Buch 
Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
Entstehung
Seite
155
JPEG-Download
 

VILLE DE PARIS. — DIXIEME ARRONDISSEMENT. — N° 40. QUARTIER DU FAUROURG ST-GERMAIX.

155

avec beaucoup de succès, cet acteur, passant à un emploi plus grave,joua un instant le rôle de ministre dans la comédie de quinze ans.

Au n° 57 est Tandem hôtel de Périgord qu’occupait sous le di-rectoire M me de Caseaux, qui y donna les premiers beaux bals qui eurentlieu à Paris après la révolution. C’est aujourd’hui l’hôtel du maréchalSoult, qui y a rassemblé une petite collection de magnifiques tableauxde l’école espagnole. — C’est dans cet hôtel que demeurait en 1822 lebaron Brun de Yilleret, ancien aide de camp du maréchal Soult, sousles ordres duquel il fit les principales campagnes de l’empire, et qu’ilsauva en 1815 de la fureur des réactionnaires, qui brûlaient d’immolerun de nos plus illustres guerriers.

Au n° 58 demeurait en 1783 le vicomte de Noailles. Après s’êtreillustré dans les guerres de l’indépendance américaine, il devint l’uii desplus célèbres généraux de la république, à la fondation de laquelle ilcontribua en proposant l’égale distribution des charges , le rembourse-ment des droits féodaux, la suppression sans rachat des corvées sei-gneuriales et des servitudes personnelles, l’abolition de la noblesse et detous lés genres de survivance.

Au n° 77 demeurait en 1822 M. Duplessis de Grenedan , membrede la fameuse chambre introuvable. Dans la discussion sur l’établisse-ment des cours prévôtales, il proposa de remplacer l’instrument de sup-plice en usage, et de substituer au supplice de la décollation celui dugibet. Nous devons dire, pour être juste, que la chambre accueillit cetteatroce proposition par les cris à l’ordre ! à l’ordre ! et par les plus vio-lents murmures.

Au n° 82 habite M. àlp. de Lamartine , orateur distingué de lachambre des députés et l’un des plus grands poètes de notre époque.

Au n° 90 demeurait en 1845 le duc de Brogue , fils du député dece nom à l’assemblée nationale. Membre de la chambre des pairs de4814, son premier vote est un des traits qui honore le plus son carac-tère. Parvenu à sa trentième année la veille du jour où eut lieu l’iniquecondamnation du maréchal Ney, il revendiqua son droit délibératif etvota pour un acquittement pur et simple. Pendant toute la restaurationil se montra le constant adversaire des mesures réactionnaires, et élevasouvent la voix en faveur des libertés publiques. Nommé président duconseil des ministres le II août 1830, il sortit du ministère le 2 no-vembre suivant, reprit le portefeuille des affaires étrangères le 10 oc-tobre 1832, qu’il quitta le 4 avril 1834.

Rue de Belle-Chassse, n° 22, demeurait en 1825 le comte de laBourdonnaye, l’iine des plus fougueuses notabilités réactionnaires de larestauration ; il ne se souvenait plus d’avoir été amnistié par la révolu-tion, et paraissait avoir oublié qu’il s’était fait un titre de gloire auprèsde l’empereur d’avoir eu le bonheur d’acclimater la conscription dansle département de Maine-et-Loire.

Dans la partie de la rue de Belle-Chasse comprise entre les rues St-Dominique et de Grenelle, était le couvent des chauoinesses du St-Sé-pulcre de Jérusalem, dites religieuses de Belle-Chasse , prieuré dechanoinesses du St-Sépulcre, transféré de Philippeville en cet endroiten 1636. La communauté qui le composait était formée d’environ vingtreligieuses qui suivaient la règle de St-Augustin et qu’on appelait au-trefois les filles à Barbier , du nom d’un fameux traitant qui leur avaitdonné une partie du vaste espace qu’occupait le couvent de Belle-Chasse,sur lequel on a percé les rues Las-Cases, Martignac, Casimir Périer, etoù on a formé une place dont une superficie de 3,880 m. a été réservéepour y bâtir une église.

Rue St-Domînique, n" 35, est le magnifique hôtel de Luynes, au-trefois hôtel de Chevreuse , bâti par la duchesse de Chevreuse sur lesdessins de Lemuet.

Au n° 51 demeurait et est mort en 1807 le baron de Breteuil, am-bassadeur en Russie, en Suède , en Hollande et à Naples et ministre dudépartement de Paris sous Louis XVI. C’est à ses soins que Paris doit ladémolition des maisons qui obstruaient le quai de Gèvres et plusieursponts de Paris, et l’établissement du marché des Innocents. Il donna sadémission sous le mtfiistère deCalonne, fut mis à la tète du ministèreaprès le renvoi de Necker, et se retira en Suisse après le 14 juillet.

