DE LÀ GUERRE DE 1812.
(il
rable pour Napoléon était, sans doute, celle deBérésina à Igoumen; car l’armée française, pré-venue à Minsk, aurait été obligée de se jetersur Sloutzk, et coupée de nouveau à Neswige,elle aurait pu facilement être acculée auxmarais du Pripet.
Le passage devait donc nécessairement s’opé-rer dans l’espace compris entre Wésélovo etun point plus bas que Borissov, mais tellementrapproché de la ville, que l’armée, en franchis-sant la Bérésina, puisse revenir sans danger surla grande communication de Borissov à Minsk.
Quant au passage, la ligne de la Bérésina serétrécissait donc, et ne présentait à l’amiralque le terrain compris entre Wésélovo et Bo-rissov à défendre : c’était une étendue de 17kilomètres. Le vrai point de passage étant in-connu, dans un cas pareil, les règles militairesexigent de prendre une position centrale à peuj| près à égale distance des points où le passageî peut s’effectuer, pour pouvoir arriver à tempspour empêcher tout à fait le passage, ou dumoins pour en entraver la marche, en attaquantles troupes qui auraient déjà franchi la rivière.
Entre Wésélovo et Borissov, le point cen-tral était Bolchoï-Stakhov (à 7 kilomètres deBorissov el à 10 de Wésélovo). C’est là aussit où l’amiral devait réunir son armée, en faisantpatrouiller à sa droite et à sa gauche par lesCosaques et sa cavalerie légère, qu’il ne pou-vait pas mieux employer sur un terrain pareil.
Deux raisons majeures devaient engager l’a-miral Tschichagov à concentrer ses forces àBolchoï-Stakhov :
1° Sa position de flanc avait l’avantage deforcer l’ennemi, qui franchirait la Bérésina àBorissov ou vers Wésélovo, de faire un chan-gement de front pour recevoir le combat, et,en le battant, de le rejeter dans un sens inversede sa ligne de retraite ;
2° L’amiral se rapprochait, de cette manière,de l’armée du comte Wittgenstein, et si lesennemis franchissaient la Bérésina entre Wé-sélovo et Stakhov, il les prenait à peu prèsentre deux feux; si, au contraire, ils allaientla passer du côté de Borissov, et parvenaient àéchapper à sa vigilance, alors, en attirant à luiles troupes du comte Wittgenstein, sa posi-tion lui offrait tous les moyens de couper laretraite à son adversaire entre Minsk et VVilna.
Dans cette dernière hypothèse, forcé de se
replier sur Minsk, l’ennemi se serait sans doutedirigé par Rakov sur Wilna. Mais l’amiral, enpoussant sur Gaïna et ltadoschkovitchy, l’au-rait prévenu dans la position importante deWologin.
L’amiral fît absolument le contraire de ceque les circonstances exigeaient; au lieu deconcentrer ses forces et de prendre une posi-tion centrale, il dissémina son armée en cor-don, et prit position, avec le détachement leplus fort, sur le point qui exigeait le moinsd’observation.
Napoléon gagna plusieurs marches sur legros de l’armée du maréchal Koutousov,et n’é-tant poursuivi que par des avant-gardes, quine pouvaient tout au plus qu’observer sesmouvements, sans oser l’entamer, il se vitdébarrassé de toutes ses craintes pour ses der-rières. Dès lors son état prit une tournure plusfavorable, puisque le comte Wittgenstein,quoique se dirigeant dans le flanc de la grandearmée française, n’osait non plus l’attaquer,àcause de l’infériorité de ses forces physiques.
Passage de la Bérésina .—Le passage de la Bé-résina fut dont opéré, el ce passage, qui devaitensevelir presque toute l’armée française dansles marais de la Bérésina, ne lui coûta que25 pièces de canon et 28,000 hommes tués,prisonniers et noyés.
C’est une perte énorme pour une armée dontl’effectif ne montait pas même à 40,000 hom-mes; mais elle n’était encore rien en compa-raison des trophéesqui devaient tomberen notrepouvoir. Les principaux personnages, exceptéle général Partouneaux, parvinrent à se sous-traire au sort qui paraissait les attendre, et au-quel ils n’ont échappé à peu près que par miracle.
Après le passage de la Bérésina, l’armée fran-çaise ne présenta plus qu’un noyau de 8,800hommes, tant fantassins que cavaliers. Aprèsle passage de la Bérésina , nous voyons doncaussi s’évanouir la dénomination et la compo-sition decette armée formidable, qui traversa leNiémen pour dicter des lois à la Russie, etdontla punition fut égale à l’audace de l’entreprise.
Depuis le passage de la Bérésina, on peutaussi dater la lin de la campagne de 1812, carles débris épuisés de l’armée française furentobligés de chercher à opérer au plus vite leurretraite. Aucun devoir ne pouvant être imposéà une masse aussi insignifiante, chacun ne son-