quatre-vingt-dix-sept ont étémis en liberté. Entre les deux guichets qui séparaient la prison du lieude l’exécution , il s’était établi uu simulacre de tribunal composé dedouze hommes qui remplissaient les fonctions de jurés, et qui étaientprésidés par le fameux Maillard. Ces jurés improvisés environnaient unetable où était le registre des écrous. L’interrogatoire était court et l’ins-truction sommaire ; l’accusé jugé coupable était condamné par une for-mule mystérieuse qui n’était pas comprise de. l’accusé : les juges pro-nonçaient l’arrêt de mort en disant : A la Force ; le condamné croyaitqu’on allait le conduire dans une autre prison, il suivait ses guides qui.lemenaient à la porte extérieure, où il était massacré à coups de sabre. Ceuxque cet affreux tribunal absolvaient sortaient accompagnés des satellitesdes massacreurs, qui criaient : Vive la nation , et ils se retiraient sans péril.
Au nombre des prisonniers détenus à l’Abbaye , on cite : le duc deBeaujolais, Sombreuil, Cazotte, Journiac deSt-Méard, Barnave, Char-lotte Corday. L’abbé l’Enfant, l’abbé Chnpt de Raslignac et M. deMontmorin, ministre des affaires étrangères sous Louis XVI, y périrentlors des massacres de septembre. Le ministre des finances Clavières sefrappa de trois coups de couteau en 1793, pour se soustraire à la peinecapitale. Le 18 brumaire an n, M mc Roland sortit de cette prison pouraller à l’échafaud.
Après la révolution, la prison de l’Abbaye redevint comme avant uneprison militaire. Le général Malet y séjourna pendant quelque temps.Le brave général Bonnaire, qui défendit si vaillamment la ville de Condé