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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE I>K PARIS. DIXIEME ARRONDISSEMENT.- N° 38. QUARTIER ST-THOMÀS DAQUIN.

on remarque : au n° 14 Ihôtel de Tingry, aujourdhui de Montmo-rency-Luxembourg.

Au n° 22 Ihôtel de Castries , remarquable par la voûte eu pierredu grand escalier, si adioilemeat disposée quelle forme les armes dumaréchal de Castries.

Au n" 23 le grand et magnifique hôtel de Matignon, de Monaco etde Valentinois, commencé en 1721, sur les dessins de Jean de Cortone,par le prince de Tingry, plus connu sous le nom de maréchal de Mont-morency, et achevé par M. de Matignon en 1723. La façade du côté dela cour offre un aspect imposant; les deux ailes se raccordent parfaite-ment avec celte façade et les petits corps de logis du côté de la rue. Lesjardins sétendent jusquà la rue de Babylone.

Aux n°* 26 et 28 1 hôtel de Tessé, occupé aujourdhui par le mi-nistère du commerce.

Aux n ÜS 27 et 29 Ibôtel de Rohan-Chabot, aujourdhui hôtel deMontebello. Dans cet hôtel demeurait en 1829 M n ' e la princesse deChimay, autrefois la belle M ,,,e Tallien, qui a habité longtemps une petitemaison aux Champs-Elysées, allée des Veuves, est mort Tallien.On a raconté bien des choses extravagantes sur le costume un peu théâ-tral de lépoque du directoire, qui na été outré et défiguré que par desfemmes de mauvais goût. M ,ne Tallien, qui en avait donné le modèle,nen a jamais poussé lexactitude jusquà lindécence, comme on sestplu souvent à le répéter. Son costume était lexacte copie de celui deCamille daus les Hpraces, ou dIphigénie dans la tragédie de ce nom.Une séparation de consentement mutuel ayant rendu M mc Tallien à sonindépendance, elle reprit le nom de Cabanis, et quitta sa chaumière desChamps-Elysées pour aller habiter une jolie maison entourée dun fortbeau jardin, qui navait que le défaut dètre située près des nouveauxboulevards, mais qui, malgré cet éloignement, uen était pas moins fré-quentée chaque jour par lélite des gens à la mode de tous les quartiersde Paris, et les célébrités de lépoque. Cest dans son salon , fréquentépar Barras, la Reveillère-Lépaux, Bonaparte, Talma, Hoche, Masséna,le marquis de Chauvelin, le comte de Ségur, le chevalier de Boufüers, lechevalier de Panat, Cherubini, Boïeldieu, le peintre Gérard, le danseurTrenitz; MM ,IICS Bonaparte, Récamier, de Choiseul; de Noailles, SophieGay, d'Ha***, M ,le Lescot (depuis M" ie dIIaudebourg), et par une dou-zaine dofficiers devenus depuis de grands généraux, quon vit renaîtrepar degrés ce luxe de bon goût, ces soins dune recherche élégante, dontla tradition était presque perdue dans ce temps- , les parvenuscroyaient satisfaire à tout en rivalisant de prodigalité et de magnificence.Eufin cest dans ce salon quon vit renaître lélégance, la gaieté et lacauserie française.

Au n" 33 Ihôtel de la Rochefoucauld-Doudeauville.

Au n ü 35 Iuôtel dOrsay, habité aujourdhui par M. le comte Du-chatel, dont les vastes jardins sétendent jusquà la rue de Babylone etoccupaient tout lespace on a percé depuis la rue Barbet-de-Jouy. Cethôtel était naguère la propriété de M. Armand Seguin, lun des plusriches et des plus bizarres publicains de notre époque.

Il y avait formé une vaste bibliothèque musicale, et il était âgé deplus de soixante ans, quand le goût de la composition musicale lui vint,comme à Franc-Aleu la manie de faire des vers. Il pria le célèbre com-positeur Berton, auteur de la musique de Montano ei Stéphanie, de luidonner des leçons de fugue et de contre-point : depuis longtemps il rece-vait les leçons de Berton , lorsquun beau jour il lui déclara quil sentiendrait, et demanda à son maître quel prix il mettait à ses leçons ;le tout sélevait à dix-huit cents francs. La somme ne parut point tropélevée à M. Seguin ; mais, récapitulant à son tour ce que pouvait luiredevoir M. Berton pour les observations quil lui avait données enéchange, il déclara que, tout bien compté, ses observations valaient aumoins deux mille francs, que cétait donc deux cents francs dont Bertonlui restait redevable, mais quil lui en faisait volontiers labandon, pen-sant quil ne fallait pas y regarder de si près avec un artiste de son mé-rite. M. Seguin était aussi propriétaire du château de Jouy; il avaitdeux ou trois cents chevaux, qui, livrés à eux-mèmes, allaient des ap-partements dans le parc, libres de tout faire et ressemblant à ces cavalesde la Thrace que Virgile a si bien peintes en plusieurs endroits; il est

