DE L \ GUERRE DE 1812.
derrières, ou au moins tomber sur un des flancsen l’assujétissanl à une lutte désavantageuse.Mais quels moyens le roi de Naples aurait-ilemployés pour parvenir à son but? Ce n’estcertes pas en se portant sur Douchowschina ouJelnia, pour les prévenir à Dorogobouge, carce serait suivre l’arc, tandis que les Russes enparcouraient la corde. Était-ce à un hommecomme Napoléon auquel on en imposait parun verbiage sans fondement? Avouons plutôtque le mouvement offensif sur Moscou flattaitles idées de Napoléon, et il fut enchanté depouvoir s’appuyer sur une promesse pareillepour continuer sa marche.
Depuis le 7 —19 jusqu’au 17—29 août, lesmouvements des Russes n’offrirent qu’une re-traite continue. Les reconnaissances qu’on fitfaire sur les derrières pour trouver une positionavantageuse, n’ayant rapporté aucun résultatsatisfaisant, on fut obligé d’abandonner suc-cessivement Dorogobouge et Wiasma, ainsique tout le terrain derrière cette ville, jusqu’àTzarevo-Zaïmiehtche, où le général Rarclay deTolly ayant trouvé une position avantageuse,s’y arrêta dans l’intention de livrer une batailledécisive.
Ce passage de l’armée russe de Smolensk àWiasma a été le sujet de graves commentaires.On a reproché au général Barclay de Tolly dene pas avoir changé de ligne d’opérations, ense portant vers les provinces méridionales dela Russsie ; mais les censeurs n’ont pas calculétoutes les entraves dans lesquelles un change-ment pareil entraîne , et se sont refusés de pe-ser toutes les circonstances du moment, pours’assurer si un semblable changement était pos-sible ou indispensable. Je crois que pour dé-cider si celle opération, qui eût demandé despréparatifs préliminaires, puisqu’elle reportaitla guerre dans des provinces qui, d’après lespremières suppositions, ne devait pas être lethéâtre des grandes opérations, pouvait s’exé-cuter dans ce temps, il faudrait puiser dansdes sources qui nous sont restées inconnues etsur lesquelles le général Barclay de Tolly nenous a rien dévoilé. Audiatur et altéra pars.
Je ne me permettrai qu’une seule réflexion àce sujet : en changeant de ligne d’opérations,
(i) Mon ouvrage étant plutôt scientifique qu'historique,je crois que les discussions que je me propose d’offrir au
le général Barclay de Tolly aurait-il osé laisserla grande roule de Moscou tout à fait sans dé-fense? Je ne le crois pas; car la défense de lacapitale étant le but primitif des opérations, ilaurait été dangereux d’abandonner celte villeà la merci d’une excursion ennemie. Le généralBarclay de Tolly se serait donc mis dans lacruelle nécessité de disséminer ses forces. Maisun morcellement pareil n’aurait-il pas aggravéle désavantage de la stricte défensive à laquelleses forces l’astreignaient? J’ajouterai encorequ’avant la bataille de Borodino, la redditionde Moscou n’était pas encore une chose inévi-table, par conséquent, si ce changement de li-gne d’opérations pouvait avoir lieu, il ne de-vait donc s’opérer qu’après un engagementgénéral, et, ni entre Smolensk et Wiasma, nientre Wiasma et Gjadlzk , mais de Mojaisk surBorissov.
Considérations sur le changement des lignesd'opérations. — Ces changements de ligne d’o-pérations ont été, depuis cette époque, sujetsà des commentaires bien abusifs. Celte opéra-tion, la plus épineuse de la stratégie, car enchangeant de ligne d’opérations on découvrele but primitif de la défense, fut considéréesouvent avec une légèreté blâmable, et l’onpoussa cet abus de jugement répréhensible,jusqu’à ériger le changement des lignes d’opé-rations en règle générale, et de l’offrir commeun remède radical. Tel est le défaut dans le-quel est tombé l’auteur de l 'Histoire militairede la Campagne de Russie en 1812. Je croisdonc devoir le relever, dans l’intérêt de l’art (î),ayant, en faveur du changement des lignesd’opérations, poussé l’abus jusqu’à attenter àl’intégrité des bases et des lignes d’opérations,je crois devoir prévenir tous les maux que sonassertion peut causer, si son ouvrage tombeentre les mains de jeunes militaires, lesquelssouvent, hors d’état déjuger par eux-mêmesdes combinaisons stratégiques, se croient obli-gés de s’en rapporter aveuglément aux ouvra-ges militaires dans lesquels ils supposent pou-voir puiser leurs connaissances.
Ce crime de lèse-stratégie est conçu en cestermes (tom. I er , page 201 ) : « Dans celte cir-» constance (sa retraite sur Wiasma), les gé-
lectcur, ne seront pas déplacées dans une productionpareille.