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CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS
pris à une trop grande distance de la massedes troupes ;
2° Parce qu’en franchissant le Dnepre plushaut que Proudichtchevo, Napoléon isolaittrop son opération, et, en cas de nécessité, seravissait les moyens de secourir les troupesemployées au passage ; et
5° Parce qu’en choisissant un point plushaut que Proudichtchevo, il s’éloignait volon-tairement du vrai but de l’opération, qui étaitla grande roule de Smolensk à Dorogobouge.
Il est difficile de désigner au juste le par-tage des troupes que Napoléon aurait fait pourcette opération épineuse; mais comme le pas-sage à Proudichtchevo ne pouvait s’exécuterque sous les yeux de la deuxième armée, la-quelle aurait mis, sans doute, à profit toutesles chances favorables pour s’y opposer, jesuppose que l’armée française, conduite parun chef aussi illustre, n’aurait négligé aucunedes dispositions que la prudence exige.
Tant que les Russes auraient encore été lesmaîtres de Smolensk, Napoléon aurait étéobligé de laisser une masse de troupes suffi-sante pour les empêcher de culbuter celle quiaurait cerné la ville, car un mouvement rétro-grade des Français aurait trop compromis lescorps tournants.
Je suppose donc que Napoléon aurait désignéles 3 e et 5 e corps d’infanterie, et les 1 er et 3 ecorps de cavalerie, pour effectuer le passageà Proudichtchevo : c’élaitune masse de 49,463hommes, dont 59,020 fantassins et 10,443 ca-valiers (î). 11 ne pouvait même pas en employermoins, car le prince Bagration avait primi-tivement 40,900 hommes sous ses ordres, etles avantages de sa position étaient tels, qu’ilpouvait même combattre avec supériorité uncontre deux. Mais comme on aurait pu aussi,sans danger, le renfoncer encore par le 1 ercorps de cavalerie, la force de son arméeaurait monté à 44,600 hommes, dont 50,000fantassins, 14,600 cavaliers, et 216 pièces decanon.
Après le départ des quatre corps, qui se-raient allés cueillir leurs lauriers sur la rive
(1) Car l’expédition sur la rive droite du Dnepre pré-sentait plus de chances favorables pour la cavalerie. Ducôté de Smolensk, au contraire, cette arme devait resteren inaction.
( 2 ) Le marquis de Chanibray ne nous donne pas l’éva-
droite du Dnepre, l’armée de Napoléon désignéepour cerner la ville sur la rive gauche, auraiteu 82,007 hommes sous les armes, dont 79,421fantassins et 2,686 cavaliers. 11 est tout sim-ple que ces derniers n’auraient été d’aucuneutilité, car ce n’est pas avec de la cavaleriequ’on attaque et qu’on prend une ville d’assaut.
L’armée du général Barclay de Tolly auraitété composée des 2 e , 5 e , 4 e , 5 e et 6 e corps d’in-fanterie, et des 2 e et 5 e corps de cavalerie,plus 2,300 Cosaques, ce que nous pouvonsévaluer à 72,300 hommes.
Résolu de se maintenir sur la rive droite duDnepre, et de conserver surtout sa communi-cation avec Moscou intacte, le prince Bagrationn’aurait pasmanquéde faire les reconnaissancesnécessaires, et ses patrouilles auraient bientôtdécouvert l’établissement des ponts sur leDnepre. En filant par sai gauche, il serait venus’établir entre Waloutina-Gora et Topovka. Lepassage ayant été trahi, je m’en rapporte auxmilitaires expérimentés, si 14,600 hommessous les armes, et 200 pièces de canon, ne sontpas plus que suffisants peur enpèchcr 49,465de passer de vive force. Qui d’exemples nepourrais-je pas offrir au lecteur pour appuyerma supposition? A quel les pertes énormes l’en-nemi n’aurait-il pas été en hutte, avant d’avoirforcé le passage, et supposant même qu’il l’eûtforcé, dans quelle position vicieuse et aveccombien de désavantages les premières troupesn’auraient-elles pas été obligées de s’engager?Le prince Bagration qui n’aurait pias manquéde cerner une partie du Borysthène, n’aurait-il pas écrasé son ennemi avec facilité ?
Maintenant reportons nos réflexions sur laseconde hypothèse.
Supposons que Napoléon n'eùt tenté le pas-sage qu’après avoir échoué dans la tentative duo—17 août.
Les pertes des Français étant monté à 20,000hommes ( 2 ), il leur serait resté 111,570. Le5—17, au soir, ils furent renforcés par le corpsdu général Junot, ce qui a fait monter leursforces à 125,570 hommes.
Supposons même qu’à la suite de l’échec reçu
luation des pertes de l’armée française; mais comme ilne contredit pas l’assertion de l’auteur de l'Histoire mi-litaire de la campagne de Russie en 1812, je m’en suisrapporté à cette donnée.