DE LA GUERRE DE 1812.
41
mière un mouvement latéral plutôt qu’uneretraite perpendiculaire, nous adoptons volon-tiers son idée pour ce qui regarde ces mouve-ments; car les mesures essentielles y sonttoutes observées, c’est-à-dire, l’intégrité desbases et des lignes d’opérations y est restéeintacte. Lorsqu’un pays est fortifié comme legénéral Rogniat le propose, en trouvant desbases d’opérations temporaires de quelque côtéque nous nous dirigions, nous facilitons parlà à notre armée défensive tous les moyens dechanger de ligne d’opérations à chaque cir-constance dans laquelle ce changement peutêtre de quelqu’utilité, et c’est justement ce quel'auteur de YHistoire militaire de la Campagnede Russie de 1812 a négligé d’observer , et cequi a mis son principe en dissidence avec lesrègles de la pure stratégie.
Revenons maintenant aux opérations des ar-mées que nous avons laissé rassemblées sur laposition de Tzarévo-Zaïmischtche, prêles à li-vrer une bataille décisive.
Le prince de Ivoutousov,qui avait été investidu commandement en chef de toutes les arméesrusses, venait de rejoindre l’armée. Ayanttrouvé la position de Tzarévo-Zaïmischtchetrop faible , il ne voulut plus s’y arrêter pluslongtemps, l’abandonna le 19-—31 août, et oc-cupa le 22 août—ôseptembre celle deBorodino.
Bataille de Borodino. — Cette bataille mé-morable a fait, à juste titre , époque dans lesannales militaires. Elle a été très-opiniâtre, carun des partis la cherchait depuis son passageau delà du Niémen, tandis que l’autre a cru lemoment arrivé de la recevoir.
Le 22 août— 3 septembre, le gros de l'ar-mée russe occupa la position de Borodino, surla configuration et les propriétés de laquelle iln’est pas inutile de jeter un coup d’œil.
Description topographique du champ de bataille. — Ce champ de bataille, que les Bussesavaient choisi d’avance, était limitéà droite parla Moskva; la Koloczaqui coule parallèlementàla grande roule de Smolensk jusqu’au village deBorodino, en ne s’en éloignant que de 200 à 230toises, découvre une partie du centre et toute lagauche de la position des Russes. De Borodino,ce ruisseau, en changeant subitement de direc-tion, se porte vers le nord, tombe dans la Moskvaprès de Staroé, et couvre tout l’espace de ter-rain compris entre la Moskva et Borodino.
Cette partie du centre, découverte par la Ko*locza, se dérobe cependant aux regards desennemis par un bois, lequel, appuyant à la rivedroite de la Kolocza, se prolonge à peu prèsjusqu’au village de Séménovskoïé. Depuis cepoint jusqu’à la vieille route de Moscou, quifaisait pour les Russes la limite de leur ailegauche, ainsi qu’au delà du village d’Outitza,le terrain n’offre pour le front de l’ordre debataille aucune difficulté marquante à surmon-ter. Plusieurs ravins profonds, quelques fdelsd’eau et plusieurs taillis de différentes gran-deurs, sont les accidents qu’on y rencontre etqui peuvent protéger, mais non appuyer avecdécision , les mouvements lactiques.
Depuis la rive droite de la Moskva, dans lesenvirons de Gorochkovo par Gorki, Sémé-novskoïé et Outitza, jusqu’à Artemki, où setrouvait une grand’garde de Cosaques, le champde bataille embrasse à peu près un espace de10 kilomètres. Cette distance, si la configura-tion du terrain était telle que l’armée russe,qui ne comptait même avec ses milices que131,200 combattants, lut mise dans la néces-sité de l’occuper dans toute son étendue,aurait été certainement trop grande ; mais leterrain qui se trouve sur la rive droite de la Ko-locza, entre la Moskva et Borodino, remontevers Gorki, avec un escarpement tellement ra-pide, qu'il en rend les approches très-difficiles,et constitue cette partie de terrain compriseentre la Moskva et le village de Gorki, en po-sition purement défensive.
Tout cet espace, dont l’accès est presqueinabordable, ne nécessitait pas une trop grandemasse de troupe pour le défendre, et, par con-séquent, la majeure partie des forces pouvaitêtre concentrée sur l’espace compris entre Gorkiet Outitza.
Deux routes tombent perpendiculairementsur le front de la position, et qui sont : cellequi va de Gjatzk à Mojaisk, et qui coupe lechamp de bataille en deux parties à peu prèségales; et la seconde, qu’on appelle la vieilleroute de Smolensk, laquelle, passant par Jel-nia, aboutit à la même ville.
Depuis les points de Borodino et d’Outitza,ces deux routes aboutissent concentriquementà Mojaisk, et leur étendue, depuis ces deuxvillages jusqu’à la ville, est à peu près d’uneégale grandeur. Mais le chemin qui va par Bo-
G