CONSIDÉRATIONS SUP. LES OPÉRATIONS
Les Français furent attaqués, et, aprèsavoir faitde vains efforts pour se soutenirsurlarive droite de Svolna, leur avant-garde futobligée de céder le champ de bataille à sesadversaires.
Considérations. — L’engagement près deSvolna, peut être envisagé sous deux rapportsdifférents,stratégique et tactique, comme unefaute.
En arrivant à Kokanoviczy, le général com-mandant les troupes russes pouvait, à la fa-veur des replis de sa position, embrasser d’uncoup d’œil celle des ennemis, sur les deux ri-ves de la Svolna. Les vices de cette positionétaient palpables. L’ennemi n’avait osé franchirla Svolna qu’avec une partie de ses troupes; lecorps russe, au contraire , était en masse prèsde Kokanoviczy, caché derrière les sinuositésdu terrain, qui se trouvent en avant du châ-teau. Au lieu de tomber à corps perdu sur lesennemis qui avaient un fleuve à dos, dont lesrivages escarpés et peu de points de passagerendaient la retraite très-diflicile, et qui n’au-raient pas pu résister à l’élan des forces supé-rieures des Russes, on perdit un temps pré-cieux en vaines délibérations , dont le résultatfut cependant l’attaque dont j’ai parlé. Maiscette attaque n’a pas été aussi décisive qu’elleaurait dù letre, et l’avant-garde ennemie par-vint à regagner la rive gauche de la rivière,où elle fut recueillie par le gros du corps quiavait couronné les hauteurs.
Sous le rapport stratégique, ce combat a étéinutile, et ne pouvait servir à rien. Le but desgrandes opérations était Polotzk : c’est doncvers ce but qu’on devait tourner les yeux. Laposition des Français, sur la rive gauche de laSvolna, était tellement forte, qu’ils pouvaientla défendre avec un avantage marqué, jusqu’aumoment où la fantaisie leur fût venue de l’a-bandonner. L’attaque en front était une choseimpossible. Les Russes avaient une rivière non
(0 Apres la jonction du corps bavarois, le marquis deChambray n'accorde au maréchal Oudinot que 5S,000hommes, ce qui est difficile à croire. Le corps du généralSainl-Cy r, composé des deux divisions de Wrede et Dcroy,d’après le tableau synoptique présenté à la fin du1“ volume, montait à 25,228 hommes. Supposant quele général Saint-Cyr n’ait amené ,que 20,000 hommes,comment peut-on supposer que le 2' corps, lequel au
guéable à franchir, une position formidablesur la rive gauche à forcer, et un corps d’arméebeaucoup plus nombreux à combattre (t).
Il n’y avait qu’un mouvement de conversionqui pouvait nous la livrer ; cette conversion nepouvait se faire que par notre gauche, afin demanœuvrer dans la proximité de notre ligned’opérations naturelle de Pololzk, par Sébègesur Pskov. Voici le mouvement que le corpsrusse aurait pu faire :
Arrivé à Kokanoviczy, le général comman-dant les troupes russes pouvait faire avancerune petite avant-garde sur les hauteurs devantle château, position assez forte, et que l’en-nemi, ignorant nos forces sur ce point, n’au-rait pas tenté d’attaquer franchement, surtoutdans une position aussi désavantageuse quecelle qu’il occupait sur la rive droite. Cetteavant-garde aurait servi de rideau au mouve-ment stratégique de conversion, lequel auraitdû s’effectuer par la gauche, en poussant deKokanoviczy sur Sokolichtchy, et de là surPololzk. Les Russes auraient trouvé cette villesans défense, et elle tombait indubitablementen leur pouvoir. Les renseignements que j’aieu l’occasion de prendre plus tard des habi-tants de la contrée, sur les distances et l’étatdes routes, m’ont convaincu de la justesse demon calcul.
La distance de la route qui, de Kokano-viczy, par Sokolichtchy, mène à Polotzk, nediffère de celle qui, de Svolna mène par Gam-selevo, à la môme ville, que de 4 à o kilomè-tres. La route qui, de Kokanoviczy mène àSokolichtchy, coupe aussi le vallon de laSvolna dans des endroits où elle est déjàguéable, et n’offre aucune difficulté pour lafranchir.
Le mouvement de conversion ayant été com-mencé pendant que notre avant-garde auraittenu l’ennemi en suspens sur nos vraies inten-tions, l’opération aurait été achevée bien
commencement des hostilités avait, d’après le tableaudu marquis de Chambray lui-mème, 34,229 fantassins,et en y comptant la division de cuirassiers de Doumerc,au moins 7,000 sabres, pu, après une seule bataille danslaquelle la perte n’a pas été énormément grande, êtreréduit à 15,000 hommes présents sous les armes? Lecorps du comte Wittgensteiu avait tout au plus 20,000hommes.