60
LIVRE XXXVI.
Avril 1809. Trois partis se produisirent aussitôt dans l’armée : pelui des
Graves divisions officiers qui, sans autre motif que le respect de leurs devoirs
dans l’armée de
Portugal. et leur fidélité à l’Empereur, ne voulaient pas se prêter à uneprise de possession du pouvoir royal qu’il n’avait point ap-prouvée; celui des officiers, autrefois républicains, que lesexcès de la politique impériale ramenaient à leurs opinionsprimitives; celui enfin de quelques mécontents plus audacieux,qui ne s’inquiétaient guère d’une désobéisance à l’Empereur,et n’avaient pas non plus grand regret de la République, maisqui étaient tout simplement, sans se l’avouer peut-être, devrais royalistes, jugeant la République, le Consulat, l’Empirelui-même, tout ce qui s’était passé depuis vingt ans en France,comme une suite d’affreuses convulsions, devant toutes abou-tir à mauvaise fin. Les propos des anciens royalistes se trou-vaient déjà dans la bouche de quelques officiers. On en citaitun notamment qui les tenait quelquefois, c’était le colonel du47 e de ligne, fort connu depuis sous le nom de général Don-nadieu. Ce qu’il y a de plus singulier, c'est que ce parti peunombreux, mais qui commençait à se faire entendre sourde-ment dans l’armée, surtout en Espagne, où les souffrancesétaient horribles, et le but pour lequel on les endurait d’uneclarté plus sensible, ce parti se composait non d’anciens roya-listes (presque aucun de ces militaires n’avait eu le temps del’être), mais d’anciens républicains de l’armée du Rhin, dé-goûtés de travaux qui n’avaient plus pour objet la grandeurdu pays, mais celle d’une famille. La gloire avait caché unmoment le vide ou l’égoïsme de cette politique. Les pre-miers revers amenaient la réflexion, et la réflexion amenaitle dégoût.
A peine ces divisions avaient-elles éclaté, que le langagede l’armée, devenu aussi imprudent que les actes qui l’avaientprovoqué, fut d’une audace incroyable. On ne parlait de rienmoins que d’arrêter le général en chef, s’il donnait suite à sacirculaire, de le déposer, et de le remplacer par le plus ancien