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VILLE DE PARIS. — DIXIÈME ARRONDISSEMENT. — N° 38. QUARTIER ST-THOMAS D’AQUIN.
Le mol four avait encore une autre acception. Voici ce qu’on lit àce sujet dans le Journal de la cour de Louis XIV du 10 janvier 1695,p. 7 : « U y avait plusieurs soldats , et même des gardes du corps, qui,dans Paris et sur les chemins voisins, prenaient par force des gens qu’ilscroyaient en état de servir, et les menaient dans des maisons qu’ilsavaient pour cela dans Paris, où ils les enfermaient, et ensuite les ven-daient, malgré eux, aux officiers qui faisaient des recrues. Ces maisonss’appelaient fours. Le roi, averti de ces violences , commanda qu’onarrêtât tous ces gens-là et qu’on leur fît leur procès. On prétend qu’ily avait vingt-huit de ces fours dans Paris, lesquels fours ne servaientpas seulement à retenir les hommes à vendre comme recrues; ils ser-vaient encore à renfermer des femmes et des enfants des deux sexes,que l’on enlevait pour les vendre et les envoyer en Amérique.
N° 38. QUARTIER ST-THOMAS D’AQUIN.
Ci-devant section de la Croix-Rouge, puis section du Bonnet-Rouge, et ensuitesection du Bonnet de la Liberté.
Les limites de ce quartier sont : le mur d’enceinte de la barrière deVaugirard à la barrière de Sèvres, la rue de Sèvres n°* pairs jusqu’auboulevard, le boulevard des Invalides n° 9 impairs jusqu’à la rue de Va-rennes, la rue de Varennes n 08 pairs jusqu’à la rue de Bourgogne, la ruede Bourgogne n' ,s impairs, la rue de GreneJle n ÜS impairs jusqu’à laCroix-Rouge, la rue du Chercbe-Midi n°* pairs jusqu’à la rue du Re-gard , la rue du Regard n" 8 pairs, la rue de Vaugirard n os pairs jusqu’àla barrière de ce nom. — Superficie 1,260,000 m. équivalant à 0,038de la superficie de Paris.
Les principaux édifices et établissements de ce quartier sont :
L’Abbaye-aux-Bois , située rue de Sèvres, n“ 16. L’Àbbaye-aux-Bois a été fondée en 1207 dans le diocèse de Noyon. Les religieuses ,ruinées par la guerre, ayant été obligées en 1654 de se disperser, ob-tinrent de Louis XIII la permission de résider à Paris, où elles s’éta-blirent en 1718 sous la protection de la veuve du duc d’Oiléans, frèrede Louis XIV, qui posa la première pierre de leur église le 8 juin1718. — L’Abbaye-aux-Bois dépendait de Cîteaux, dont elle était fille.C’était une abbaye royale dont l’abbesse était toujours une grande dame ;celles qui ont occupé cette dignité avant la révolution étaient une damede Harlay, une dame de Richelieu et une dame de Chabrillant.
L’ancien local de l’Abbaye-aux-Bois est affecté à un couvent dechanoinesses de St-Augustin de la congrégation de Notre-Dame, com-prenant une maison de retraite pour des dames veuves et des demoi-selles âgées ; un pensionnat nombreux et une classe gratuite d’externes.De nos jours l’Abbaye-aux-Bois a été le lieu de retraite de plusieursfemmes célèbres, qui sont venues chercher à l’abri de ses murs*la paixet la tranquillité. Dans l’impossibilité où nous nous trouvons de lesnommer toutes , nous citerons : M m * Récamier, M“’ e de Serait, M" ,e deGouvello , M 11 ' 0 d’Hautpoul, la duchesse d’Abrantès, etc., etc. C’est là,où pendant la restauration le vicomte de Montmorency, chef suprêmedes congrégations religieuses et des confréries, avait établi son quar-tier général, au milieu de ce cercle de femmes politiques et littéraires.—Dans ces dernières années ce parti de i'Abbaye-aux*Bois exerçait réel-lement sur les choses de ce monde, et principalement sur les nominationsde l’Académie , un pouvoir occulte qui n’était pas sans importance. Iltenait ses séances dans un petit pavillon situé rue de Sèvres. Là, tousles jours , de midi à minuit, une femme jadis célèbre par sa beauté , ettoujours remarquable par sa grâce et par son esprit, M." 1C Récamier, rece-vait naguère, et reçoit peut-être encore de nos jours, une société choisieparmi ses contemporains. C’étaient pour la plupart des illustrations ou-bliées, mais qui tenaient par le passé, par la parenté , par de doux sou-venirs ou par de dangereux secrets, à toutes les puissances de l’époque.Rien n’était plus redoutable jadis que le petit salon de M n,e Récamier,où l’on causait douze heures par jour ; c’était l’hôtel de Rambouillet denotre siècle. Ou y faisait des réputations littéraires ; car la littératureétait la grande affaire de cette société, qui, par ses alliances avec leparti politique, disposait souverainement des fauteuils de l’Académie.Nul n’arrivait s’il n’avait passé par là; les plus fiers devaient se soumet-tre à ce joug, qui du reste ne manquait ni de charmes ni de délicatesse.