Au n° 54 est l’ancien hôtel Conti, où demeurait et est mort l’illus-tre maréchal Kellermann, duc de Valmy.

Aux n ü * 58 et 60 est l’ancieu hôtel Molé , récemment agrandi etrestauré, et affecté au ministère des travaux publics.

An n" 70 demeurait en 1816 le comte Chattal , ministre de l’in-térieur sous l’empire et l’un des plus savants chimistes de cette époque.

Au n° 72 habite M‘“ e de Mirbel, qui depuis plusieurs années oc-cupe le premier rang parmi les peintres en miniature de notre époque.

Aux n ÜS 82, 84 et 86 était le couvent des filles de St-Joseth dela Providence, établi en 1638 pour yentretenir de pauvres orphelines,les élever dans la piété et les occuper à des ouvrages convenables à leursexe. La marquise de Montespan a été une des bienfaitrices de cettemaison, qu’elle fit reconstruire en 1684, et à laquelle elle donna degrands biens. Ce couvent fut supprimé en 1790, et les bâtiments ont étéaffectés aux bureaux du ministère de la guerre.

Au n° 87 est I’hôtel de Lignerac, qu’habitait sous l’empire le sa-vant médecin Corvisart.

Aux n° s 88 et 90 est l’ancien hôtel de Brienne, où est mort en1794 M. de Lomeîste de Brienne , ministre de Louis XVI. — Vers lafin du siècle dernier l’hôtel de Brienne fut pendant longtemps le rendez-vous d’hommes supérieurs et même célèbres , parmi lesquels on citeMarmontel, Chamfort, la Harpe , Billion, Malesherbes , Condorcet,Turgot, Morellet, Suard, Helvétius et sa femme, et plusieurs artistes demérite , tels que David , Piccini, etc., etc. Après la révolution LucienBonaparte acheta cet hôtel, où il avait réuni une belle collection detableaux , et l’habita jusqu’à son départ en 1804, époque où il le cédaà sa mère, M ,ue Lætitia, qui l’habitait sous l’empire. Il est aujourd’huiaffecté au ministère de la guerre.

Au n° 105 demeurait et est mort en 1823 le maréchal Davoust,prince d’Eckmull. Ministre de la guerre pendant les cent jours, il étaitaux Tuileries lorsque M. de Flahaut, aide de camp de l’empereur,s’y présenta après l’abdication de Napoléon , pour offrir la coo-pération de ce monarque pour défendre la capitale. Davoust, affectantde ne voir dans cette mission qu’un subterfuge à l’aide duquel l’ex-em-pereur essayait de différer son départ, répondit au général Flahaut d’unton brutal et méprisant : « Votre Bonaparte ne veut point partir, maisil faudra bien qu’il nous débarrasse de-sa personne ; sa présence nousgène, nous importune. S’il espère que nous le reprendrons, il se trompe,nous n’en voulons plus. Dites-lui de ma part qu’il faut qu’il s’en aille,et que, s’il ne parta l’instant, je le ferai arrêter ; que je l’arrêteraimoi-même . » Le général Flahaut fit au maréchal Davoust la seule ré-ponse qu’il méritât : « Je me respecte trop, dit-il, je respecte trop la

personne et l’infortune de l’empereur pour lui reporter vos paroles.

Aillez-y vous-mème , monsieur le maréchal : cela vous convient mieuxqu’à moi. » t

Aux n° 121 et 123 est le palais du banquier hollandais Hope, quitient au nord à la rue St-Dominique, au couchant à la rue d’Austerlitz,et au midi à la ruede Grenelle ; il couvre l’emplacement de l’ancien hôtelWagram, jadis hôtel de Monaco, et de l’égliseSte-Valère. Il n’existe peut-être pas dans toute l’Europe un particulier qui possède un palais aussigrandiose : tout y estvéritablementroyal.Cene sont partout que bronzes,girandoles, candélabres, lustres, meubles somptueux, porcelaines, cris-taux, dorures, tableaux, chefs-d’œuvre des arts en tout genre. Peu depalais offrent un salon comparable au salon cramoisi. On admire aussila salleà manger, qui a 28 m. de long, 15 m. 'de large et 12 de hauteur;elle est revêtue jusqu’à la corniche du marbre le plus rare et du plusbeau porphyre. Ce palais a été construit de 1838 à 1842, les artistes etles fabricants français seuls ont été admis à concourir à la construction,à l’ornement et à l’ameublement de ce palais.

Au n° 212 est l’hôpital militaire du Gros-Caillou, fondé en 1765par le duc de Biron pour les gardes françaises (800 lits).

La rue St-Dominique a été le théâtre du premier et de l’un des plussanglants épisodes de la résolution. Eu 1788, après la démission du garde

s