LIVRE XXXVI.
Mars 1809. corps tout entier sur le littoral, d’abandonner par conséquentses communications avec la Vieille-Castille, et même de de-mander du secours, loin de pouvoir, comme on l’avait espéréd’abord, dominer à lui seul tout le nord de l’Espagne. Onn’aurait certes pas cru cela d’un corps aussi aguerri, et aussibien commandé que le sien; et ce n’était pas qu’il eût manquéd’habileté ou d’énergie, mais les difficultés s’étaient multipliéesà l’infini autour de lui. Le maréchal Soult, ayant heurté enpassant le corps de La Romana sans s’inquiéter de ce qu’ildeviendrait, ce corps, comme nous l’avons dit, avait traverséle pays entre la Galice et Léon, surpris un bataillon françaislaissé à Villa-Franca, soulevé sur son passage le pays étonnéde sa présence et enthousiasmé par la nouvelle de la guerred’Autriche. Le marquis de La Romana s’était enfin jeté dansles Asturies, que le général Bonnet ne pouvait contenir avecdeux régiments. C’était pour faire face à ces difficultés, quele maréchal Ney avait été obligé de courir partout, de com-battre partout, ne trouvant nulle part des révoltés, si fanati-ques qu’ils fussent, qui résistassent à sa terrible impétuosité,mais les voyant reparaître sur ces derrières dès qu’il était par-venu à les battre sur son front. Ainsi, tandis qu’il avait portéle général Maurice Mathieu versMondonedo pour tenir tête auxAsturiens, il avait été contraint d’envoyer le général Marchandsur Saint-Jacques-de-Compostel pour y détruire 1,500 insur-gés qui venaient de s’y établir. Il avait fallu ensuite courir surles ports de Villa-Garcia et de Garcil, et les brûler pour enécarter les Anglais. Puis, apprenant que les insurgés portu-gais assiégeaient le dépôt d’artillerie laissé par le maréchalSoult à Tuy, il y était accouru, et avait été obligé de livrerdes combats acharnés pour le débloquer, ce qui avait lieu aumoment même où le général Heudelet s’apprêtait à y marcherde son côté. Dans ces diverses rencontres, le maréchal Neyavait tué plus de 6 mille Espagnols, enlevé vingt-deux piècesde canon, une immense quantité de matériel provenant des