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CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS
cédant même la ville, comme les Russes l’ontfait le 6— 18 août, 1 eur communica tion avec Mos-coun’était cependant soumise à aucune entrave,et c’était justement le but de mes réflexions.
Si on avait fait de Smolensk, comme je l’aidit dans les réflexions stratégiques, page 9, uneplace qui put du moins soutenir un siège, etqui contînt des approvisionnements suffisants,que d’avantages l’armée russe n’en aurait-ellepas recueillis ? Maîtresse des deux rives du Bo-rysthène, elle aurait pu manœuvrer avec faci-lité sur l’une ou sur l’autre. Les opérations au-raient pu se soutenir sur ce fleuve assezlongtemps, pour qu’à cause de la sévérité de lasaison, l’expédition contre Moscou devint inexé-cutable. L’armée de Moldavie aurait eu le tempsde se rapprocher du théâtre de la guerre; lacorrélation une fois établie, les armées russes,en abandonnant Smolensk, y auraient laisséune garnison en état de défendre la place, eten se basant sur Kiev, Tschernigov etKoursk (î),auraient pu manœuvrer sur Mohilev. Napoléonse résolvait-il à hiverner en Russie, que d’a-vantages la position de Mohilev ne rapportait-elle point aux troupes russes? Napoléon n’au-rait pas osé souffrir un ennemi aussi formidabledans son flanc, et cette positition menaçantel’aurait forcé d’abandonner tout le pays con-quis jusqu’à la Bérésina, de se concentrer surla rive droite de ce fleuve, et de rendre nuistous les sacrifices qu’il avait faits. Malheureu-sement le manque de préparatifs à Smolenskne nous permettait pas de nous y arrêter assezlongtemps pour gagner le temps nécessaired’entrer encorrélationavecl’armée de Moldavie.
Les armées russes n’ayant pu être soutenuespar aucun point défensif permanent, ont étéobligées de prendre et de garder l’attitude dés-avantageuse de la défensive. Tous les plansqu’on aurait pu former et entreprendre, neprésentaient que des résultats douteux, à causedu manque d’équilibre de forces physiques. Laruine de l’ennemi ne pouvait s’opérer qu’enl’attirant dans le fond du pays, et à une dis-tance hors de mesure de toutes ses ressources.
Evacuation de Smolensk. — Smolensk fut
(î) Il s’entend de soi-même que tout aurait été prévud’avance pour faciliter à l’armée le changement de sabase, et que ce changement aurait été calculé, 1” sur lemaintien du point permanent de Smolensk, et 2° d’après
évacuée , et, dans la soirée du 6—18 août, la'première armée commença son mouvementrétrograde en deux colonnes : l’une se portapar Zakalino, Poïklovo et Soutchovo à Prou-dichtchi; la deuxième par Krakolkino, Gor-bounovo, Joukavo, Jabino, Kochaevo et Lou-bino à Bredikino. La proximité dans laquellela route de Moscou se trouve de la rive droitedu Dnepre, et la possibilité que les Françaispossédaient d’inquiéter le mouvement rétro-grade de la première année, en établissantde fortes batteries sur la rive gauche, nécessitace mouvement momentanément excentrique.
Ney, qui passa le premier le Dnepre, poussaen avant par Stabna et Gorbounovo. 11 futsuivi par la cavalerie du roi de Naples. LesFrançais firent de vains efforts pour pénétrerpar la route de Moscou et couper nos troupesqui se retiraient par Poloniévo.
Combat de Loubino. — Le 8 e corps fran-chit le Dnepre à Proudilchtchevo pour tournernotre gauche ; mais n’ayant pas reçu d’or-dres directs de Napoléon, d’engager ses troupestout de suite après le passage, le général Junotresta spectateur inactif des efforts réitérés deses compagnons d’armes, dont les mouvementsoffensifs furent paralysés par la persévérancecourageuse de la première armée. Encore unefois, les Russes combattirent un contre deux,et cependant leurs efforts furent couronnésd’un succès complet.
Malgré les remonstrances de plusieurs géné-raux, qui possédaient toute sa confiance, Na-poléon résolut cependant de pousser jusqu’àMoscou, n’ayant égard ni à la longueur dutemps dans lequel cette expédition devait l’en-trainer, ni à la sévérité du climat de cetteépoque. Le roi de Naples, assure-t-on, lui pro-mit d’entamer l’armée russe dans sa retraite ,et décida par cette promesse la continuationdes hostilités. Si même Murat le promit, unepromesse pareille ne pouvait être qu’une osten-tation de sa part. En poursuivant l’armée russeavec vigueur, il pouvait peut-être entamerl’arrière-garde; mais pour en faire autant avecle gros de l’armée, il fallait, ou menacer ses
les avantages de la jonction des deux premières a-méesavec celle de Moldavie, dans le flanc de la ligue d’opéra-tions des ennemis.