18
CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS
une poursuite dont les résultats, comme nousvenons de le voir, devenaient problématiques,il devait se rabattre sur Minsk. Tandis que l’unaurait marché sur Mohilev, l’autre se serait di-rigé sur Orcha et Smolensk, et, après le combatde la Sallanovka, rien ne pouvait empêcher lesgénéraux français de pousser sur Mstislav etde s’opposer même à la jonction des deux ar-mées russes à Smolensk, sur quoi j’aurai en-core l’occasion de revenir.
Combat de Saltanovka. — En avançant versMohilev, le prince Bagration apprit que la villeétait occupée par les ennemis. Il vit bien quele moment était arrivé de se faire jour l’épée àla main. Il serait donc injuste de lui reprocherd’avoir livré le combat de la Saltanovka. Uneraison majeure a dû l’y porter. Il voulait s’ou-vrir la communication parMoliilevsur Mstislav,appréhendant avec raison que, s’il franchissaitle Dnepre plus bas que Mohilev, le maréchalDavoust ne marchât sur Mstislav, et ne lui in-terceptât la retraite sur Smolensk.
Mais n’ayant encore que le corps du généralRaeffskoï qui pût prendre part au combat, carcelui du général Borosdin était encore en ar-rière, il est juste de lui reprocher d’avoir faitattaquer le maréchal Davoust avant la concen-tration de ses forces.
Le 12—24 juillet, toute son armée aurait puêtre rassemblée. Alors, profitant du mouve-ment divergent de l’armée du roi de Wcstpha-lie, dont il pouvait calculer toutes les marcheset connaître la direction, il aurait eu plus d’unechance en sa faveur. En battant le corps dumaréchal Davoust, le prince Bagration se ren-dait maître de Mohilev, et rejetant les en-nemis sur Orcha , il se frayait par Mstislav unevoie sûie et une jonction inévitable avec lapremière armée, à Smolensk.
Considérations sur les opérations de l’arméedu marichal Davoust. — Le maréehal Davoust,sous lesordres duquel Napoléon venait de ran-ger l’armée qu’avait commandée son frère,ayant é‘.é rejoint par le corps du prince Ponia-towsky à Mohilev, devait se porter, après lecombat de Saltanovka, sur Mstislav. Il y au-rait tout aussi bien prévenu l’armée du princeBagratim, qu’il l’avait fait à Mohilev.
Une division du corps du général Vandamme,et dont le général Tharreau avait pris le com-mandement, aurait dû être aussi dirigée sur
Orcha, pour y relever le corps du généralGrouchy, que le maréchal Davoust aurait at-tiré à lui, tandis que Latour-Maubourg, ren-forcé par la seconde division du 8 e corps, seserait porté sur Rogatschev pour s’opposer àtoutes les tentativesde la garnison de Bobrouisket du corps de Mozyr.
La division du 8 e corps, renforcée par labrigade de cavalerie légère de Colbert, en seportant par Borissov sur Orcha, aurait faitl’échelon intermédiaire de la ligne stratégiquetransversale de Mohilev par Kokhanov à Senno.
Mais abondonnant même le sens de l’hypo-thèse que je viens de débattre, et ne prenantles choses que telles qu’elles ont existé, il estdifficile de ne pas reprocher au maréchal Da-voust d’avoir laissé échapper l’occasion demarcher sur Mstislav. Renforcé comme il l’aété par le corps du prince Poniatowsky, quel-les pouvaient être ses appréhensions? Battu, ilperdait quelques milliers d’hommes et se re-pliait par Gory sur Orcha, dont le point venaitd’être éclairé par le 3 e corps, et que Grou-chy renforça plus tard. Vainqueur, il s’opposaitcomplètement à la jonction des deux armées,et prévenait même la bataille de Smolensk.
Cette opération ne pouvait non plus avoirrien de dangereux pour le général Davoust. Enpassant sur la rive gauche du Boryslhène, ilse trouvait, il est vrai, séparé par ce fleuve dela grande armée qui se portait sur Witebsk;mais les deux «armées russes ne l’élaient-ellespas de même? Les Français cependant con-servaient en leur faveur l’avantage des lignesintérieures, contre les extérieures. Dans uncas pareil, le principal c’est que les parties,quoique séparées, aient des forces suffisantespour s’opposer aux adversaires ; et, d’après cetaxiome, les deux armées françaises avaienttoutes les chances lactiques en leur faveur.L’éloignement du maréchal Davoust de lagrande armée, commandée par Napoléon, etson isolement sur la rive gauche du Dnepre,n’avaient donc rien de contraire aux vrais prin-cipes militaires.
Si plusieurs auteurs justement sévères ontblâmé les opérations du roi de Westphalie, lapartialité seule pouvait les porter à être indul-gents envers le maréchal Davoust. L’un et l’au-tre me paraissent avoir mérité le même re-proche. Si le roi laissa échapper le prince