DE LA GUERRE DE 1812.
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Bagration à Korclicza, le maréchal Davoust n’ena pas moins fait à Mstislav.
Le mouvement décisif du maréchal Davoustpar Mstislav sur Smolensk, remplissait deuxbuts importants à la fois :
1° De rejeter l’armée du prince Bagrationsur Jelnia ;
2° De s’emparer de Smolensk à dos del’arméedu général Barclay de Tolly.
Continuation des opérations de l’armée dugénéral Barclay de Tolly. — L’armée du géné-ral Barclay de Tolly, qui se portait sur le campde Drissa, y arriva le 29 juin—11 juillet avecles 2 e , 5 e , 4 e et 5 e corps d’infanterie, et les
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La marche de l’armée vers Drissa était toutaussi vicieuse que son séjour dans ce campaurait pu être dangereux. Napoléon ayant pro-noncé son mouvement par son centre avec lescorps du général Sainl-Cyr et des gardes versGloubokoé, et par la droite avec celui du vice-roi, de Smorgony sur Wileïka, le général Bar-clay de Tolly se vit obligé d’abandonner saposition pour remonter la Duna, afin de con-server ses communications avec Smolensk. Ilévacua le camp le 2 — 14 juillet.
Si l’établissement et la marche de la grandearmée vers le camp de Drissa, étaient desfautesgraves, il n’est pas moins vrai que l’aban-don subit de ses fortilications élevées à tant defrais et au prix d’un temps précieux, fait leplus grand honneur aux combinaisons du gé-néral Barclay de Tolly. Il avait saisi les dan-gers de sa position, et évacua le camp.
Considérations sur les grandes opérations desarmées françaises.- —Le séjour prolongé de Na-poléon à Wilna, etla lenteur ordinaire des mou-vements, lorsqu’il se trouvait absent de l’armée,n’auraientpu s’excuserquedans le cas oùl’ave-nir nous eût dévoilé des actes d’administrationen faveur de la Pologne, et dont la pacificationultérieure eût peut-être pu entraver plus tard lecommencement de la campagne de 1813. Dansson séjour à Wilna, qui dura dix-huit jours, ilsembla avoir perdu de vue la célérité et l’en-semble des mouvements, ne s’occupa qu’àrecevoir des députations, et à nommer des in-tendants militaires, tandis qu’il ne devait son-ger qu’à pousser son centre et la droite surGloubokoé et Dokschitzy.
En côtoyant la rive gauche de la Duna avec
son centre , par Ouchatch, Oula, Bechenkovi-chy vers Witebsk, tandis que la colone de ladroite aurait poussé par Lepell, Tschachniki,Senno et Babinoviczy, il aurait pu prévenir legénéral Barclay de Tolly à Babinoviczy et Lios-na, et le forcer de se jeter sur Poreczié. Maisalors le chemin sur Smolensk par Roudnia, nepouvait lui être disputé que par les troupes duprince Bagration, lequel apparemment n’auraitpas osé recevoir une lutte aussi inégale.
Cette route étant aussi beaucoup plus courteque celle par Poreczié, la première armée eûtdonc été prévenue à Smolensk et forcée depousser sur Doukovtchina.
Ces mouvements auraient fourni le pendantdu résultat de la bataille d’Eckmüll, et lamarche de la première armée de Poreczié surDoukovtchina, semblable à celle de l’archiducCharles vers la Bohême.
Prenons encore une fois le calcul des distan-ces et du temps à notre secours.
Au lieu de faire entreprendre à sa droite lemouvement excentrique sur Dévénicki (i), pourcouper la retraite au prince Bagration, quiavait assez d’ennemis sur les bras, en faisantmarcher le vice-roi par Smorgony sur Dok-schitzy , tandis que les corps de Saint-Cyr etcelui des gardes se seraient portés, par Mika-lischkysur Gloubokoé, Napoléon pouvait faci-lement égaliser dans leur marche les têtes desdifférentes colonnes des deux ailes et du cen-tre. Murat, qui conduisait la gauche, arriva,le 21 juin — 3 juillet, à Svventziany. A cetteépoque, le centre aurait pu tout aussi bienatteindre Kobylnicky, et la droite Kourgenetz.De Kobylnicky, il y a 7 myriamètres et demijusqu’à Gloubokoé, et de Kourgenetz 6 myria-mètres et demi jusqu’à Dokschitzy. Ainsi lecentre et la droite pouvaient y être très-faci-lement le 26 juin — 8 juillet. Le maréchalDavoust occupa Minsk le même jour. de ma-nière que les échelons stratégiques eussent étéparfaitement établis.
Tandis que le roi de Naples, avec les corpsde Ney, de Nansouty, de Montbrun et des troisdivisions de celui de Davoust, aurait tenu legénéral Barclay de Tolly en échec dans le campretranché de Drissa, le vice-roi aurait pu
(î) Mouvement fautif, qu’aucune considération ne peutexcuser.