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CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS
tières jusqu’à la reddition de Moscou , les opé-rations de la grande armée russe se son t bornéesà une retraite perpendiculaire. Ce n’est qu’enabandonnant la capitale au pouvoir des enne-mis, que se développe le système de ses ma-nœuvres stratégiques. Le mouvement demi-circulaire de l’armée russe autourde la Moslcvaet de la Pakhra , appartient certainement audomaine de la haute stratégie. Ayant résolu detraverser Moscou avec toute son armée, au lieude laisser la ville sur sa gauche, le généralKoutousov ne pouvait pas mieux profiter decette circonstance.
1° Le mouvement de flanc de Koulakovo àKrasnaïa-Pakhra , pendant lequel l’armée de-vait prêter pendant deux fois vingt-quatreheures le flanc à l’ennemi, fut couvert par laPakhra ;
2° L’armée reprit ses communications aveclesprovinces qui devaient lui fournir les moyensde continuer les hostilités; et
3° Ses positions de flanc à Podolsk et Kras-naïa-Pakhra, tout en lui offrant les moyens lesplus faciles pour opérer sur la ligne d’opéra-tions de ses ennemis, la mettait à l’abri du dan-ger de perdre ses communications avec sa nou-velle base.
Le terrain compris entre la Pakhra et laMocza, lui offrait des positions défensives desdeux côtés d’où l’ennemi pouvait venir. Dansune guerre défensive, celte catégorie de posi-tion angulaire , comprise entre deux rivières,est justement la plus avantageuse. L’armée dé-fensive pouvait facilement faire front du côtéde Moscou , comme vers Podolsk, et trouvaitde bonnes positions défensives de l’un commede l’autre côté.
Quant aux opérations de l’armée française,l’espoir de conclure la paix à Moscou et de seretirer honorablement du faux pas dans lequelNapoléon se laissa entraîner, s’étant évanoui,semble leur avoir donné une empreinte d’irré-solution et de mollesse qui ne saurait s’excuser.Les premiers mouvements du roi de Naples surla roule de Rézan, du prince Poniatowsky surcelle de Toula et du maréchal Bessières surcelle de Kalouga, avaient un but distinct, celuide retrouver les traces de l’armée russe, dontla direction était devenue incertaine depuissa sortie de Moscou. Mais au moment où Na-poléon apprit avec certitude les mouvements
du prince Koutousov, il est difficile de s’expli-quer toutes les contradictions qui eurentt lieuentre ses désirs très-prononcés et les moyensqu’il employa pour y parvenir.
L’incendie de Moscou ayant englouti toutesles ressources que celte ville immense possé-dait, le but de Napoléon fut d’éloigner l’airméerusse des environs de la capitale, pour pourvoirse procurer des moyens plus faciles d’existonce.Au lieu donc de chercher, par des mouvennentshardis et prompts , à refouler ses ennem is audelà de l’Oka , il fil tout ce qu’il put pour sefaire battre partiellement; trois détacliermentssortirent de Moscou :
1° Sur la route de Rézan;
2° Sur celle de Toula ;
3° Sur celle de Kalouga.
Tant que le rôle imposé à ces trois détache-ments n’a été que celui d’une recherche , cesmarches excentriques n’avaient rien de vici eux ;mais dès qu’on abandonna le roi de Naples., auxordres duquel on soumis plus tard les trompesdu prince Poniatowsky et du maréchal Bes-sières, à la merci d’un ennemi double en f orce,le mode d’après lequel ces marches furent or-données devint fautif.
En faisant une reconnaissance, ce ne sontpas des positions défensives qu’on est obligé degarder, qu’on prend. Les troupes qui en sontchargées rencontrent-elles des forces supérieu-res, cormpe c’était le cas du roi de Naples, ilfaut, ou les soutenir pour les mettre eni étatde se défendre, ou les faire rétrograder pour nepas les mettre à la merci d’une défaite non dou-teuse. Napoléon, au contraire, ne fit ni l’unni l’autre.
La position centrale de Podolsk, que le princeKoutousov pouvait occuper pour recevoir lesennemis, aurait pu lui suffire pour battre cesdétachements l’un après l’autre. Si même ceuxducentre etdc la droite avaientpu se réunir parun mouvement rétrograde, le détachement dela gauche, séparé par la Moskva et la Pakhra,par conséquent sans espoir de secours, cou-rait risque d’être écrasé.
Même, après la concentration de toutes cestroupes, le roi de Naples se trouva trop faiblepour hasarder un mouvement offensif vers laNara, tant que la grande armée ne fut pas enmesure de le soutenir. Sa position était criti-que , tant sous le rapport militaire que sous