VILLE DE PARIS. — ONZIEME ARRONDISSEMENT. — N° 42. QUARTIER DE L’ÉCOLE DE MEDECINE.
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qu’elle arrivait de Caen, lui demande les noms des députés réfugiésdans le Calvados ; elle dicte.... « C’est bien, dit Marat, ils iront tous àla guillotine. » Cette menace est la dernière qui sortira de sa bouche :Charlotte Corday tire un couteau caché dans son sein, et le lui enfoncejusqu’au manche dans le cœur. Aux cris de Marat, un commissionnairequi pliait les journaux de V Ami du peuple, renverse la jeune fdle d’uncoup de chaise ; elle se relève, et se met sous la sauvegarde des mem-bres de la section. — Marat était né à Boudry, comté de Neufcliâtel enSuisse, en 1744. II était de petite stature ; la couleur jaune brun de sonteint annonçait un tempérament à la fois atrabilaire et colérique ; sonnez était fortement recourbé ; une des pommettes de ses joues étant plusélevée que l’autre, ses yeux par conséquent ne se trouvaient point surla même ligne horizontale ; cette difformité donnait à sa figure un ca-ractère hagard. On ne trouva chez lui après sa mort qu’un assignat decent sous, qui constituait toute sa fortune. — La sœur de Marat estmorte en 1844 rue de la Barillerie.
Au n" 35 demeurait en 1792 le cordonnier Simon, désigné par lacommune de Paris pour remplir auprès du fils de Louis XVI les fonc-tions de geôlier. Membre du conseil général de la commune de Paris ,et mis hors la loi après la chute de Robespierre , il fut exécuté le28 juillet 1794.
Cour du Commerce demeurait en 1792 Danton, qui fut successive-ment avocat, président du district des Cordeliers, où commença sa cé-lébrité, ministre de la justice sous l’assemblée législative et député deParis à la convention nationale, où il vota la mort de Louis XVI sanssursis. Arrêté dans la nuit du 31 mars avec son ami Lacroix, il en sor-tit pour être transféré à la Conciergerie. Condamné à mort par le tri-bunal révolutionnaire, il fut conduit au supplice le S avril 1794 , etconserva toute sou audace sur la fatale charrette. Il avait soutenu lescourages pendant les jours de danger ; il avait fourni la première idéedu tribunal révolutionnaire, de l’armée révolutionnaire, de la réquisi-tion permanente , de l’impôt sur les riches, des quarante sous allouéspar séance aux membres des sections ; il était l’auteur enfin de toutesles mesures qui, devenues cruelles par l’exécution , avaient néanmoinsdonné à la révolution l’énergie qui la sauva.)_
Rue Christine demeurait en 1750 M me de Latour Franqueville ,célèbre par sa correspondance avec J.-J. Rousseau. M me de Franque -ville est la seule qui, dans la querelle de David Hume et de Rousseau,prit la plume pour défendre son ami ; elle mit dans cette défense unechaleur remarquable. Après la mort de Rousseau, elle écrivit contreceux qui attaquaient sa mémoire, et, de concert avec du Peyrou, le jus-tifia complètement de l’accusation d’ingratitude envers milord Maré-chal. Elle est morte en 1789 à l’hôpital de St-Mandé, conséquemmentdans la misère , laissant une fille qui demandait l’aumône et qui a ré-clamé souvent l’assistance de M. Michaud, éditeur de la correspondancede M™ de Franqueville.
Rue des Poitevins est I’hôtel de Thoü, aujourd’hui propriété dulibraire Panckoucke, où l’on voyait autrefois la célèbre bi bliothèque dessavants.
Rue Mignon , n“ 2 , était le collège Mignon ou de Grandmont,fondé en 1343, supprimé en 1790, et converti en une maison particu-lière, qui a été habitée par Robert Lindet, ministre de la guerre sous laconvention.
Rue de l’Eperon, entre les rues du Battoir et du Jardinet, était le
COLLÈGE DE VENDOME.
Quai des Grands-Augustins, n° 51 , était I’hôtel de Nantouil-let, connu ensuite sous le nom d’HÔTEL d’Hercule , à cause des pein-tures qui le décoraient et qui représentaient les travaux de ce demi-dieu. Cet hôtel fut donné par LouisXII à Antoine Duprat, qui futchancelier de France sous François I er et qui occupa cette habitationjusqu’à sa mort. Ce fut dans cette maison que François I er se saisit, en1536, de cent mille écus d’or qui y étaient renfermés dans des coffresbardés de fer. Ce fut aussi dans cet hôtel que Henri III, Henri de Bour-
bon et le roi de Pologne faillirent être traités comme ils le méritaientpar le prévôt de Paris. « En septembre 1573, dit l’Etoile, j’ai vu nostrois rois, celui de France, celui de Pologne, celui de Navarre; ils man-dèrent à Nantouillet, prévôt de Paris , qu’ils vonloient aller prendre lacollation chez lui, comme de fait ils y allèrent, quelques excuses quesût alléguer Nantouillet pour ses défenses. Après la collation , la vais-selle d’argent de Nantouillet et ses coffres furent fouillés, et disoit-ondans Paris qu’on lui avoit volé plus de cinquante mille livres. » Surl’emplacement de l’hôtel d’Hercule on construisit plus tard l’hôtel deNemours, qui fut démoli eu 1671, lorsqu’on ouvrit la rue de Savoie.
