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VILLE DE PARIS. — DIXIEME ARRONDISSEMENT. — N» 37. QUARTIER DE LA MONNAIE.
«il 1815, condamné à la déportation et dégradé sur la place Vendôme en 11816, mourut de chagrin deux mois après dans la prison de l’Abbaye,où furent aussi enfermés à la même époque : le général Thyard, petit-neveu du cardinal de Bissy, membre de la chambre des représentantspendant les cent jours ; les généraux Belliard et Decaen, et l’aide decamp du général Bonnaire, Miéton, qui n’en sortit que pour être fusillé.
L’hôpital de la Charité , situé rue Jacob, doit sou origine à lacongrégation des frères de St-Jean de Dieu, association formée dansle but de soigner les malades, dont tous les frères, d’après leurs règle-ments, devaient être tous chirurgiens ou pharmaciens. Cinq de ces re-ligieux s’établirent en 1602 rue des Petits-Augustins. En 1607, ils vin-rent s’installer rue des Sts-Pères , au milieu de plusieurs jardins, prèsd’une petite chapelle dédie à St-Pierre, où ils firent construire une égliseet un hôpital. Le nombre de ces religieux ayant considérablement aug-menté, l’hôpital de la Charité devint le chef-lieu de toutes les maisons del’ordre de St-Jean de Dieu, répandues dans toute la France et dans sescolonies.—Pendant la révolution, le nom d’hospice de l’Unité fut donné àcet hôpital, qui reprit sa dénomination primitive sous le consulat. — Enjuillet 1830, l’hôpital de la Charité reçut cent soixante-cinq blessés, dontcinquante moururent de leurs blessures.
Le fameux Taconet, auteur et acteur à la fois ; Taconet, qui faisaitcourir la bonne compagnie aux boulevards dans les rôles de paysans etqui excellait tellement dans les rôles de savetiers, que Préville disaitde lui qu’il serait déplacé dans les cordonniers, Taconet mourut à l’hô-pital de la Charité en 1774, des suites de son intempérance.
En 1795, mourut dans cet hôpital Gaillard de Beaurieu, surnommél’Esope moderne. Boiteux et difforme, d’une figure repoussante, il se fitremarquer par des saillies piquantes et naïves, par des tours aussi neufsque hardis, et par une grande vivacité d’esprit. Aussi bizarre dans samise que dans sa personne, il se plaisait à faire revivre le siècle deFrançois I er ; chapeau pointu, manteau à la Crispin, souliers carrés ethaut-de-chausses du temps de ce prince, lui prêtaient un aspect si sin-gulier, que partout où il passait les regards se fixaient involontairementsur lui. Tous les ouvrages qu’il a publiés portent l’empreinte de l’origi-nalité de son caractère ; cependant les pensées en sont neuves, le plan enest régulier, la marche hardie, mais quelquefois trop systématique.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
L’hôtel de Nesle. Sous les règnes de Charles V, de Charles VI et dequelques rois leurs successeurs, l’hôtel de Nesle était une des plus nia-gnifiques habitations de Paris. Philippe le Bel l’acheta en 1308 d’A-maury de Nesle. Il fut donné et aliéné plusieurs fois par ses successeurs,sans toutefois qu’il cessât de faire partie du domaine de la couronne. En1571, Charles IX le vendit à Louis de Gonzague, duc de Nevers, qui lefit rebâtir en partie. Henri de Guénégaud, secrétaire d’Etat, en étantdevenu acquéreur, lui donna son nom et y fit faire de grands change-ments. Les bâtiments et les jardins de ce vaste hôtel étaient à peu prèscirconscrits par les rues Mazarine, de Nevers et le quai Conti, autrefoisquai de Nesle. A l’extrémité occidentale de cet emplacement, à l’angleformé par le cours de la Seine et le fossé de l’enceinte de Philippe Au-guste, étaient la porte et la tour de Nesle. La porte de Nesle, espèce debastille, existait encore sous le règne de Louis XIV.— La tour de Nesle,située à quelques mètres et au nord de cette porte, était ronde, très-élevée et accouplée à une petite tour plus haute, dans laquelle se trou-vait l’escalier : cette tour a acquis une triste célébrité par les crimesd’une reine de France, Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe leLong, accusée par la postérité d’appeler les jeunes gens qui passaientsous ses fenêtres, et, après avoir assouvi avec eux sa luxure effrénée, de Iles faire jeter du haut de la tour de Nesle dans la Seine. Voici ce que 1dit Brantôme : « Elle se tenoit à l’hostel de Nesle à Paris, laquelle faisoit !le guet aux passants, et ceux qui lui revenoient et agréoient le plus, dequelque sorte de gens que ce fussent, les fesoit appeler et venir à 'soy, et, après en avoir tiré ce qu’elle en vouloit, les faisoit précipiterdu haut de la tour, en bas dans l’eau, et les faisoit noyer. » Un bel éco-lier de l’université, Jean Buridan, célèbre d’ailleurs par son savoir, fut
précipité de la sorte ; mais il ne se noya point. Les scènes tragiques dontla tour de Nesle fut le théâtre ont été consacrées par ces vers de Villon :
Pareillement où est la royneQui commanda ijue BuriJanFust jeté en un sac en Seyne;
Mais où sont les neiges d’autan?
