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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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1)E LA GUERRE DE 1812.

4 !)

TROISIÈME ÉPOQUE,

DEPUIS LA REDDITION DE MOSCOU JUSQU’A L’EXPULSION COMPLÈTE DES ENNEMIS AU DELA DES

FRONTIÈRES I)E L’EMPIRE.

Reddition de Moscou. — Après la bataille deBorodino, la reddition de la capitale devintinévitable, et au lieu de se replier par Mojaisksur Moscou, le moment, pour les Russes, étaitvenu de changer de ligne d’opérations. G’eslàMojaisk que ce changement devait avoir lieu,en prenant une position défensive à Borissov,et en se couvrant par la Protva (i). Napoléonsuivit ses ennemis jusque dans la capitale, futle témoin de sa destruction, et, nouveau Ma-rius, assis sur les cendres de Moscou, il ytrouva le principe de son extranéité.

Napoléon trouva la capitale vide, et tousles calculs dont l'asservissement des adminis-trations civiles devait être le résultat, s’éva-nouirent' dans ce chaos solitaire. Mais c’étaitencore trop peu pour ce peuple fidèle et capabledes plus grands sacrifices, d’abandonner sesfoyers et ses richesses, la flamme dévorante de-vait ravir à son ennemi jusqu’à l’espoir de fairejouir son armée de quelque repos, et bientôtMoscou n’offrit plus qu’un amas de décombres.C’est en vain qu’on voudrait ternir l’éclat d’unacte de patriotisme dont rien ne peut surpasserle dévouement; c’est en vain qu’on refuseraitla couronne civique aux généreux habitants deMoscou, la postérité impartiale la leur décer-i liera sans doute, comme une juste récompensede leur dévouement.

(1) Non pour défendre Moscou, car la capitale n’étaitpas à sauver, mais pour rester en contact avec les pro-vinces les plus fertiles de la Russie, dont les immenses

Si l’abandon de Moscou n’avait été qu’unefuite momentanée pour se soustraire à quel-ques mauvais traitements de la part des enne-mis irrités; si, en y rentrant, les habitantsavaient conservé l’espoir d’y retrouver le bien-être dans lequel ils avaient toujours vécu , unacte pareil n'aurait été qu’un faible sacrifice ,que l’histoire aurait sans doute dédaigné de re-lever. Mais lorsqu’on songe que la majeurepartie des habitants de celle vaste capitale, enabandonnant leurs foyers, abandonnaient aussià la merci d’un ennemi, que le désespoir devaitrendre implacable, tout l’espoir de leur bien-être futur et l’avenir de leurs enfants ; que lepère, en s’éloignant des murs de sa ville natale,poursuivi par l’idée qu’il y laissait la fortunede ses enfants et la sienne , ne revînt pas surses pas pour chercher à la soustraire aux mainsavides de ses ennemis, et fit triompher la voixde la patrie en étouffant celle de la nature;voilà un acte de dévouement qui offre, sansdoute, peu d’exemples dans les annales histo-riques des peuples. Quel contraste entre l’oc-cupation de plusieurs capitales européennes ,qui tombèrent au pouvoir de leurs ennemis !Moscou perdit tout en ouvrant ses portes auxFrançais, tandis que d’autres capitales s’enri-chirent aux dépens des vainqueurs.

Considérations. — Depuis l’abandon des fron-

produits devaient nécessairement faciliter la continua-tion des hostilités, et ravir aux ennemis tous les moyensde se frayer une voie plus avantageuse pour la retraite-