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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

L’infanlerie de l’extrême droite devait for-mer l’échelon avancé de l’ordre de bataille,tandis que les corps des maréchaux Davoust,Ney et du général Junot, auraient suivi gra-duellement le mouvement offensif du corps duprince Poniatoxvsky.

Ayant franchi les bois qui environnent Jel-nia, pendant que l’infanlerie de l’extrême droitese serait portée vers Outitza, la cavalerie decette aile (t) aurait dû se déployer sous la pro-tection de cette infanterie, vers sa droite. Ens’efforçant toujours à gagner du terrain versArtemki, d’où il lui aurait été si facile depousser vers Mychina, le débordement de l’ailegauche des Russes aurait pu s’effectuer sansdifficulté.

C’était aussi le seul moyen de faciliter aumaréchal Davoust la tâche qui lui était tombéeen partage; car en gagnant du terrain dans leliane de la vieille route de Smolensk, l’ennemiserait parvenu à précipiter la retraite du centredes Russes, et les aurait forcés d’abandonnerle champ de bataille.

Un des auteurs de cette campagne poussaplus loin ses combinaisons, et crut pouvoir pro-phétiser que les Français seraient même par-venus à rejeter toute l’armée russe dans l’angleformé par la Moskva et la Kolocza. I/auteur setait sur les moyens que le général en chef fran-çais aurait employés pour y parvenir, et il abien fait de garder le silence sur une chosequ’il est impossible de démontrer. Je vais, aucontraire, lui offrir plus d’une raison pour luiprouver que sa prophétie est diamétralementopposée à toutes les combinaisons qui auraientpu amener une pareille catastrophe.

Les trois points de Gorki, de Séménovskoïéet d’Outilza, forment trois échelons de l’ordrede bataille de l’armée russe, dont le plus avancéest le dernier. Leur flanc droit et leur centreétaient par conséquent plus près de Mojaisk,que ne l’auraient été les troupes ennemies quise seraient dirigées sur Outitza. Supposantmême, comme le propose notre auteur, queNapoléon eût renforcé le corps du prince Po-niatowsky , et qu’il fût parvenu à culbuter le

(i)Ouî, au reste, ne pouvait pas être nombreuse,car la grande quantité de taillis et de buissons, don!ce côté était parsemé, en paralysait les mouvementsoffensifs.

flanc gauche des Russes, j’y consens; mais lestroupes qui le composaient, rangées en batailleà cheval sur la route, au lieu de fder vers ladroite, se seraient sans doute repliées par lagrande route, puisque leur destination était dela défendre. Le mouvement offensif des enne-mis une fois prononcé avec décision, le princeKoutousov aurait fait de deux choses l’une : ilaurait cherché à renforcer le général Toucz-kov, pour le maintenir dans une positiond’où dépendait le sort de la journée, oubien, s’il avait remarqué que ses effortsfussent vains, et que l’ennemi poussait avecvigueur sur une des lignes de retraite, ilaurait ordonné la retraite de la droite etdu centre, d’autant plus que la communi-cation qui mène de Gorki à Mojaisk étaiten son pouvoir.

Le flanc gauche de l’armée russe, point stra-tégique et lactique de la position, et par con-séquent où devait se décider la victoire, ayantété dégarni, si l’ennemi avait su profiter de cetoubli, les Russes auraient été mis, il est vrai,dans la cruelle alternative de céder le champde bataille, ou de se voir coupés de leur ligne ;de retraite à Mojaisk; mais, comme il n’aurait jdépendu que d’eux de rétrograder avec leur !flanc droit et leur centre, pour se soustraire au jpéril que l’auteur leur prédit, ils auraient, sans 1doute, embrassé encore à temps ce parti. Nousvoyons donc que le moyen dont se sert notreauteur, pour parvenir à la réalisation de sescombinaisons tactiques, est insuffisant. A moinsque les Russes n’aient, en cas d’échec, fdé vo-lontairement et toujours vers leur droite, cequ’ils n’auraient pas consenti de faire (2), ja-mais leur armée ne se serait trouvée enferméedans l’angle formé par les deux rivières.

Supposons même un moyen plus efficace quecelui que notre auteur propose ; non une atta-que en front contre le corps du général Touc-zkov, qui occupait Outitza, mais un mouvementde conversion opéré entre Outitza et Artemki.Cette opération même, tout en obligeant le imaréchal Koutousov, après un combat opiniâ-tre , à évacuer le champ de bataille, n’aurait

(2) Car pour enfermer l’armée russe dans l’angle formé tpar ces deux rivières, il fallait commencer par rejeter tle flanc gauche sur le centre, et ces deux sur le lianedroit.