L’église de l’Abbaye-aux-Bois est décorée de plusieurs tableaux,parmi lesquels on remarque un Christ, par Lebrun ; une Assomption ;une sainte Madeleine , etc.
L’église des Missions étrangères, située rue de Bac, n° 120. Leséminaire des Missions étrangères fut institué en 1663, par Bernard deSte-Tkérèse , pour propager la religion chrétienne chez les infidèles.Supprimé en 1792, rélabli en 1804, de nouveau supprimé eu 1809, il aété rétabli par ordonnance royale du 2 mars 1815, pour envoyer desmissionnaires dans les pays étrangers et formel' un clergé composé denaturels du pays ; ce séminaire envoie des missionnaires en Chine , auTongking , en Cochinchine, dans l’Inde , etc. L’église, reconstruite en1633, se compose d’une église supérieure très-ornée, dont l’autel estdécoré d’un bas-relief représentant la Foi, l’Espérance et la Charité ; etd’une chapelle basse fort simple, où l’on remarque trois autels.
L’hospice des Ménages, situé rue de la Chaise, n° 28. Cet hospiceoccupe l’emplacement d’une maladrerie affectée aux lépreux et suppri-mée en 1544. La ville étant devenue propriétaire des bâtiments de cettemaladrerie, les fit abattre en 1557, et les remplaça par le vaste établis-sement qui existe aujourd’hui et qui a reçu de notables agrandissementsen 1844. On y enferma d’abord des indigents vieux et infirmes et desmendiants incorrigibles. Plus tard, on y enferma des libertins, et ensuitedes fous des deux sexes, qui étaient placés dans de petites maisons ouloges séparées; disposition qui donna lieu à l’expression d’envoyer auxpetites maisons ceux qu’on supposait privés de leur bon sens. — Uneordonnance de 1801 décida que cet hospice sérail désormais affecté auxménages, et l’année suivante les fous furent transférés dans d’autresmaisons. Pour être admis dans cet hospice, l’un des deux époux doitavoir au moins soixante ans et l’autre soixante et dix ans. Les veufs etles veuves y sont reçus à l’âge de soixante ans. — D’importantes cons-tructions ont été ajoutées en 1843 et 1844 à cet établissement, où l’ona disposé d’immenses réfectoires où douze cents vieillards peuvent pren-dre leurs repas en commun, au lieu de les prendre dans les dortoirs.
L’hospice des Incurables femmes, situé rue de Sèvres, n° 54. Ila été fondé en 1637, par le cardinal de la Rochefoucauld, pour plusieursinfirmes de l’un et de l’autre sexe, affligés de maladies incurables. On n’yreçoit aujourd’hui que des femmes indigentes affectées de maladies in-curables ; les hommes sont traités maintenant dans une maison spécialedu faubourg St-Martin.
Le cardinal, de la Rochefoucauld a été enterré dans l’église de cethospice, ainsi que J.-P. Camus, évêque de Belley ; Jean-Baptiste Lem-berl, conseiller du roi, un des bienfaiteurs de l’hospice ; Matthieu deMorgues, abbé de St-Germain, etc.
Le séminaire de la congrégation des sœurs de la Charité,dites filles de St-Vincent de Paul, occupant une immense étendue deterrain, rue du Bac, n° 132 , et rue de Babylone. Cette communauté,fondée en 1633 par saint Vincent de Paul, compte environ deux millecinq cents filles qui se livrent au soin des malades et à l’instruction desenfants pauvres. L’établissement, que l’on a augmenté en 1843 d’unimmense bâtiment à quatre étages de dix-sept fenêtres de face donnantsur un vaste ja'rdin, dessert plus de trois cents maisons dans toute laFrance ; il reçoit du gouvernement un secours annuel de vingt-cinq millefrancs, pour favoriser l’admission d’un plus grand nombre de novices etfournir aux demandes des hôpitaux. A Paris, il dessert les hôpitaux ethospices des Eufants-Trouvés, d’Enghien, des Incurables femmes, desIncurables hommes, de l’hôtel royal des Invalides, de la Rochefoucauld,Lepritice, de l’infirmerie de Marie-Thérèse, des Ménages, Necker, et deSt-Merry.
La fontaine Grenelle, située rue de Grenelle, n os 57 et 59. Ce mo-nument, du au ciseau du célèbre Bouchardon, est décoré de sept statues,dont les trois principales sont groupées, et représentent la ville de Paris,assise sur un piédestal, ayant la Seine d’un côté et la Marne de l’autre.Elles rendent hommage à cette cité, et lui apportent des productions detoutes les saisons, désignées par les figures des quatre Saisons, qui sontautour du groupe.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue de Varennes, on voit plusieurs anciens hôtels, parmi lesquels