Sur le quai des Augustins , au coin de la rue Gît-le-Cœur, était unvaste hôtel qui s’étendait jusqu’à la rue de l’Hirondelle, où était laprincipale entrée. Cet hôtel appartenait à Louis de Sancerre, connétablede France, dont les prédécesseurs y avaient réuni l’hôtel des évêques deChartres ; Deuvet, maître des requêtes, en étant devenu propriétaire ,l’agrandit en y joignant une maison située vis-à-vis une descente quiconduisait à la rivière. Sous François I er , Anne de Pisseleu , duchessed’Etampes, occupa cet hôtel, et engagea ce monarque à l’acquérir ; ileu fit démolir une partie, qui fut rebâtie et ornée de peintures et dedevises ( V. ci-après rue de l’Hirondelle ). Au commencement duxvii e siècle, cette habitation portait le nom d’hôtel d’O et appartenaitau chancelier Séguier, qui faillit y être assassiné en 1647, en se rendantau parlement pour y faire enregistrer quelques édits bursaux ; assaillipar des soldats déguisés en maçons, il se sauva avec beaucoup de peineà l’hôtel d’O, accompagné de son frère, l’évêque de Meaux, qui, parprévision, commença à le confesser dès qu’ils furent entrés. Bientôt lafoule qui les avait poursuivis envahit l’hôtel, dont tous les meubles fu-rent brisés ; mais, par un hasard heureux , une petite chambre où lesdeux fugitifs s’étaient cachés ne fut pas découverte. La fille du chance-lier Séguier, ayant épousé le duc de Luynes, lui apporta en dot l’hôteld’O, qui prit alors le nom d’hôtel de Luynes. Cet hôtel fut démoli enpartie en 1671, et vendu à différents particuliers.
Rue de l’Hirondelle, n» 22, est l’entrée de l’ancien hôtel de la du-chesse d’Etampes, qui communiquait avec le petit palais que François I eravait fait bâtir au coin de la rue Gît-le-Cœur et de la rue de Hurepoix(aujourd’hui quai des Augustins). Les peintures à fresque, les tableaux,les tapisseries, les salamandres qui faisaient le corps de la devise deFrançois I er et plusieurs autres devises ingénieuses que l’on a longtempsremarquées dans cet hôtel, annonçaient le dieu et les plaisirs auquel ilétait consacré. Le cabinet de bains de la duchesse d’Etampes a long-temps servi d’écurie à une auberge qui avait retenu le nom de la Sala-mandre. Ste-Foix , dans ses Essais historiques sur Paris, dit que lors-qu’il alla examiner les restes de cette habitation, un chapelier occupaitla chambre du lever de François I er , et que son salon de délices étaithabité par une pauvre femme en couches. Une imprimerie en taille-douce était naguère installée dans les appartements de cette maison, oùl’on arrive par un escalier dont la porte est encore surmontée d’unesalamandre.
Rue St-André-des-Arcs ou des Arts. A l’endroit où l’on a forméla place de ce nom était l’église St-André-des-Arcs, bâtie au commen-cement de l’an 1000 , à la place d’un ancien oratoire, sous l’invocationde saint Andéol. Elle fut rebâtie et érigée en paroisse en 1212, agrandieen 1660, et démolie vers 1807. L’architecture en était agréable, lessculptures délicatement travaillées. Suivant l’abbé Lebeuf, on y voyaitencore des parties gothiques du xm e siècle. L’église St-André renfer-mait quelques sculptures importantes, entre autres le mausolée deJacques-Auguste de Thou, par Prieur ; le buste en marbre d’une rarebeauté, de Christophe de Thou, placé aujourd’hui au musée du Louvre ■le mausolée de l’historien Jacques-Auguste de Thou et de sa femme, parAuguier ; le monument en marbre du prince de Conti, par Coustou etcelui de la princesse, son épouse , chef-d’œuvre de Girardon. Il consis-tait en une belle figure de marbre blanc en demi-bosse, accompagnée desattributs qui désignent la Foi, l’Espérance et la Charité, vertus carac-téristiques de cette princesse, ainsi que le prouve l’épitaphe suivantequi était placée au-dessus de son monument :