souvent arrivé que des amateurs de chevaux ont fait exprès le voyage deParis à Jouy pour admirer celte singulière cavalerie. Un Anglais proposauu jour dacheter quatre de ces chevaux pour la somme de trente millefrancs. M. Seguin, à qui lon fit part de cette proposition, fit amener lesquatre chevaux dans la cour de son hôtel a Paris, et armé dune pairede pistolets, il les abattit lun après lautre; quand ils furent morts, ildit froidement au palefrenier qui les avait amenés : « Va dire à lapersonne que la peau de ces chevaux est à sa disposition pour lestrente mille francs quil ta offerts. » Tout ce quon a dit du célèbremarquis de Brunoy nest pas plus bizarre que la conduite de M. Seguin;il entretenait constamment daus son hôtel à Paris un certain nombre demaçons, auquel il donnait à construire un mur dune certaine hauteuret dune certaine épaisseur; quand louvrage était achevé, if en ordon-nait la démolition, et le faisait refaire sur-le-champ dans dautres pro-portions. Un jour il lui prit envie de mettre le feu à son hôtel, et cétaitun spectacle curieux que de le voir, les mains pleines de billets de ban-que, se sauvant au milieu de lincendie, comme le pieux Enée emportantson père. Nous avons eu entre les mains un faire part par lequel ilannonçait que tel jour, à telle heure, daus telle rue, à la hauteur de telnuméro, il avait fait arrêter un de ses débiteurs pour une somme desoixante millions quil soutenait lui être due; ce ne fut qu'à de grandsévénements politiques que son débiteur, M. Ouvrard, dut sa liberté,après de longues aimées de captivité.

Au n" 37 1 hôtel de Broglie, quhabitait en 1815 Ch.-T. Lebrun,duc de Plaisance, membre de lInstitut, qui fut successivement députéaux états généraux, membre de lassemblée constitutante et du conseildes anciens, troisième consul de la république française , arcliitrésorieret prince de lempire, etc., mort près de Dourdan en 1824.

Aux n os 39 et 41, Ihôtel de Biron, lun des plus magnifiques duquartier, qui a appartenu au maréchal de Matignon. Pendant la révolu-tion il fut converti en maison de détention lon envoyait les détenusdu Luxembourg quon avait lintention de sauver. Aujourdhui il estoccupé par le couvent du Sacré-Cœur, et ses jardins, qui étaient autre-fois cités par leur beauté et par leur étendue, sont encore les plus vastesqui existent dans lintérieur de Paris.

Rue de Varennes demeurait, à lépoque de la révolution, le duc deLaczun, ami de la liberté dont il avait puisé les principes dans la guerredes Etats-Unis dAmérique; il se distingua dans les guerres de la révolu-tion, aux armées du Nord, du Rhin, du Var, delà Vendée. Traduit autribunal révolutionnaire, il fut condamné à mort et exécuté le 31 décem-bre 1793. Un moment avant dêtre conduit à léchafaud, il demanda deshuîtres et du vin blanc, et pendant quil faisait son dernier repas, il dità lexécuteur : Mon ami, je suis à vous ; mais laissez-moi finir meshuîtres, je ne vous ferai pas attendre longtemps,Au métier que vousj faites vous devez avoir besoin de force; vous allez boire un verre devin avec moi. Il remplit le verre de lexécuteur et le sien, but avec lui,monta sur la fatale charrette, et subit la mort avec le courage quil avaitmontré dans les combats.

Rue de Babylone, n° 31, est la caserne de ce nom qui fut le théâ-tre dun combat sanglant en 1830. Les Suisses sy étaient enfermés avecdeux pièces de cauon. Une forte colonne, commandée par un ancien élèvede lécole polytechnique, sy porte aussitôt et fait sommation aux Suissesden ouvrir les portes et de se rendre. Sur leur refus, on se dirige dedivers côtés pour cerner toutes les issues. Laction sengage, et de partet dautre le leu devient très-vif. Les çitoyens perdaient beaucoup demonde et faisaient peu de mal à leurs adversaires, embusqués derrièreles embrasures des fenètrçs et garantis par des matelas. Lattaque deve-nant très-périlleuse, on se décide à mettre le feu aux portes, ce qui lutaussitôt exécuté par un jeune homme de dix-huit ans, qui eut lintré-pidité daller allumer lincendie sous une grêle de halles. Au même ins-tant, des sapeurs-pompiers, sétant joints aux assaillants, parvinrent àcouronner les toits de toutes les maisons voisines et à faire taire le feu dela caserne, que battait en brèche une pièce de cauon de fer, que, faute demeilleurs projectiles, les jeunes canonniers chargeaient avec des briques.La crainte dètre brûlés vifs détermina les Suisses à évacuer le poste età pveudrela fuite par la rue de Babylone vers le boulevard. Les citoyens