526 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.
sous plus d’un rapport, la considérer comme son ouvrage. Le 24 août4814, la nation genevoise accepta, à une immense majorité des suffra-ges, un édit constitutionnel, maintenant en pleine vigueur (*), et donton paroît ressentir chaque jour davantage le bienfait. Plus de distinc-tion de classes; tous les Genevois, habitant la ville ou son territoire,sont égaux en droits politiques et civils, avec la seule restriction ad-mise dans la Charte françoise pour l’exercice des premiers dans les as-semblées électorales, le paiement d’une somme fixe en contributionsdirectes. D’ailleurs, les principes de la même Charte se retrouventdans la charte genevoise, relativement à la distinction des trois pou-voirs et leur dépendance réciproque, à l’aptitude de tous les citoyenspour parvenir aux emplois, à la liberté de la presse, à la tolérance re-ligieuse. En un mot, dans cette heureuse cité, qui proportionnelle-ment offre, réunis dans son sein, plus de foyers de lumières, plusd’hommes d'un éminent mérite, plus de moyens de bonheur de touteespèce qu’en aucun lieu du monde, tout assure aux citoyens une exis-tence sociale telle, que la théorie, même la plus sévère en libéralité, nesemble guère pouvoir en faire naître une plus propre à un corps politi-que. Puissent tous les membres de celui-ci, fidèles au sacrifice fait pareux à la religion et h patrie, et consacré dans leur acte constitution-nel, surtout peu jaloux d’un agrandissement de territoire qu’une loiéventuelle, accolée à cet acte, fait voir avec regret, mis par eux dansl’ordre des possibles, même des vraisemblances, sentir constammenttout le bonheur de cette existence, et se rappeler aussi avec reconnois-sance l'illustre et malheureux écrivain qui leur a certainement ouvertau moins les voies pour y parvenir !
LETTRES
ECRITES
DE LA MONTAGNE.
AVERTISSEMENT.
C’est revenir tard, je le sens, sur un sujet trop rebattu, et déjà presque ou-blié. Mon état, qui ne permet plus aucun travail suivi, mon aversion pour legenre polémique, ont causé ma lenteur à écrire et ma répugnance à publier.J’aurois même tout-à-fait supprimé ces Lettres, ou plulôt je ne les auroispoint écrites, s’il n’eût été question que de moi ; mais ma patrie ne m’estpas tellement devenue étrangère, que je puisse voir tranquillement opprimerses citoyens, surtout lorsqu’ils n’ont compromis leur droit qu’en défendant
(’) Il a reçu depuis quelques modifications, mais qui ne sont d’aucune importance.