Buch 
Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
Entstehung
Seite
60
JPEG-Download
 

00

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

pertes du personnel de l’artillerie avaient ététellement grandes, que le maréchal Koutousovfut obligé d’abandonner 12 compagnies d’ar-tillerie, faute de serviteurs et de chevaux.

Le maréchal Koutousov se vit donc obligéde ralentir son mouvement offensif, et ce retardfavorisa Napoléon dans son passage au delà dela Bérésina.

Les armées russes, comme nous l’avons vu,se trouvaient sur trois points : à Borissov et enmarche, l’une, de Tchaschniki sur Baran, etl’autre de Krasnoï par Kopys et la grande route.L’armée française, que Napoléon rassembla àBorissov, étant devenue égale en force à cellede l’amiral, les chances y devinrent indécises.Celle du comte Wiltgenstein élail moins forte,

1 es chances étaient donc en faveur delà plus forte.

Il fallait donc un intermédiaire favorablequi put faire pencher la balance en faveur desRusses, et le maréchal Koutousov pouvait seull’établir. En talonnant l’armée française, ilaurait pu ravir à Napoléon les moyens d’opérerle passage avec autant de facilité qu’il l’a fait.Le manque de moyens en ordonna autrement.

Le passage par lui-même aurait toujoursréussi, puisque l'amiral Tschichagov ne laissaque peu de inonde sur la rive droite pour s’yopposer. Mais si le maréchal Koutousov avaitpu poursuivre l’armée française avec vigueur,en se mettant en corrélation intime avec lecomte Wittgenslein, il pouvait toujours faireéprouver à Napoléon des pertes bien plus con-sidérables encore que celles dont il a été lavictime. La position centrale de Napoléon, quiaurait dû le perdre, si les mouvements offen-sifs des armées russes avaient pu être simul-tanés, le sauva, parce qu’ayant rassemblé toutesses forces en une masse, il se. trouva en étatde lutter contre chacune d’elles séparémeet.

Considérations sur le passage de la Bérésina.— Examinons les circonstances de cette catas-trophe extraordinaire.

Napoléon quitta Orclia le 9—21 novembre.Le prince Koutousov, avec le gros de l’armée,était à Lanniki, le comte Wittgenslein en posi-tion à Tchachniki, l’amiral Tschichagov àBorissov. Dès le 10—22, le mouvement con-centrique des différentes armées russes reçutson exécution sur toute l’étendue de la circon-férence; mais son début ne fut pas des plusheureux. L’avant-garde de l’amiral Tschicha- j

gov reçut un échec sensible, et fut rejetée surBorissov. L’amiral repassa sur la rive droite.

L’échec qu’il venait de recevoir devait êtrepour lui un avertissement non équivoque del’approche de l’armée française : le momentétait donc venu de procéder à la défense de laligne de la Bérésina, que l’ennemi se voyaitobligé de franchir sous son canon.

Opérations de l’amiral Tschichagov. — Per-suadé que le maréchal Koutousov suivait lesennemis, tandis que le comte Wiltgenstein sedirigeait contre leur flanc, le devoir de l’ami-ral devait donc être de chercher du moins àaugmenter les difficultés du passage de la Béré-sina. Le point du passage étant inconnu, ilfallait le découvrir, et remplir le but proposé.

Dans tous les cas, le premier devoir est derester rassemblé, pour pouvoir porter la massedes troupes vers le point décisif. L’amiral fitjustement tout le contraire. Embrassant, danstoute son étendue, le système vicieux de cor-dons, il partagea son armée en quatre parties ;dont l’une, sous les ordres du général Tchap-litz, fut portée à Brill; la seconde, commandéepar le général Pahlen, prit position à Borissov;le comte Orourk, à la tête d’un détachement,se dirigea sur la basse Bérésina, vers Oucha;l’amiral Tschichagov, à la tête du corps dugénéral Woïnov et la réserve, se porta à Che-bachewiczy.

Rien ne pouvait excuser une disposition pa-reille; elle était contre toutes les règles del’art militaire, et un examen approfondi delàtopographie du pays le prouvera sans réplique.

Aperçu topographique. — En partant deBobr, trois communications aboutissent à laBérésina : celle de droite va par Kostrilza etaboutit à Wésélovo; celle du centre, par Loeh-nilza à Borissov; celle de gauche, par Oukwalaà Bérésina (i). Le passage devait donc néces-sairement s’opérer entre Wésélovo et Bérésina.

De ces trois communications, fa premièremenait par Zembin et Plechtchenitzy à Wilna,la seconde par Minsk à Wilna, la troisième parIgoumen, d’où elle se partage en deux bran-ches, dont l’une mène par Minsk à Wilna, etla seconde par Sloutzk à Neswige.

De ces trois communications, la moins favo-

(i) II ne faut pas le confondre avec le Bérésino, quise trouve sur la haute Bérésina.