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VILLE DE PARIS. — DIXIEME ARRONDISSEMENT. — N° 40. QUARTIER DU FAUBOURG ST-GERMAIN.
sivemenl des couches de terre d’alluvions, de sable et un banc de craied’une puissance extraordinaire, parvint à la partie supérieure des sablesdépendant de la formation du grès vert, et rencontra une nappe d’eauabondante, qui donne par minute, à 33 m. 50 c. au-dessus du sol, jus-qu’à 800 litres par minute d’une eau de bonne qualité, dont la tempé-rature est de 28° centigrades. On estime que la puissance d’ascensionégale 50 atmosphères, ou 50 fois la force qui fait monter l’eau dans untube vide à 33 m. Le puits de Grenelle a été foré à 548 m. de profon-deur, avec un diamètre de 50 c. à l’ouverture, et 17 c. à l’extrémité ; ila été tuhé en tôle galvanisée très-forte, jusqu’à 539 m. Son ouver-ture est à 31 m. au-dessus du niveau de la mer, tandis que le fond està 517 m. au-dessous de ce niveau, et bien au-dessous du fond même dela mer à une grande distance des côtes de la Manche.
Le pont d’Iéna. Ce pont, commencé en 1806 , et achevé en 1813,communique du Champ-de-Mars à la route de Versailles. Il a 150 m. delong sur 13 m. 65 c. de large, et consiste en six arches de forme ellip-tique, entre lesquelles sont des corniches imitées du temple de Mars àRome, ornées de guirlandes de laurier et de la couronne impériale, dontle centre renfermait autrefois la lettre N, initiale du nom de Napoléon.Aux extrémités des parapets, de chaque côté de l’entrée du pont, sontdes piédestaux destinés à recevoir des statues.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue St-Dominique demeurait la comtesse Faxy de Beauharxais,femme galante, faible et bonne, qui rassemblait chez elle les hommes desavoir et les beaux esprits du temps. Chez elle tous les talents se con-fondaient dans une aimable liberté : ou y vit réunis à la fois l’astro-nome Lalande et l’Âristarque la Harpe, le naturaliste Lacépède, le poètele Brun, le compositeur Dalayrac, et les étrangers de distinction de tousles pays.
Au n° 117 demeurait en 1816 le comte de Salaberry, apologistedu despotisme oriental, et l’un des plus fougueux membres de la chambreintrouvable, où il surpassait en emportements tous les ennemis de laliberté. 11 vola en 1819 les lois d’exception, et fut l’un des plus zéléspartisans du ministère Villèle.
Au n° 121 est le magnifique hôtel du Châtelet, construit sur lesdessins de Cherpitel, où demeurait en i784 le duc de Guiche, marié en1780 à une D lle de Polignac dont la chronique scandaleuse de l’époquea fait l’héroïne de l’aventure suivante. Par une nuit du mois de février1786, un homme qui se glissait par une corde du château de Versaillesdans le jardin, fut aperçu des sentinelles, qui, quoiqu’elles vissent bien quece n’était pas un voleur, le conduisirent au corps de garde, où l’officierle reconnut pour un neveu de l’archevêque de Reims. Il était couchéavec la duchesse de Guiche, dont le mari ne devait pas l'entrer, mais quimalheureusement était revenu à l’improviste, et auquel l’amant avaitété obligé de céder la place. Cette aventure ayant été répandue, le ducde Guiche ne manqua pas de s’en plaindre à la duchesse deGrammontsa mère, qui lui répondit en plaisantant : « N’est-ce que cela ? Il n’y apas de quoi vous effaroucher; il fallait vous y attendre : est-ce que vouscroyez par hasard être le fils de votre père ? » — Nous ignorons si ceduc de Guiche est le même que le menin du duc d’Angoiilême, qui ha-bitait en 1829 rue du Faubourg-St-Honoré, et qui avait une si joliefemme, que l’on s’est permis de la faire figurer dans la Biographie desfemmes de la cour . — Sous l’empire, cet hôtel était habité par le ducde Cadore ; il est occupé aujourd’hui par l’ambassade d’Autriche.
Rue de Grenelle, n° 138, est l’ancien hôtel de Bezenval, où l’onvoyait avant la première révolution une belle collection de tableaux desplus grands maîtres. A côté de cet hôtel était l’église Ste-Valère, suppri-mée et démolie en 1840.
29° 40. QUARTIER DU FAUBOURG ST-GERMAIN.