Plus tard, sous le nom d’hôtel de Conti, cet hôtel a laissé un touchantsouvenir historique. Ce fut là que Henriette de Clèves, femme du ducde Nevers, transporta la tête de Coconas , son amant, décapité avec laMole, le 30 avril 1574. On prétend qu’elle alla elle-même, au milieude la nuit, détacher ce sanglant trophée d’un des poteaux de la Grève,qu’elle le fit embaumer, et qu’elle le conserva longtemps dans une armoirepratiquée secrètement derrière son lit. Par un hasard singulier, la mêmechambre qui fut témoin des inconsolables douleurs de la malheureuseHenriette, fut arrosée, soixante-huit ans après, des larmes de sa petite-fille, Marie-Louise Gonzague de Clèves, amante de Cinq-Mars.
C’est impasse Conti que Monsieur (depuis Louis XVI11), après s’êtreéchappé clandestinement du Luxembourg, rejoignit la voiture dans la-quelle il partit pour l’émigration avec Antoine d’Avaray.
La porte, la tour, et ce qui restait de l’hôtel de Nesle, furent démolisen 1663, pour faire place au collège Mazarin. L’emplacement de la tourde Nesle est occupé aujourd’hui par le pavillon qui renferme la biblio-thèque Mazarine.
Le Pré aux clercs. Au delà de l’hôtel de Nesle et des murailles del’abbaye St-Germain des Prés s’étendait une vaste prairie, traverséepar un canal qui traversait l’emplacement où se trouvent aujourd’hui lesrues St-Benoît et des Petits-Augustins et qui se rendait daus la Seine. Laprairie, partagée en deux par ce canal, avait reçu le nom de grand etde petit Pré aux clercs, parce qu’elle fut fréquentée de tout temps parles écoliers appelés autrefois clercs , auxquels I'rançois I er en avait faitdon en reconnaissance de ce que le roi de la basoche marcha contre lesrévoltés de la Guienne en 1547. Le petit Pré aux clercs se trouvait entrela ville et le canal ; le grand Pré aux clercs comprenait tout l’espace oùont été percées les rues des Marais, des Sts-Pères, Jacob, de l’Université,des Petits-Augustins, de Verneuil, de Bourbon , le quai Malaquais, lequai Voltaire et partie du quai d’Orsav.
Le Pré aux clercs était un champ clos appartenant à l’abbaye St-Ger-main des Prés, où se donnaient les combats judiciaires. Là se trouvaitune estrade en bois, servant de siège aux juges du combat. Le 1 er dé-cembre 1357, Charles le Mauvais, roi de Navarre, monta sur cette es-trade, et, en présence de près de dix mille hommes rassemblés dans lechamp clos, il prononça un discours apologétique de sa conduite, ce quine l’empêcha pas de quitter Paris peu de temps après.
Le Pré aux clercs, qui a subsisté jusque sous Louis XIV, fut presquetoujours un théâtre de tumulte, de galanterie, de combats, de duels, dedébauche et de sédition. — En 1557, les réformés ayant été chassés parle peuple de la maison où ils se réunissaient, rue St-Jacques en face ducollège de Plessis, choisirent le Pré aux clercs pour y chanter les psau-mes de David en vers français. La foule les entoure et prend part à leurschants; bientôt le concert devient à la mode, il se renouvelle chaque jour,mais l’université a recours à la force armée, qui dissipe ces réunions.
Ce fut dans le grand Pré aux clercs que l’armée de Henri IV campaen 1589, lorsqu’il vint assiéger la ville : « Le mercredi premier jour denovembre, dit l’Etoile, après la prière faite dans le Pré aux clercs, le roisurprit les faubourgs St-Jacques et St-Geimain... et sur les sept heuresdu matin , il se fit faire au faubourg St-Jacques, dans la salle du Petit-Bourbon (à présent le Val-de-Grâce), un lit de paille fraîche sur laquelleil reposa environ trois heures. ».
Vers la fin du règne de Henri IV, le petit Pré aux clercs était entiè-rement couvert de maisons et d’hôtels avec jardins. Le grand Pré auxclercs ne tarda pas à se peupler aussi ; en 1629, la cour du parlementpermit de vendre à cens et à rente certaines places dudit pré, depuis larue des Sts-Pères jusqu’à la rue du Bac et au delà. ■— Ou commença àbâtir vers la même époque les rues des Petits-Augustins, Jacob, de l’U-niversité, de Verneuil, de Bourbon et des Sts-Pères, qui n'étaient pasencore achevées au commencement du règne de Louis XIV.