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LIVRE XXXVI.
La présence du maréchal Soult, ses déclarations rassuran-tes, ne firent que confirmer les gens sages dans leurs incli-nations pacifiques. C’est surtout à Oporto, ville riche, commer-çante, moins exposée que celle de Lisbonne aux anciennesinfluences de cour, et fort occupée de ses intérêts, que semanifestèrent avec plus d’évidence les dispositions que nousvenons de décrire, malgré l’évéque patriote et fanatique quidominait le bas peuple. La classe moyenne répondit avec unesorte de satisfaction aux témoignages du maréchal Soult, etparut résolue à demeurer tranquille, s’il tenait parole, s’ilmaintenait une bonne discipline parmi ses soldats, s’il répri-mait la populace, et procurait à chacun la liberté de vaquerà ses affaires. Parmi ces résignés que le charme du repossoumettait aux Français, se montraient avec un empressementsingulier, les juifs, fort nombreux, fort actifs, fort riches par-tout, mais surtout dans les pays peu civilisés, où on leur aban-donne le commerce qu’on ne sait pas faire. On en comptaitplus de deux cent mille en Portugal, vivant sous une dureoppression, et très-satisfaits d’entrevoir, sous la dominationdes Français, une égalité civile qui leur semblait la plus sou-haitable des formes de gouvernement. Après être entrés enrelations avec l’administration française, pour l’entretien del’armée, pour la perception des revenus, ils en vinrent bientôtà des ouvertures politiques sur la manière d’établir en Portu-gal un gouvernement régulier. Beaucoup de négociants dupays se joignirent à eux, et laissèrent voir que l’idée de fonderun royaume à part, un royaume de la Lusitanie septentrio-nale, ainsi qu’un traité de Napoléon l’avait réglé en octobre1807, lors du partage du Portugal entre l’Espagne et la France,que cette idée conviendrait fort à la province d’Oporto. Ondéclara qu’une telle résolution, annoncée publiquement, etaccompagnée d’une administration équitable et douce, feraitconsidérer les Français non plus comme des envahisseurs, quidévorent en courant les pays où ils passent, mais comme des