DE LA GUERRE DE 1812.
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aussi considérer qu’on marche beaucoup pluslenloment lorsqu’on a devant soi des ennemisà combattre, que lorsqu’on marche par deschemins sûrs, comme l’étaient ceux de Wilebsket d’Orcha à Babinoviczy.
Cet inconvénient n’aurait pas été le seul : sile général Barclay de Tolly eût poussé deLiosna vers Babinoviczy, Napoléon se seraittrouvé, par Lubaviczy, plus près de Smolenskque les Russes.
Que le lecteur cependant n’aille pas en con-clure que je nie la beauté et l’utilité du mou-vement offensif sur Roudnia, mon intentionétait seulement de discuter les probabilités etles bornes de ce mouvement. Au contraire, ilest fâcheux qu’il ne fut pas exécuté avec déci-sion ; car les Russes n’avaient que des chancesde succès en leur faveur. Les trois corps decavalerie français n’auraient pas manqué dedevenir la victime de cette opération, et quoi-qu’il soit impossible de désigner les pertes aux-quelles ils auraient été en butte, il est incon-testable qu’elles eussent été très-grandes. Endiminuant sensiblement le nombre de cavalerieque Napoléon possédait encore, on acquéraitune supériorité tactique, qui n’aurait pas man-qué de se décider dans les plaines que l’arméerusse se proposait de parcourir jusqu’à Moscou.
Liosna devait donc être le terme de la pour-suite des Russes, par les raisons que je croisavoir démontrées assez clairement, et qui con-sistent dans la possibilité que Napoléon avaitde rassembler son armée dans la position laté-rale de Babinoviczy.
Pour ce qui regarde le mouvement de flancpar la droite que lit l’armée russe, il a été dés-avantageux et contre tontes les probabilitésmilitaires qui auraient pu le décider. Désavan-tageux, parce qu’il fit manquer un coup écla-tant; contraire à toutes les probabilités, carjamais Napoléon n’aurait entrepris une opéra-tion aussi isolée, que celle de diriger le corpsdu vice-roi d’Italie par Poreczié sur Smolensk.Un mouvement offensif vers Poreczié ne pou-vait donc être qu’une vaine démonstration, ou
(i) 11 est étonnant qu’un militaireaussi estimable quele général Gourgaud , puisse désapprouver la positiondelà division Névérovskoï àKrasnoï. Dans son Examencritique de l’ouvrage du comte de Ségur (pag. 149), ildit : « Nous rencontrâmes, à Krasnoi, la division russe» de Névérovskoï, que, l’on ne sait trop pourquoi, les
un poste avancé pour assurer la position du4 e corps à Sourage.
Napoléon devait encore moins porter touteson armée sur cette communication, car elleétait la plus longue, et que, pour le faire, ilaurait été obligé de concentrer toute la massesur sa gauche vers Janoviczy, concentrationqui ne se serait faite qu’avec une perle detemps, tandis qu’il pouvait le faire beaucoupplus promptement par un mouvement concen-trique sur la communication centrale de Wi-tebsk par Liosna. Ayant l’équilibre des forcesphysiques en sa faveur, dans le cas d’un mou-vement offensif de Napoléon sur Smolensk, lacommunication sur Roudnia devenait d’autantplus avantageuse, qu'elle était aussi la pluscourte.
Le général Barclay de Tolly pouvait toutaussi bien envoyer une division à Poreczié,qu’il en avait envoyé une à Krasnoï (î), etayant ainsi assuré ses deux flancs par deuxpostes avancés qui auraient pu toujours préve-nir une surprise, il devait tomber à corps perdusur les trois corps avancés des ennemis, et lespoursuivre l’épée dans les reins; mais ne lespoursuivre que jusqu’à Liosna.
Mouvement offensif de L’armée française surSmolensk. — Une compagnie de voltigeurs,ainsi que la division Sébastiani, surprise à ln-kovo, par l’avant-garde du général Platov, tra-hirent les projets des Russes. Napoléon repas-sant aussitôt de son inaction à une offensivedécidée, dirigea toute son armée vers leDnepre, dans l’intention de le lui faire franchirà Rasasna et Khomino. En s'avançant par larive gauehe vers Smolensk, il voulait surpren-dre cette ville à dos de l’armée russe. Cetteopération, qui aurait pu être bien funeste pourles Russes, si le mouvement des Français avaitpu coïncider avec celui des Russes vers Roud-nia, dans l’état où étaient les choses, n’eutplus les résultats désirés, et prévint mêmebeaucoup de dangers auxquels l’armée russeaurait pu être en butte.
Considérations sur les opérations devant Smo-
» Russes avaient ainsi placée. » La réponse est toutesimple, et justifiera complètement la disposition : c’é-tait un poste d’avertissement. Cette division y futplacée pour observer la route d’Orcha, d’où l’ennemipouvait déboucher vers Smolensk et inquiéter notregauche.