VILLE DE PARIS. — DOUZIEME ARRONDISSEMENT. — N° 45. QUARTIER ST-JACQUES.
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St-Jean-de-Beauvais. Cette école fut transférée en 1771 dans le bâti-ment qu’elle occupe, construit sur les dessins de Soufflot : il se composed’un vaste amphithéâtre, de salles appropriées à la destination de réta-blissement, et de logements particuliers. La façade principale est prisesur l’angle qui répond au Panthéon et interrompt la forme rectangu-laire ; cette façade est ornée de quatre colonnes ioniques qui soutiennentun fronton triangulaire. On enseigne dans chacune des deux sections del’école, formées en 1819, le droit romain, le Code civil, les Pandectes,le Code de procédure et le Code de commerce.
L’école polytechnique. Cette école célèbre occupe l’emplacementdu college de Navarre, fondé en 1304 par les libéralités de Jeannede Navarre, femme de Philippe le Bel ; c’était alors le seul collège deParis où on enseignât le complément des humanités. Le collège de Na-varre fut rebâti sous le règne de Louis XI, mais on avait conservé surla principale porte d’entrée les statues pédestres de Philippe le Bel etde Jeanne de Navarre, qui furent enlevées en 1792, lorsque la conven-tiou affecta à l’école polytechnique le collège de Navarre et ses dépen-dances. Le collège de Navarre fut fondé originairement pour y faireélever gratuitement soixante-dix pauvres écoliers sous la direction desavants professeurs, dont vingt étudiants en grammaire, trente en phi-losophie et vingt en théologie. Les princes du sang et les plus grandsseigneurs du royaume y mettaient autrefois leurs enfants en pension.Louis de Bourbon y fit ses études au commencement du xvi e siècle ;Henri III, étant duc d’Anjou, et Henri IV, avant qu’il fût roi deFrance, y furent pensionnaires ensemble. Entre un grand nombred’hommes distingués qui firent leurs études dans ce collège, nous cite-rons : Nicolas Oresme, qui fut précepteur de Charles V et évêque deBayeux ; le cardinal Pierre Launoy d’Ailly ; Jean Gerson, chancelier del’Université; le cardinal de Richelieu, qui y fonda une chaire de contro-verse; Jean 4e Launoy, auteur de l’histoire de ce collège; le célèbreBossuet, évêque de Meaux, etc., etc. — Le collège de Navarre possédaitune riche bibliothèque fondée par la reine Jeanne de Navarre et com-posée des meilleurs manuscrits de ce temps, où l’imprimerie n’existaitpas ; ruinée plus tard et dispersée, cette bibliothèque fut rétablie parLouis XI et augmentée en 1637 de la bibliothèque de M. de Pierèse.
Le collège de N^arre fut supprimé en 1790, et devint propriété del’Etat. Les frères Pyranesi y avaient établi leur calcographie qu’ils trans-férèrent à la Sorbonne en l’an xiii. — L’école polytechnique, a étéfondée, le 28 septembre 1794, sous le nom d’école des travaux publics,qu’elle changea en son nom actuel le 1 er septembre 1795. Dans l’origine,elle occupait une partie des bâtiments de l’ancien palais Bourbon, d’oùelle a été transférée dans le local où elle est installée aujourd’hui parun décret du 9 germinal an xm. — Les bureaux occupent le local del’ancien collège de Boncourt, et les élèves celui du collège de Navarre.Les bâtiments de cette école ont été récemment agrandis vers la rue dela Montagne-Ste-Geneviève, et on a élevé sur le carrefour de ce nom ungrand portail décoré de sculptures. Des deux côtés de la voûte sontdeux grands bas-reliefs ; celui de gauche représente les attributs desmathématiques, de l’astronomie, de la physique, de la chimie et desautres sciences qui font l’objet de l’enseignement de l’institution ; le bas-relief de droite-est consacré aux symboles du génie, de la marine et de l’ar-tillerie. Au-dessus sont sculptés cinq médaillons représentant Lagrange,Laplace, Monge, Berthollet et Fourcroy, illustres fondateurs de l’école.
