DE LA CONSTITUTION DE GENÈVE. Ô 2 à
« chaque jour plus considérables; de l'autre, le peuple, abusant deh sa force, et demandant toujours davantage à mesure qu’on lui accor-« doit. »
Quatre ans s’étoient passés ainsi, quand le sénat, pressé plus vivementque jamais, eut recours aux trois puissances garantes de l’exécutionde l’édit de 1758. Les médiateurs n’ayant pu parvenir à accorder lesparties contestantes, se retirèrent à Soleure, où ils rédigèrent une espècede jugement sous le nom de prononcé, auquel le duc deChoiseultentadesoumettre les Genevois en employant contre eux tous les moyens possi-bles de contrainte, excepté pourtant la force ouverte (*); mais la fermetédes citoyens rendit ces moyens inutiles. Ils allèrent jusqu’à s'armer depistolets au moment de se réunir en conseil-général, menaçant de cas-ser la tète au premier quiconsentiroit à entendre seulement la lecture dece prononcé, où ilsne voyoient autre chose que la loi de l’étranger, qu’onvouloit leur faire subir. Ils avoient réussi d’un autre côté à intéresserl’Angleterre en leur faveur, et Voltaire lui-même, en prenant intérêtà leur cause, y ajoutoit tout le poids de son influence personnelle. En-fin, renonçant à l’emploi de la force, le sénat entama avec les citoyen sdes négociations qui amenèrent le traité de 1768, nommé édit de pa-cification. Par cet édit, le conseil-général obtint l’élection de la moitiédes membres du petit conseil, et le droit appelé de réélection , c’est-à-dire, de pouvoir, chaque année, exclure du sénat quatre de ses mem-bres, lesquels, après une seconde exclusion de ce genre, n’y pouvoientplus rentrer. Ce droit fut surtout accordé au conseil-général, pourbalancer l’abus du droit négatif, sur lequel on ne stipula rien.
Deux ans après, les dissensions recommencèrent, et cette fois cefurent les prétentions des natifs qui les firent naître. Maiscomme dèsce moment il n’est plus question de Genève dans aucun écrit de Rous-seau, ni dans ses Lettres, ces dissensions deviennent étrangères ànotre objet. On sait trop bien d’ailleurs quel en fut le triste et dernierrésultat.
Mais un événement qui se rapporte à ces derniers temps, et queceux qui lisent et qui aiment notre auteur ne peuvent qu’apprendreavec intérêt, c'est l’établissement, à Genève, d’une constitution vrai-ment républicaine, faite pour prévenir à jamais tout trouble et dissen-sion nouvelle, offrant tous les avantages attachés à cet ordre de chosesdans un petit état, sans les inconvénients qu’on en pourroit craindredans un plus grand, telle enfin que Rousseau lui-même n’eût osé laprévoir et peut-être l’imaginer, mais qui n’en est que plus conforme àces principes d’éternelle raison, d’ordre public et de justice rigoureuse,que ses écrits, entenduset interprétés comme ils doivent l’être, ne pou-voient manquer de rendre en quelque sorte populaires. On peut donc,
(’) M. Lacretelle se trompe quand il dit dans son Histoire ’ t. IV, p. 168) que M. deClieiseul lit enti er un corps de troupes dans Genève.
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