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LIVRE XXXVI,
Avril 1809.
Révélation desintrigaes nouéesavec l'armee an-glaise , et arres-tation du nom-mé Argenton.
Celui-ci voulant savoir quels étaient ces périls, Argenton finitpar les lui révéler. 11 lui déclara que l’armée anglaise ap-prochait, lui avoua, pour se faire croire, qu’il en venait,ajouta faussement qu’il y était allé pour le compte de la plu-part des généraux indignés d’étre sacrifiés à l’ambition de lafamille Bonaparte, et le supplia de se joindre à ses camaradespour contribuer à sauver l’armée et la France
Le général Lefebvre, profondément agité de ces confiden-ces, quoiqu’il lui en coûtât de livrer Argenton, révéla au ma-réchal Soult ce qu’il venait d’apprendre, en le priant de nepas perdre un malheureux, qui, tout criminel qu’il était,avait cependant un titre à sa reconnaissance, celui d’avoirvoulu l’avertir et le sauver. Le maréchal Soult fit sur-le-champ arrêter Argenton, et sut ainsi tout ce qui se passaitdans l’armée. Il avait pu s’apercevoir des mécontentementsexcités dans son sein ; mais refusant de les attribuer à leurcause véritable, il eut la faiblesse de croire à une conspiration,dont au reste il fit peu d’éclat, sentant que la situation étaitdifficile pour tout le monde, car il n’y avait personne quin’eût des reproches à se faire. Le bruit de cette arrestationse répandit comme s’était répandu le bruit d’un projet deroyauté, et alors on s’accusa à qui mieux mieux, les uns deconspirer contre le salut de l’armée, les autres de méditerune usurpation. Le désordre et la confusion n’en furent queplus grands.
11 y avait plus d’un mois que le maréchal Soult était àOporto, occupé du soin de se mettre en relation avec les ha-bitants, mais ne prenant aucun parti relativement aux opéra-tions militaires, ni celui d’avancer, ni celui de se retirer.Avancer était à peu près impossible, car il aurait fallu, outrela population, vaincre l’armée anglaise, et bien qu’avec 20
1 C’est à la déposition du general Lefebvre que ces détails sont em-pruntés.