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CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS
Le flanc droit de la position ayant été favo-risé par la nature, les troupes qui y étaientplacées, ainsi que les redoutes qui en proté-geaient les approches, étant suffisantes pours’opposer aux progrès des ennemis, les réser-ves, auxquelles on aurait encore ajouté la di-vision de cuirassiers de Douka, auraient dûêtre placées de manière à pouvoir porter unprompt secours au centre et à la gauche, etauraient pris place derrière les mamelons eten avant du village d'Atchinkovo , en échelonavec le premier corps de cavalerie.
Les Français firent de leurs troupes un par-tage plus convenable, quoique pas exempt defautes. Les deux routes de Smolensk devaientêtre occupées, et elles le furent; mais les pointsstratégiques et tactiques du champ de bataillen’étant pas sur la rive gauche de la Kolocza,Napoléon ne fit avancer, vers Rorodino, que lecorps du prince Eugène, qui était composédes divisions Lecchi, Delzons et Broussier,ainsi que le 5 e corps de cavalerie du généralGrouehy, qui tous, à l’exception de la divisionDelzons, qui resta à Rorodino, repassèrentaussi sur la rive droite. Le reste de l’annéefut placé sur la rive droite de la Kolocza, oùdevait nécessairement se porter les corps dé-cisifs.
Leur flanc gauche ne s’étendait à peu prèsque vis-à-vis de Gorki, de manière que lestroupes russes, qui occupaient l'espace com-pris entre Gorki et la Moskva, n’avaient pasd’ennemis devant elles. Au moment de l’enga-gement, cette disposition vicieuse fut sentiepar les généraux russes, qui cherchèrent à yremédier en déplaçant les corps des générauxBaggohufwudt et Ostermann, ce que nous ver-rons plus tard.
L’ordre de bataille des Russes était convexe,et s’il possède l’avantage de pouvoir faire ma-nœuvrer les réserves avec plus de rapidité dansl’espace intérieur des lignes de bataille, il a,d’un autre coté, le désavantage d’avoir desfeux excentriques.
Passons maintenant à l’engagement.
Considérations tactiques, •— Les Russes
(i) J’ai eu l’occasion de visiter plus tard le champ debataille de Borodino, où mon temps m'avait permis dem’arrêter assez longtemps pour faire les observationsnécessaires. Je me suis donc convaincu que tout l'espacede la Kolocza, compris entre les villages de Staroié et
avaient le désavantage de recevoir la batailleet de se tenir sur la défensive. La positionqu’occupaient la droite et une partie du centre,démontre clairement leur intention. La dispo-sition des troupes dans l’ordre de bataillen’ayant pas été conforme aux propriétés de laposition, les obligea à faire des mouvementsd’un flanc à l’autre, pour venir secourir lespoints les plus menacés ; mouvements dont leretard nous oblige quelquefois à enfreindre leprincipe de l’engagement des différentes trou-pes qui forment l’ordre de bataille. C’est ce quiarriva justement au moment où les mouve-ments offensifs des ennemis prirent un carac-tère plus décisif. C’est à peu près au commen-cement de la bataille que le prince de Koulousovfut obligé de porter une partie de sa réservevers Séménovskoïé, tandis qu’il avait sur sadroite deux corps d’infanterie, lesquels, appa-remment , auraient pu rester pendant toute lajournée l’arme au bras, si on ne les avait pasfait filer vers la gauche.
Les deux corps des généraux Baggohufwudtet comte Ostermann reçurent alors l’ordre derevenir sur la gauche; nnais ces déplacementsne se firent que dans des* espaces de temps biendifférents, et n’y étaient amenés que pour re-dresser les affaires sur les points où l’ennemiparvenait à prendre de l’ascendant. C’était doncle meilleur moyen de se faire battre partielle-ment.
Le vice de la disposition des troupes en or-dre de bataille ayant été reconnu, il fallaitplutôt y remédier dans le même instant, enportant les 2 e et A n corps d’infanterie, et les1 er et 2 e corps de cavalerie vers la gauche , eten faisant marcher la milice de Moscou versGorki. Le corps des Cosaques du généralPlatov n’aurait eu qu’à avancer, et les Russes,quoique ayant des troupes irrégulières surleur flanc droit, y auraient montré aux en-nemis des masses imposantes, et c’était l’es-sentiel (î). L’ordre de bataille aurait pu, àquelques modifications près, être celui quej’ai proposé. Que ces quatre corps dussentêtre inutiles sur le flanc droit, était une chose
Borodino, était presque inattaquable. I.a milice Je Mos-cou, qui serait peut-être succombée dans une pisitionmoins avantageuse, aurait pu défendre cette partie deta rive droite de ta Kolocza avec une prépondérancemarquée.