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VILLE DE PARIS. — ONZIEME ARRONDISSEMENT. — N° 43. QUARTIER DE LA SORBONNE.
de ce nom, et dont l’église avait pris le nom de St-Matliurin, à l’époqueoù la châsse de ce saint y avait été déposée pour la soustraire à la rapa-cité des Normands. En 1228, les religieux de la Ste-Trinité de la ré-demption des captifs furent mis en possession de cette église, et prirentle nom de mathurins. —L’ordre des mathurius fut supprimé en 1790.L’église, où l’on voyait le tombeau de l’historien Robert Gaguin et ce-lui du mathématicien Sacro Bosco, a été démolie. Les bâtiments con-ventuels ont été convertis en maisons particulières.
Place de la Sorbonne était le college des dix-huit, fondé vers1171, et démoli à l’époque où on rebâtit la Sorbonne. Non loin de làétait le collège de Calvi, fondé en 1271, et sur l’emplacement duquela été bâtie l’église de la Sorbonne.
Le college de Cluny, fondé en 1269, occupait l’espace circonscritpar les rues de Cluny, des Grès, de la Harpe et place de la Sorbonne. Ila été supprimé en 1790, et transformé en maisons particulières. Lachapelle a longtemps servi d’atelier au peintre David, qui y a exécutéles belles pages du sacre de Napoléon, delà distribution des aigles, etc.;elle a été démolie en 1833.
Aux n os 2 et 4 était I’hôtel de théologie, qui possédait troischaires de fondation royale ; deux de théologie positive, fondées par Hen-ri IV en 1598, et une de controverse fondée par Louis XIII en 1616.Dans la classe, qui était vaste et fort élevée, on prononçait chaque an-née le panégyrique de Louis XIV.
Rue des Maçons-Sorbonne, n° 1, demeurait et est mort en 1810M. Treillard, membre de l’assemblée constituante, de la conventionnationale, négociateur du traité de Campo - Formio, ambassadeur àNaples, membre du directoire de la république française, et le principalauteur du code pénal et du code d’instruction criminelle.
Au n ü 21 demeurait et est mort le bon et estimable J.-À. Dulaure,membre de la convention nationale, du conseil des cinq cents, et auteurillustre de la meilleure Histoire de Paris qui ait encore été publiée. Enlisant les noms plus ou moins insignifiants que l’autorité municipaleinscrit au coin de quelques-unes des rues de Paris nouvellement per-cées, on est étonné qu’elle n’ait pas encore songé à donner le nom de cecélèbre historien à une de ces nouvelles communications. Nous avonsdéjà les rues Félibien et Lobineau ; pourquoi n’avons-nous pas encore larue Dulaure?
Cloître St-Benoît et rue St-Jacques, n° 96, était l’église St-Benoît. Dès avant le ix e siècle, il existait en ce lieu une église dédiée àla Ste-Trinité sous le nom de St-Bache. En 1050, cette église ayant étéabandonnée, Henri I er l’accorda au chapitre de Notre-Dame. Plus tardelle fut érigée en paroisse, et devint une collégiale qui prit dans la suitele nom de St-Benôît, parce que les religieux qui la desservaient sui-vaient la règle de St-Benoît. Au xn e siècle, le célèbre jurisconsulteRené Choppin a été enterré dans cette église, ainsi que J. d’Aurat,poète du xvi e siècle ; J.-B. Cotelier, savant helléniste ; Claude Perrault,architecte auquel ou doit l’admirable colonnade du Louvre; Ch. Per-rault, son frère, de l’Académie française; les graveurs Château, Pitau,Poüly, Roullet et Vaii-Schuppen ; Foy-Vaillant, savant antiquaire; lesimprimeurs le Noir, Badins, Voscossan, Morel, Nivelle, le Petit,Martin, Cramoisy, Léonard et Thierry. — L’église Si-Benoît fut sup-primée en 1790 et vendue comme propriété nationale. Après avoirlongtemps servi de magasin, elle a été transformée en 1832 en salle despectacle, où l’on représente des drames et des comédies-vaudevilles, etqui porte le nom de théâtre du Panthéon.
Rue des Cordiers, n° 23. Il y avait, vers la fin du xvm e siècle,une maison garnie d’assez chétive apparence, qui portait le nom d’HÔTELde St - Quentin , qu’habitèrent Gresset, Mably , Condillac , et où IJ.-J. Rousseau descendit la première fois qu’il viut à Paris, dans l’au-tomne de 1741. Il revint habiter cet hôtel à son retour de Venise (en1743 ou 1744); et c’est là qu’il fit (en 1745J connaissance de Thérèsele Vasseur, liaison indigne de lui, qui eut la plus triste influence surson sort. On sait que Rousseau quitta l’hôtel Sl-Quentin pour aller ha- :
biter l’hôtel Pontchartrain , rue Neuve-des-Petits-Champs, et ensuitel’hôtel du Languedoc, rue de Grenelle St-Honoré, n° 3.