Le collège Louis-le-Grand , situé rue St-Jacques, n° 123. Ce col-lège a été fondé par les jésuites en 1550, dans un hôtel de la rue de laHarpe que leur donna Guillaume Duprat, évêque de Clermont, avecune forte somme d’argent. En 1564, ils achetèrent l’hôtel de Langres,rue St-Jacques, et donnèrent à leur maison le nom de collège de Cler-mont de la société de Jésus : au nombre des savants qui y professaientdès le commencement, on compte les PP. Maldonat, Mariana et Sir-mond, sous lequel étudia saint François de Sales. Les jésuites ayant étéchassés du royaume en 1594, par arrêt du parlement, au sujet de l’at-tentat de Jean Châtel, leur collège fut fermé jusqu’en 1603, époque oùils furent rappelés, et où Henri IV leur promit de rouvrir leurs classes.En 1641, le cardinal de Richelieu leur donna le collège de Marmou-tiers, qui fut alors réuni au collège de Clermont. En 1682, le Toi leur
accorda le collège du Mans, situé rue d’Enfer, qui fut aussi réuni aucollège de Clermont, lequel prit alors le nom de collège de Louis-le-Grand. Les succès de ce collège, qui avait pour professeurs des hommesdu plus grand talent, allèrent toujours en croissant jusqu’à l’époque dela suppression des jésuites eu 1762, époque où leur collège fut fermé.On lit à ce sujet les réflexions suivantes dans les Mémoires secrets pourservir à l’histoire de la république des lettres , t. i, p. 62 : « 1 er avril1762. Voilà une des plus fameuses époques de la république des lettres;les arrêts du parlement se sont exécutés aujourd’hui, et les jésuites fer-ment leurs collèges dans le ressort. Les pensionnaires de Louis-le-Grandsont tous sortis aujourd’hui, et ceux qui sont connus sous le nom d’en-fants de langue, ou d’Arméniens pensionnés du roi (c’étaient dix jeunesgens élevés aux frais du roi, dans l’étude des langues latine et orien-tales , pour servir de drogmans et de truchements aux consuls des échellesdu Levant), ont été mis, jusqu’à nouvel ordre, dans des maisons voi-sines du collège. On a fait à l’occasion de l’événement du jour courir lapasquinade suivante; « La troupe de St-Ignace donnera mercredi pro-» chain 31 mars 1762, pour dernière représentation, Arlequin jésuite,» comédie eu cinq actes, du P. Duplessis ; suivie des Faux Bruits de» Loyola , par le P. Lainez, petite comédie en un acte. Pourdivertisse-» ment, le Ballet portugais : en attendant le Triomphe de Thémis. »Quelques jours après, on fit courir l’épigramme suivante, adressée auxjésuites sur la clôture de leur collège : •
Vous ne savez pas le latin:
Ne criez pas an sacrilège
Si l'on ferme votre collège;
Car vous mettez au masculin
Cê qu’on ne met qu’au féminin.
Après cet événement, l’Université de Paris choisit le collège Louis-le-Grand pour son chef-lieu ; c’est là que siégea le tribunal académique,que l’on transporta les archives des collèges, la bibliothèque de l’Uni-versité, et la halle aux parchemins, dont il se faisait encore une assezgrande consommation. Peu après on réunit à Louis-le-Grand lesélèves d’un grand nombre de petits collèges, tels que ceux de Dormans,de Beauvais, de Narbonne, de Reims, de Séez, etc., etc.— Au nombredes plus célèbres élèves de l’ancien collège Louis-le-Grand, on cite :Viger, N. Caussin, Ph. Labbe, R. Rapin, D. Bouhours, J. Commire,Midi, le Tellier, B. Germon , J. Tarteron, J. Hardouin , V. Houdry,Brumoy, Charlevoix, Laiitau, Berruyer, de Tournemine, Voltaire, qui futcertainement un des plus brillants élèves du collège Louis-le-Grand. Unecélébrité d’un autre genre commençait ses études dans ce même collège,à l’époque où Voltaire y faisait les siennes ; tandis que le jeune Arouetaccaparait par son esprit les premières places de la classe, Cartouche,assis aux derniers bancs, y exploitait les poches de ses camarades ; unvol, plus audacieux que les autres, et qui lui réussit mal, le força dequitter le collège.—A l’époque de la révolution, le collège Louis-le-Grand comptait six cents pensionnaires , appartenant pour la plupart àla classe riche de la société, et environ autant de jésuites précepteurs.Entre autres élèves de cette époque qui se sont fait un nom, nous cite-rons Camille Desmoulins et Robespierre.
En 1792, le collège Louis-le-Grand fut réorganisé sous une formenouvelle, et reçut le nom d 'Institut de l’égalité. On y a compté jus-qu’à sept cent cinquante boursiers, désignés alors sous le nom de bour-siers de l’égalité. Au nombre de ces boursiers figuraient, après le 9 ther-midor, les fils de Brissot de Warville, de Tronçon du Coudray, de Ca-mille Desrnoulins, de Carrier, du général vendéen d’Elbée, de Treillard,de Buflbn, de Filangieri, de Pompei, de Casablanca, d’Aréna, d’Arighi,de Tapputi, d’Auguis (les trois fils), de Grouchy, de Condorcet, deFourcroy, de Louvet, de Desforges, d’Abrial, de Fabre d’Eglantine, deJean-Bon St-André, de Toussaint Louverture, d’Alvimar, d’Albenas, deDillon, etc., etc., etc. — Un grand nombre des membres qui siégeaientà la chambre des députés en 1842-1843 ont été élèves de l’Institut del’égalité , notamment MM. Armand de l’Aube, Auguis, Beaumont dela Somme, Boulav du Var, Brunet de Saône-et-Loire , Champannet,Chasles, Cornudet, Couturier , Defermon , Desjobert, Duval de Fra-ville, Girod de l’Ain, Herambault, d’Houdelot, Isambert, Jacque-