DE LA GUERRE DE 181-2.
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celui des subsistances, et surtout à cause de lapénurie de fourrage. Il en fit parta Napoléon;mais loin de prêter l’oreille aux justes sollici-tations de son lieutenant, il se contenta derépondre à l’envoyé : « Avec de la cavalerie lé-» gère on vit partout », l’assurant aussi « qu’il» ne serait pas attaqué, et que, s’il l’était, il» fallait qu’il s’arrêtât et se retranchât au défilé» de Woronovo.» Réponse évasive, qui prouveune insouciance impardonnable de la part d’unchef d’armée. Napoléon prépara lui-même ladéfaite de son lieutenant à Taroulino. Dans unmoment pareil, on serait vraiment tenté d’a-jouter foi à quelques-unes des révélations quele comte de Ségur nous fit sur le compte deNapoléon pendant son séjour à Moscou, dansson roman militaire sur la campagne présente.
Trop faible encore pour tenir tête à l’arméeconcentrée de Napoléon, et ignorant les forcesqui se trouvaient devant lui, le prince Koulou-sov ne songea et n’osa encore songer qu’à fati-guer son ennemi par des marches accablantesdans un pays ruiné, et se replia lentement parla vieille route de Kalouga. Le roi de Naplesn’attaquait pas, car il était trop faible pourpouvoir prendre un rôle offensif, et le princeKoutousov laissait en repos son adversaire,manquant de nouvelles sûres de la vraie posi-tion des forces principales de ses ennemis. C’estainsi que, pendant cinq semaines, le théâtre dela guerre ne présenta que des engagements par-tiels et sans résultats.
Des ordres itératifs forcèrent cependant leroi de Naples de poursuivre les Russes jus-qu’aux rives de la Nara, où ceux-ci s’étaientretranchés. Murat prit position derrière laCzernischnia. Cependant la poursuite des Fran-çais était trop molle pour que le prince Kou-tousov ne s’aperçût pas que Napoléon , fidèleà son premier principe de dissémination, s’a-musait encore avec le gros de son armée àMoscou. Le moment était arrivé de reprendrel’offensive pour punir un ennemi imprudent,et le combat de la Czernischnia fut décidé.
Combat de la Czernischnia .— Les prélimi-naires de cette lutte font le plus grand hon-neur au général russe qui les a conçus, et sile mouvement des colonnes de la droite ne futpas exécuté avec toute la précision qu’on pou-vait désirer, cette non-réussite ne provint quede la difficulté du terrain que les trois pre-
mières colonnes manœuvres eurent à franchir ;difficultés que le hasard met souvent hors detout calcul.
L’armée russe fut partagée en cinq colonnes,elles franchirent la Nara à Taroutino et Spas-koïé. L’avant-garde, postée sur la rive gauche,entre les villages de Gladovo et Dednia, servitde pivot aux trois premières colonnes, qui ga-gnaient, en s’avançant, du terrain vers leurdroite.
La première colonne de droite, en se diri-geant sur Spass-Kouplia, et menaçant d’inter-rompre la communication des troupes du roide Naples avec le gros de l’armée, força bientôtles ennemis à la retraite. Au lieu de chercherà se maintenir dans leur position, l’attentionde ceux-ci fut portée, et avec raison, sur lagrande route de Moscou, où ils cherchèrent àprévenir leurs adversaires. Une retraite aprèsun échec ne peut jamais être bien exécutée enprésence des vainqueurs; c’est ce qui arrivaaux troupes du roi de Naples, qui perdit38 pièces de canon, 40 caissons et tout sonbagage.
Considérations .—La seule faute qu’on pour-rait reprocher aux Russes, dans le mouvementpréliminaire des colonnes manœuvres, c’est ladirection qu’on donna à celle de la réserve : aulieu de lui faire franchir la Nara à Taroutino,il fallait la diriger, ainsi que les trois pre-mières colonnes, vers Spaskoïé.Spass-Koupliaétant le point où devaient se qjorter les coupsdécisifs, l’attaque comme la résistance devaienty être des plus vives. 11 était donc urgent d’yréunir une masse respectable de forces. Ne va-lait-il donc pas mieux faire suivre à la réservele mouvement des 2 e et 3 e corps? En débou-chant du bois, elle aurait déployé entre Té-térinka et Dmilrovskoïé, et aurait pu être em-ployée avec avantage du côté de Spass-Kouplia;derrière le flanc gauche, où elle fut placée, elledevait être inutile. La première colonne dedroite, qui pouvait justement porter le coupdécisif, se trouva trop faible pour l’exécuter.
Si un général a jamais mérité d’être punipour son insouciance, ce fut Napoléon au com-bat de la Czernischnia. Il détacha un corps de20 à 30,000 hommes, qu’il fit avancer à troisjours de marche de Moscou, et resta avec lereste dans la capitale. La seule troupe du corpsdu roi de Naples, qui pouvait encore se battre