Rue des Grès, n° II, était l’entrée du couvent des Jacobins, dontl’enclos s’étendait de la rue St-Jacques à la rue de la Hàrpe. Les jaco-bins eurent pour origine une petite communauté commencée en 1217par le zèle de sept religieux que saint Dominique envoya à Paris, et quis’établirent hors des murs de la ville, dans l’hôpital du doyen de St-Quentin, où il y avait une chapelle sous l’invocation de saint Jacques.Ils prirent le nom de frères prêcheurs, à cause des prédications aux-quelles ils se livraient exclusivement ; mais dans la suite on leur donnale nom de jacobins, dérivatif de la chapelle où ils faisaient leurs prédi-cations, et d’où la rue St-Jacques a elle-même tiré son nom. En 1263,saint Louis fit remplacer la chapelle de ces religieux par une magnifiqueéglise, et leur fit bâtir un couvent sur l’emplacement où était aupara-vant le siège de la justice et du conseil de la ville de Paris, appelé alorsle parloir aux Bourgeois. Le cloître fut reconstruit eu 1556.—Il y avaitaux Jacobins une confrérie du Rosaire dont faisait partie Louis XIII, quiy fit inscrire son fils encore au berceau ; depuis ce temps, la coutumes’était introduite de faire inscrire dans la confrérie des Jacobins les en-fants de France encore au berceau ! — Durant la Ligue, les fougueusesprédications des Jacobins étaient si courues, qu’ils furent obligés defaire construire une chaire en plein air dans le préau de leur cloître afinde contenir la multitude. — Durant les troubles de la Fronde, la popu-lace furieuse entra dans une des salles du couvent des jacobins où sefaisait un cours de théologie, et frappa de trois coups de poignard leportrait du cardinal Mazarin. — Le couvent des Jacobins fut suppriméen 1790. Plus tard on y avait placé la prison des jeunes détenus. Ce quireste des bâtiments est aujourd’hui consacré à une caserne pour la gardemunicipale, et à uue école primaire qui reçoit les enfauts du onzième etdu douzième arrondissement. La rue des Grès a été percée sur le passageet sur 1’emplacement du couvent des Jacobins. — On voit encore aucoin de cette rue et au n° I54 de la rue St-Jacques quelques vestigesde l’église de ce couvent, qui renfermait plusieurs tombeaux de rois,reines princes el princesses de la famille royale de France, dont voiciles noms : Charles de France, comte de Valois, chef de la branche dece nom ; Charles de Valois, comte d’Alençon ; Agnès de France, fille duduc de Normandie; Louis de Frauce, comte d’Evreux ; Robert deFrance, comte de Clermont; Louis I er , duc de Bourbon; Marguerite deBourbon, fille de Robert de France; Pierre, duc de Bourbon et comtede la Marche; Louis III, fille de Louis II; B. de Bourbon, fille deLouis I er ; Anne de Bourbon, fille de Jean I er . — Cette église possédaitaussi les cœurs de Philippe III, dit le Hardi, et de Charles IV, rois deFrance; de Philippe III, roi de Navarre; de Charles de France, frèrede saint Louis, roi de Naples; et les entrailles de Philippe V, dit le-Long, et de Philippe VI, dit de Valois, rois de France. Devant lemaître-autel était le tombeau de Humbert de la Tour du Pin II, dau-phin viennois et dernier prince souverain du Dauphiné, lequel fit unedonation de ses Etals à Philippe VI, à condition que l’aîné des fils deFrance porterait le nom de Dauphin. Jean Clopine], continuateur duroman de la Rose , et Jean Passerat, célébré critique du xvi c siècle, ontaussi élé inhumés dans celte église.
Rue de la Harpe, n ü 85, était le college de Séez, fondé en 1427,et réuni à l’Univer.silé en 1763.
Au d" 89 était le collège de Narbonne, fondé en 1317, et réuni àrUuiversilé en 1763. On lit encore au-dessus de la porte du batimentde ce collège, devenu maison particulière, celle inscription qu’on y plaçaen 1760 : Collegium Narbonnœ fundatum an/io 13.17, reœdijicatumanno 1760.
Au n" 93 était le collège de Bayeux, fondé eu 1308, et réuni à l’U-niversilé en 1763.
Entre lesn 0S X10 et 123 était 1a porte St-Michel d’Enfkr, de Gibarou Gibert, d’une construction très-simple. Elle était protégée à l’est parune espèce de fortification où le prévôt des marchands et les échevinstenaient leurs assemblées avant la construction de l’hôtel de ville. Cette