VILLE DE PARIS. — ONZIEME ARRONDISSEMENT. — N" 43. QUARTIER DE LA SORBONNE. 169
maisons voisines, qui lui appartenaient, et sur leur emplacement Sor-bon fonda le collège auquel on a donné son nom. En 1627 les bâti-ments de ce collège tombant de vétusté, le cardinal de Richelieu le litrebâtir avec magnificence eu 1629, et fut inhumé au centre de la cha-pelle sous un dôme orné de belles peintures de Philippe de Champagne.Sur sa tombe, on plaça le superbe mausolée en marbre, chef-d’œuvrede Girardou , qui, transporté pendant la révolution au musée des mo-numents français de la rue des Petits-Auguslius, a été rétabli dans lachapelle de la Sorbonne en 1816. —L’édifice entier se compose detrois corps de bâtiments flanqués dans les encoignures de quatre grospavillons, qui environnent une grande cour en forme de carré long.Une partie de cette cour est plus élevée que l’autre de plusieurs degrés.— L’église commencée en 1635 fut achevée en 1659. Le portail, ducôté de la place, est de deux ordres superposés, le corinthien aveccolonnes engagées et le composite. Le portail du côté de la cour estélevé sur un perron de dix marches ; il est d’un seul ordre et composéde dix colonnes isolées couronnées par un fronton. Le dôme est flanquéde quatre campaniles, de statues, et recouvert par des côtes de plombdoré sur lesquelles sont des trophées ou arabesques. La coupole, peintepar Pli. de Champagne, est parfaitement conservée.
L’imprimerie fut introduite en France par Jean de la Pierre et Guil-laume l'ichet, docteurs en théologie de la faculté de Paris, qui firentvenir dans cette capitale pour y exercer leur art Martin Krauls et Mi-chel Friburger, imprimeurs de Mayence, auxquels on fournit un loge-ment commode dans le collège de Sorbonne, où ils formèrent leur pre-mier établissement, qui fut transporté par Gering, en 1483, dans unemaison de la rue de Sorbonne, où il resta jusqu’à sa mort. Ce fonda-teur de la typographie française acquit une fortune considérable, dontil laissa la moitié au collège de Sorbonne, en reconnaissance des bien-faits qu’il en avait reçus. Le premier ouvrage imprimé en France estcelui-ci : Gasparani Barzizïc Pcrgamcnsis epistolœ, in-4, 1470. —Henri IV accorda eu 1608 aux artistes distingués de son temps des lo-gements dans une partie de la galerie du Louvre qu’il avait fait bâtir,logements qu’ils conservèrent sous les règnes des rois ses successeurs.Lorsque Napoléon fit achever le Louvre, on logea les artistes à la Sor-bonne ; mais en 1816 cette maison, tombée dans un état complet dedégradation, fut restaurée et exclusivement consacrée à l’instructionpublique. Force fut alors aux artistes de déloger une seconde fois; maisil leur fut accordé une indemnité annuelle et à vie, qui se paye réguliè-rement. — Aujourd’hui, les salles des bâtiments de l’ancien collège deSorbonne servent aux leçons des facultés de théologie, des lettres et dessciences, et à l’administration de l’Académie de Paris. — L’église a étérestaurée et rendue au culte le 10 juillet 1825. La cloche de cette église,qui sonnait autrefois tous les jours depuis neuf heures jusqu’à neufheures et demie, était le couvre-feu du quartier de l’Université; demême que la cloche de Notre-Dame, qui sonnait tous les soirs à septheures, était 1e couvre-feu du chapitre, après lequel il était défendu auxfilles publiques de sortir des lieux affectés à leurs débauches.
Le palais des Thermes et l’hôtel de Cluny. Sous le nom depalais des Thermes on désigne les restes considérables d’un édifice deconstruction romaine, situé rue de la Harpe et numéroté 53. Le palaisdes Thermes, dont la construction est attribuée à Constance Chlore,père de Constantin, mort en 306, ou à son petit-fils Julien, comportait,indépendamment des jardins , des bâtiments considérables. Aprèsavoir servi pendant plusieurs siècles de résidence aux rois de France dela première et de la seconde race, ce palais fut réduit au titre de vieuxpalais, les rois de la troisième race ayant choisi pour leur séjour le pa-lais des comtes de Paris ; vers 1340, il fut acquis par Pierre de Chaslus,abbé de Cluny, qui fit commencer sur une partie de son emplacementl’hôtel de Cluny.
