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CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS
lensk .—La ligne d’opération des Russes allaitde Smolensk par Wiasma à Moscou. En atta-quant ses ennemis sur la rive gauche, Napo-léon ne leur abandonnait-il pas volontairementcette ligne de retraite, laquelle, depuis Smo-lensk jusqu’à Soloviévo, longe la rive droitedu fleuve? Puisqu’une bataille décisive et à ou-trance était le but de toutes ses opérations,n’y serait-il pas mieux parvenu en forçant lesRusses à l’accepter sur la rive droite? Le ma-réchal Davoust, qui formait l’échelon le plusavancé de la droite, renforcé par le corps dugénéral Junot, qu’on aurait fait avancer d’Or-cha, aurait servi de pivot au changement defront. Napoléon aurait été alors le maître dediriger de grands eflorls par sa gauche, et demenacer l’interception de la seule ligne de re-traite que l’armée russe ait pu conserver pourse replier sur Moscou. Cette attaque générale,dirigée par la rive droite, aurait aussi ravi auxRusses un avantage tactique dont ils ont pro-fité les 5—11 août ; elle leur aurait ôté la pos-sibilité de livrer bataille sous la protection dela ville, et de couvrir leur retraite par la dé-fense des faubourgs.
Deux alternatives se présentent à nos ré-flexions :
1° Les Russes recevaient-ils la bataille dansune position parallèle à la route de Péters-bourg, en appuyant leur gauche à la ville etau Dnepre ; vaincus, ils étaient obligés de sereplier sur Loubino, et la ville de Smolensktombait intacte au pouvoir des Français ;
2° S'opiniâtraient-ils à se défendre sous laprotection de la ville en se couvrant par lesfaubourgs, alors, en portant le flanc gauche del'armée française parallèlement à la grandecommunication de Smolensk à Dorogobouge,Napoléon forçait les Russes, en cas de retraite,de filer par leur droite, retraite qu’il auraittoujours pu inquiéter, ou de repasser sur larive gauche en traversant la ville.
Les avantages tactiques du terrain sur larive droite, étaient à peu près égaux à ceuxde la rive gauche. L’armée française aurait puappuyer sa droite au Dnepre, entre Sitniki etDoubrovka, en prolongeant sa gauche parTcliokina et Soloniki, vers Hoponowtchina.Napoléon pouvait rassembler sur la rive droiteune force de 146,148 hommes, tandis que leprince Poniatowski, qui venait de Mohilevpar
Romanovo, en poussant par Krasnoï, auraitobservé la rive gauche avec les 22,000 hommesqu’il avait sous ses ordres, et aurait été éche-lonné par le 4 e corps de cavalerie, qui, ayantquitté Rogalchev, s’avançait vers Smolensk.
Observera-t-on que dans le cas où l’arméerusse aurait été, à la suite d’un échec et del’interception de sa ligne de retraite, forcéede passer sur la rive gauche, elle aurait tou-jours conservé par Jelnia ses communicationsavec les gouvernements de Kalouga et deToula, je répondrai : qu’au moment où nousétions à Smolensk, si cette retraite vers lesprovinces méridionales de la Russie, avait puêtre plus avantageuse que celle sur Moscou,les généraux commandants russes n’auraientpas manqué de l’entreprendre, d’autant plusqu’au moment de la réunion des deux arméesà Smolensk, tandis que Napoléon était encoreà Witebsk, rien n’aurait pu s’opposer à l’exé-cution de ce plan.
Que ces dernières réflexions n’aillent pas,cependant, servir d’accusation positive contrele mouvement de Napoléon, ce n’est qu’unesupposition de ce qui aurait pu être plus avan-tageux dans cette circonstance. Napoléon avaitcru que les Russes prendraient sérieusementl’ofl’ensive, les ordres donnés au roi de Napleset au maréchal Ney le démontrent clairement.II supposait donc que l’armée russe étant en-gagée vers Roudnia, il n’y aurait personne ducôté de Smolensk, et que son mouvement deconversion, quoique d’une étendue un peutrop grande, réussirait complètement.
Si Napoléon était parvenu à s’emparer deSmolensk, pendant que les armées russes étaientdu côté de Roudnia, les résultats n’auraient-ils pas été les mêmes que s’il avait attaqué parla rive droite? Il se rendait maître de la villeet de la grande communication de Smolensk àMoscou.
Il avait essayé, et avec raison, de couperles Russes de Smolensk, au lieu de les rejeterpar un mouvement perpendiculaire dans laville, et augmenter par là le nombre de sesdéfenseurs. Quels résultats, et sans la moindreperte : sa victoire n’en aurait-elle pas été plusbelle ?
Ayant effectué son passage sur la rive gau-che, Napoléon se porta, avec toute son armée,vers Smolensk, où les deux armées russes s’é-