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Tome troisième.
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M ÉLOGE

qui ne lui paraissaient guère propres qu’à leur corrompre le goût.On lui demandait son avis sur les ouvrages d’un jeune écrivain,qui annonçait dès lors les plus grands talens, et qui a tenu depuistout ce qu’il promettait, l’auteur des éloges de Sully, de Des-cartes et de Marc-Aurèle ; l’inflexible cicéronien répondit avecune sévérité chagrine : Il a trop lu 'Tacite. L’abbé d’Olivet n’eutpoint cet écueil à éviter ; fidèle au dieu qu’il avait choisi, il neporta point ailleurs son hommage. Aussi, quoique obligé chezles jésuites à d’autres études, la lecture de Cicéron, devenue sonoccupation chérie , lui rendit bientôt toute autre occupation fas-tidieuse ; et comme il craignit que ses supérieurs ne le forçassentde faire diversion à cette lecture en se tournant vers des objetscontraires à son goût, il quitta la société à l’âge de trente-troisans , c’est-à-dire au moment où il était près de s’y engager pourtoujours (3). Mais en la quittant, il conserva pour elle cet atta-chement, pour ainsi dire filial, devenu parmi nous comme lesignalement de presque tous ceux qui ont appartenu à cette so-ciété célèbre ; attachement qui prouve en eux, ou le souvenirestimable de ce qu’ils lui doivent, ou l’habitude qu’ils y ontcontractée du patriotisme général qui était comme inhérent àtous les membres de cette compagnie, et que la robe jésuitiquesemblait en quelque manière envelopper. On a vu même , etl’abbé d’Olivet en citait d’illustres exemples, on a vu plusieursde ceux qui avaient dépouillé cette robe par mécontentement deleurs confrères , afficher pour eux , après les avoir quittés , le zèlele plus courageux et le plus vif, non-seulement dans les beauxjours de la société, mais dans ses jours d’infortune et de destruc-tion ; on a vu la plupart de ces déserteurs travestis , ou plutôt deces ex-jésuites honoraires, conserver jusqu’à cet esprit d’intriguesourde et de manège hypocrite qui, des chefs de la société, serépandait jusqu’à Ses membres. On a vu enfin, comme le disaitencore l’abbé d’Olivet, des ex-jésuites qui, dans cette société,n’avaient point fait parler d’eux, en montrer tellement l’espritaprès leur retraite, qu’on a dit, qu’ils s’étaient fait jésuitesdepuis qu’ils ne l’étaient plus. Notre académicien , et pendantqu’il fut jésuite, et depuis qu’il eut cessé de l’être, a toujoursété à l’abri de ce reproche. 11 ne fut ni ambitieux, ni tartufe ,ni adulateur ; il le fut si peu, qu’il ne voyait pas même ces vicesdans plusieurs de ses confrères , en qui néanmoins ils pouvaientêtre aperçus par des yeux moins clairvoyans que les siens. Toutjésuite était son ami, même sans en être connu , et comme parprovision ou par sympathie. Peut-être aussi y entrait-il unesorte de prudence et presque de politique; peut-être craignait-ilde déplaire à une société qui ne pardonnait pas , et de mériter