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Tome troisième.
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DE SAÎNT-PIERRE. a85

que tons nos confrères ensemble ? en un mol, il est (1 une nécessité abso-lue que cette aventure lasse un vule dans l’Académie. Qui de nous poui-rait se croire permis de s’asseoir dans ce lieu avec celui quwi a pas craintde calonynier indignement noire protecteur , notre bienfaiteur et notreroi. » Ce fut en conséquence de ce discours, que 1 Académie refusa d en-tendrq l'abbé de Saint-Pierre.

D’autres raisons contribuèrent etuflrc à faire rejeter sa demande. 11avait écrit au régent pour se justifier , et sa justification sc bornait a tliiequ’il n’avait pas cru pouvoir parler de Louis XIV autrement qu’il n’avaitfait. L'Académie prétendit que cette lettre au régent aggravait la fauteau lieu de la diminuer -, que si l’accusé n’avait pas changé d’avis depuisqu’il avait écrit cette lettre, il ne fallait pas lui fournir l'occasion devenir en pleine séance ajouter de nouvelles insultes à celles dont il avaitdéjà flétri le nom révéré de Louis-le-Grand ; qu’enfm l’ouvrage de l’abbéde Saint-Pierre était un corps de délit existant et suffisant, qui dispen-sait d'entendre l’auteur avant de le juger. Nous croyons, avec tout lerespect que nous devons à la mémoire de nos prédécesseurs, que lesacadémiciens d’aujourd’hui auraient été plus équitables ou plus indul-gens , et qu'ils eussent accordé à leur confrère , d'une voix presque una-nime-, la permission qu’il demandait de s’expliquer, au risque même dele trouver plus coupable après sa défense.

Quoi qu'il en soit, on opina d’abord de vive voix sur la punition ducriminel, et toutes les voix, sans en excepter une seule, furent pour lepriver de sa place. Mais il était à craindre , pour l'honneur de cette dé-libération , que plusieurs académiciens n’eussent opiné de la sorte parpolitique , et pour ne pas contredire trop ouvertement les plus animéset les plus puissans de leurs confrères. L’Académie voulant donc laisseraux opinans toute la liberté , du moins apparente, qu’ils pouvaient dési-rer, jugea à propos de joindre à cette délibération unanime, le scrutindes boules , qui laissait à l’équité ou à l’amitié timide un moyen plus sûrde s’expliquer sans se compromettre ; et toutes les boules, à Vexceptiond’une seule , furent pour l’exclusion, quoique l’accusé crût avoir plusd’un ami parmi ses confrères ‘.

Le régent, quoiqu’il aimât beaucoup l’abbé de Saint-Pierre, quoi-qu’on l’accusât même de penser comme lui sur Louis XIV ^ne crut pasdevoir annuler la délibération de l’Académie. Il donna donc les mains,quoiqu'il regret, à l’acte de sévérité que la compagnie venait d’exercer

1 Le fameux Furctièrc , beaucoup plus digne de l’exclusion qu’on prononçacontre lui, avait eu de mémo une seule houle en sa faveur. La Fontaine, quesa bonhomie fit soupçonner de l’avoir donnée, quoiqu'il eût été fort outragépar le coupable, avoua qu’il avait donné une boule noire, mais que c’étaitpar distraction. Il essuya sur cette faute , assez pardonnable, les reprochesde Despréaux, qui aurait mieux fait de ne pas s'absenter, comme il fit, de1 assemblée, et de venir réclamer en faveftr de Furctièrc son ami, puisqu’iltrouvait sa destitution injuste II y a apparence que la boule favorable étaitde Racine, qui, ami de Furetièrc comme Despréaux, se trouva à la séance,et qui n’essuya pas, comme La Fontaine, des reproches de sa lâcheté.