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CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS
poléon en personne et par le maréchal Oudi-not, et cette augmentation de forces physiquesaurait rendu les opérations des ennemis plusdangereuses encore pour l’empire.
Si l’auteur déduit son principe de la marchedes Russes sur Kalouga, et des alliés, en 1813,sur Schweidnitz , il devait, en nous l’offrant,ne pas oublier d’en énoncer les modifications;car jamais deux cas isolés ne peuvent être éri-gés en règle invariable. Si, en 1812, la marchesur Kalouga a pu ne pas être faite contre lesrègles de la pure stratégie, c’est que les richescontrées de la partie méridionale de l’empirepouvaient offrir les moyens de subvenir auxapprovisionnements de l’armée ; « laquelle, ba-» sée sur Kalouga, comme l’auteur le dit lui-» même (tom. n, pag. 117), tirait sa subsis-» tance des magasins de cette ville, facilement» alimentés par les ressources des gouverne-» ments les plus fertiles de la Russie ; » et, parconséquent, sa nouvelle ligne d’opérations seprésentait naturellement. Si, en 1813, aprèsavoir abandonné le champ de bataille de Baut-zen, les alliés quittèrent la communication quimène de Dresde à Breslau , c’est qu'ils pou-vaient facilement changer de ligne d’opérationsen se basant sur les places de la Silésie, quiavoisinent les défdés delà Bohême, et qui au-raient mis les munitions de guerre et de bou-che à couvert. L’espérance de l’alliance avecla cour d’Autriche facilitait aussi ce mouve-ment; car, sans toutes ces ressources, que se-raient devenues les armées alliées, si elless’étaient volontairement acculées à des fron-tières ennemies, et par conséquent sans espoirde retraite ?
J’en conclus donc qu’un mouvement latéralpeut souvent défendre plus efficacement unpoint important, qu’une retraite perpendicu-laire ; mais ce n’est que lorsqu’on peut changerde ligne d’opérations et lorsque ce changemententraine celui de la base (î), ce qui ne peut sefaire que très-rarement, et n’en reste pas moinsune opération très-épineuse, qu’on ne peutexécuter que soit dans son propre pays, soit
(i) L’évacuation du camp de Orissa prouve suffisam-ment en faveur de mon assertion. L’assiette de ce campétait un point latéral à la grande communication deWilna à Smolensk ; tout avait été prévu pour la défenseet l’approvisionnement de l’armée, et cependant on futforcé de l’abandonner à la suite du mouvement que l’ar-
dans un pays allié, où le matériel et les sub-sistances de l’armée sont à notre disposition,où les rassemblements et les directions sont su-bordonnés à notre volonté. Dans une contréeennemie, l’opération devient souvent impos-sible, car on ne ,peut y changer à volonté debase d’opérations.
Par conséquent, pour ne pas nous offrir unprincipe hyperbolique et dangereux, notreauteur devait porter sa sentence de la manièresuivante : « Dans cette occasion, les généraux» russes perdirent de vue que toutes les fois que» les circonstances, et surtout les apprêts de» la guerre, permettent de changer de ligne» d’opérations, on couvre mieux un point donné» par un mouvement latéral que par une re-» traite perpendiculaire dirigée sur ce point. »Une explication pareille, sans généraliser tousles cas, modifiera le principe et le rendra ad-missible et susceptible d’être employé avecavantage.
Si le général Rogniat, dans ses Considéra-tions sur l'art de la guerre (chap. xiv ), pro-pose aussi aux armées défensives de prendre •des positions latérales, au lieu de s’opposer àson ennemi de front, il ne faut pas oubliertous les préparatifs dont U fait précéder lecommencement des hostilités, pour rendretoutes ces positions avantageuses et sans dan-ger pour l’armée défensive. Il commence parfortifier les lignes défensives enleshérissantdeplaces fortes, augmente la force intrinsèquede ces places en établissant quatre forts autourde chacune d’elles, et prépare, par conséquent,de tous les côtés à l’armée défensive des basesd’opérations temporaires, et des communica-tions capables de constituer de bonnes lignesd’opérations. En prenant pour base de noscombinaisons stratégiques un théâtre de guerrefortifié d’après l’idée de l’auteur français, eten le suivant attentivement dans toutes lesressources qu’il accorde à l’armée défensive,qu’il place dans le flanc de l’armée offensive,pour empêcher cette dernière de pénétrer dans ’l’intérieur du pays, en faisant faire à la pre- ,
mée française prononçait sur Gloubokoé, mouvementqui nous mettait en danger d’être tourné par noüe gau-che, et d’être coupé de notre ligne d’opérations natu- jrelie sur Smolensk, au moment où nous ne pouvions pas |même songer à en adopter une autre. \