Le palais des Thermes, qu’on nomme aussi vulgairement les Thermesde Julien, étaitd’une grande étendue ; les bâtiments et les cours qui endépendaient s’élevaient, du côté du sud, jusqu’aux environs de la Sor-bonne ; au delà, et du même côté, devait être aussi la place d’armes ; aunord, en partant du point où est aujourd’hui lasalle des Thermes, les bâ-timents se prolongeaient j usqu’à la rive gauche de la Seine. — La salle qui
subsiste encore, unique reste d’un palais aussi vaste, offre, dans sou plan,deux parallélogrammes contigus, qui forment ensemble une seule pièce ;le plus grand a 20 m. de longueur sur 13 m. 65 c. de largeur ; le pluspetit a 10 m. sur 6 m. Les voûtes à arêtes et à plein cintre, qui la cou-vrent, s’élèvent jusqu’à 14 m. au-dessus du sol ; elles offrent un genredecouverture peu dispendieux et d’une extrême solidité, puisqu’elles ont ré-sisté à l’action de quinze siècles, etque pendant longtemps, sans éprouverde dégradations seusibles, elles ont supporté une épaisse couche deterre, cultivée en jardin et plantée d’arbres. L’architecture simple etmajestueuse de cette salle ne présente que peu d’ornements ; les lacesdes murs sont décorées de trois grandes arcades, dont celle du milieuest la plus élevée. On trouve sous cette salle un double rang en hauteurde caves eu berceaux. ou plutôt de larges aqueducs souterrains de 3 m.de large et de 3 m. de haut sous clef ; il y avait trois berceaux parallèles,séparés par des murs de 1 m. 29 c. d’épaisseur, et se communiquantpar des portes de 1 m. à 1 m. 33 c. de large. En 1544 on découvrit desaqueducs souterrains, qui probablement amenaient, par ces berceaux,l’eau de Rungis ou d’Arcueil au palais des Thermes.
Echappé au marteau des démolisseurs de tous les régimes, I’hotei. deCluny est l’un des monuments gothiques les plus élégants et les plus dignesque nous possédions. Le portail et les croisées sont couverts de sculp-tures très-délicatement travaillées ; la chapelle, située au premier étageet donnant sur le jardin, offre une construction aussi remarquable quesingulière. La voûte , très-chargée de sculptures , est soutenue parun seul pilier de forme octogone, élevé au milieu, et auquel viennentaboutir toutes les arêtes. Sur les murs de cette chapelle étaient autrefoisplacés en forme de mausolées, les portraits de la famille de Jacquesd’Amboise, entre autres celui du cardinal. Un magnifique groupe ensculpture servait de maître-autel ; il fut détruit, et la chapelle servitlongtemps à des cours particuliers de pharmacie. A droite en entrantdans la cour, on voit une tourelle octogone, qui a servi aux observationsastronomiques de Delisle, de Lalande et de Meslier, et qui renferme untrès-belescalier à vis, bien appareillé, d’unecoupelieureuse, conduisantaux divers appartements. — En 1684, une troupe de comédiens de pro-vince s’établit dans une grande salle de l’hôtel Clunv, où elle fit cons-truire un théâtre; mais le parlement, sur la réclamation des confrèresde la Passion, rendit un arrêt par lequel il était défendu à ces comédiensde continuer leurs représentations. — En 1790, l’hôtel de Cluny devintpropriété nationale, et fut aliéné ; depuis, divers établissements in-dustriels y furent établis. De tous les locataires de cet hôtel vénérable,M. du Sommerard est celui qui a fait le plus pour en assurer la conser-vation. Pendant trente années de sa vie, il employa les loisirs que luilaissaient ses fonctions de magistrat à recueillir des objets d’art, dontil forma une collection qui a été acquise par l’Etat et rendue publiquele 17 mars 1844. Indépendamment de la chapelle, ce musée occupehuit ou dix salles du rez-de-chaussée et du premier étage de l’hôlel deCluny.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue du Foin-St-Jacques, n” 14, était le colléoe Gervais, fondéen 1370, et réuni à l’Université eu 1763. Les bâtiments de ce collègeont été affectés en l’an ira à une caserne d’infanterie.
Au n" 18 , à l’angle de la rue Boutebrie, est une maison remarquablepar sa construction, qui a donné lieu à beaucoup de conjectures. Aumilieu du xvi r siècle elle portait le nom de Henri de Marie, maître desrequêtes. Au milieu du xvn° siècle c’était l’hôtel de Bourbon. La tra-dition du quartier en fait remonter la construction au règne de Henri II,qui eu laissa la propriété à Catherine de Médicis, sa veuve ; le peupledésigne cette ancienne habitation sous le nom d’hôtel delà reine Blanche,qui est commun à la plupart des hôtels qu’ont habités les veuves desrois, parce que ce deuil se portait en blanc.
Rue des Mathurins-St-Jacques, n“ ! 2,4, 6, 8 et 10, était lecouveut des religieux de la Sle-Trinité pour la rédemption des captifssous l’invocation de St-Mathuris. — C’était autrefois un hôpital sousle titre d’aumônerie de Sl-Benoît, qui dépendait de l’ancienne abbavr
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