Ci-devant section- de la Fontaine-Grenelle.
Les limites de ce quartier sont : la rue de Bourgogne n os impairs, lequai d’Orsay, le quai Voltaire, la rue des Sts-Pères n os pairs, la rue deGrenelle ir** pairs jusqu’àla rue de Bourgogne.—Superficie 680,000 m.,équivalant à 0,021 de la superficie totale de Paris.
On remarque principalement dans ce quartier :
L’église de Pentemont, située rue de Grenelle St-Germain, n“ 108.Cette église dépendait de l’abbaye de Notre-Dame de Pentemont, fondéeà Beauvais en 1217, et dont les religieuses furent autorisées en 1672 àvenir à Paris, où elles achetèrent, rue de Grenelle, le couvent des reli-gieuses du Verbe-Incarné, supprimé en 1671. En 1749 ces religieusesfirent reconstruire l’église, dont le dauphin, père de Louis XVI, posala première pierre. La forme de cette église est singulière. Le portail estorné de deux colonnes qui portent un petit fronton cintré surmontéd’un autre plus grand de forme triangulaire. Le plau de l’église est unepetite croix dont les branches sont d’égale longueur. Dès l’entrée on setrouve sous le dôme, placé au centre de cette croix et appuyé sur qua-tre arceaux en plein cinlre, qui naissent des quatre angles de la croisée.Toute l’architecture est d’ordre ionique. Entre les pilastres et les colonneson a ménagé de petites tribunes portées sur des bandeaux, les uns cintréset les autres carrés.
L’abbaye de Pentemont a été supprimée en 1790 et convertie enquartier de cavalerie. L’église, après avoir longtemps servi de magasinpour le dépôt des fournitures militaires, a été restaurée récemment pourservir de temple au culte protestant.
L’église St-Thomas d’Aquin, située place de ce nom. Ce n’étaitdans le principe qu’une chapelle appartenant au noviciat général desjacobins. L’église actuelle a été commencée en 1683, et achevée en1740, sur les dessins de Pierre Bullet : elle a 42 m. 22 c. de longueurdepuis le portail jusqu’au fond du sanctuaire ; la nef a 24 m. de hauteursous clef ; de grands pilastres corinthiens décorent l’intérieur et soutien-nent une corniche enrichie de moulures. La boiserie du chœur est fortbelle ; le plafond, peint à fresque par Lemoine, représente la Transfigu-ration : au-dessus du maître-autel est une gloire environnée de nuages etde chérubins, d’où partent des rayons. Dans la chapelle à droite est unestatue de la Vierge, et dans celle de gauche une statue de St-Vinceut dePaul. Le portail de l’église St-Thomas d’Aquin offre une ordonnancede colonnes doriques, surmontée d’une autre de colonnes ioniques.
Le musée d’Artillerie, situé place St-Thomas d’Aquin. Ce muséefut établi en 1794, dans l’ancien couvent des Feuillants, d’où il a ététransféré en 1797 dans le couvent du noviciat des Jacobins, fondé parle cardinal de Richelieu. Il contient de magnifiques collections d’armesanciennes et modernes, distribuées dans cinq grandes galeries. Lesanciennes armes défensives, telles que cottes de mailles, armures de pieden cap , cuirasses, casques , boucliers, et autres,, sont placées dans laplus vaste de ces pièces, qui a pris le nom de Galerie des armures. Lescollections d’armes offensives, les modèles de tous les systèmes d’artillerie,une grande quantité d’autres modèles d’armes de toute espèce, de ma-chines et d’instruments servant à l’artillerie, occupent les quatre autresgaleries. Quelques trophées sont composés à la fois d’armes offensiveset d’armes défensives.
La galerie (les armures se trouve partagée , d’après-l’ordonnance desa colonnade, en trois parties ou travées, séparées l’une de l’autre pardes colonnes accolées, surmontées d’arcades. Sur les côtés de cette ga-lerie, et à commencer par la travée du fond, ont été rangées les armurescomplètes dans l’ordre chronologique, établi d’après l’année de la mortdu personnage dont l’armure porte le nom. La travée du milieu appar-tient tout entière au xvi c siècle. A l’une de ses extrémités est l’armurede Louis XII, et à l’autre le casque et les brassards de Henri IV,seules parties qui nous restent de l’armure de ce roi. Dans la travée dufond on trouve les armures les plus anciennes. La troisième travée, prèsde la porte principale d’entrée, est occupée par les armures les plus