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LIVRE XXXVI.

Mai 1809.

Danger de l’ar-mée française àPuente-Novo,surmonté par lecourage du majorDulong.

C’était un avantage trop chèrement acheté pour ne pas enprofiter, surtout afin de se préserver de la poursuite du géné-ral Beresford, qui, après l’occupation d’Amaranthe, pouvaitse porter directement sur la route de Chaves, et intercepterde nouveau notre ligne de communication. On marcha sanss’arrêter sur Salamonde et Ruivaens. On renonça même,pour plus de sûreté, à passer par Chaves, où l’on était cer-tain de trouver les Portugais qui avaient enlevé la garnisonfrançaise laissée dans cette ville, et on se dirigea sur Monte-Alegre, d’où une route plus courte conduisait à Orense.

Mais bientôt on apprit que les insurgés, pour donner augénéral Beresford le temps d’atteindre l’armée française, cou-paient les ponts, et obstruaient les défilés. On sut notam-ment que le pont de Puente-Novo avait été coupé par despaysans, et qu’ils étaient embusqués dans les environs pourdéfendre le passage. Il fallait à tout prix franchir cet obsta-cle, ou bien on était pris en flanc par le général Beresfordsous vingt-quatre heures, en queue par sir Arthur Wellesleysous quarante-huit. Le major Dulong, du 31 e d’infanterielégère, se chargea de surmonter la difficulté. Il prit avec luicent hommes d’élite, marcha au pont dans l’obscurité, letrouva coupé, et gardé par les paysans. Heureusementceux-ci avaient pour leur usage laissé deux poutrelles, et deplus, afin de se mettre à l’abri du temps qui était affreux, ilss’étaient blottis dans une baraque où ils ne songeaient qu’à sechauffer. Le major Dulong, profitant de la négligence portu-gaise, passa sur les poutrelles avec les braves qui le suivaient,puis se jeta sur la baraque dans laquelle s’étaient abrités lesPortugais, les égorgea tous, et, délivré d’eux, se hâta de ré-tablir le pont avec les bois qui lui tombèrent sous la main. Ala pointe du jour du 16, l’armée trouva le pont réparé, etput défiler, sauvée des fautes de ses chefs, par la bravoured’un officier, et par un bienfait du hasard. Bientôt elle ren-contra un nouvel obstacle au pont de Misarella, près de Villa-