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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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208 PENSÉES DIVERSES.

une espèce d’engourdissement m’empêche de faire desréflexions.

Je suis presque aussi content avec des sots qu’avec desgens d’esprit : car il y a peu d’hommes si ennuyeux quine m’aient amusé ; très-souvent il n’y a rien de si amu-sant qu’un homme ridicule.

Je ne hais pas deme divertir en moi-même des hommesque je vois, sauf à eux à me prendre à leur tour pour cequ’ils veulent.

J’ai eu d’abord pour la plupart des grands une craintepuérile ; dès que j’ai eu fait connaissance , j’ai passé pres-que sans milieu jusqu’au mépris.

J’ai assez aimé à dire aux femmes des fadeurs, et àleur rendre des services qui coûtent si peu.

J’ai eu naturellement de l’amour pour le bien et l’hon-neur de ma patrie, et peu pour ce qu’on appelle lagloire ;j’ai toujours senti une joie secrète lorsqu’on a fait quelquerèglement qui allait au bien commun.

Quand j’ai voyagé dans les pays étrangers, je m’y suisattaché comme au mien propre ; j’ai pris part à leur for-tune, et j’aurais souhaité qu’ils fussent dans un étatfloris-sant.

J'ai cru trouver de l’esprit à des gens qui passaient pourn’en point avoir.

Je n’ai pas été fâché de passer pour distrait ; celam’a fait hasarder bien des négligences qui m’auraient em-barrassé.

J’aime les maisons où je puis me tirer d’affaire avecmon esprit de tous les jours.

Dans les conversations et à table, j’ai toujours été ravidetrou ver un homme qui voulut prendre la peine de briller :