PÀETIB I, LETTRE I.
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flattois d’avoir bien mérité de la patrie. Si ma conduite eût eu be-soin de grâce, je pouvois raisonnablement espérer de l’obtenir.Cependant, avec un empressement sans exemple, sans avertisse-ment, sans citation, sans examen , on s’est hâté de flétrir meslivres ; on a fait plus : sans égard pour mes malheurs, pourmes maux, pour mon état, on a décrété ma personne avecla même précipitation ; l’on ne m’a pas même épargné les ter-mes qu’on emploie pour les malfaiteurs. Ces messieurs n’ont pasété indulgents; ont-ils du moins été justes? C’est ce que jeveux rechercher avec vous. Ne vous effrayez pas, je vous prie,de l’étendue que je suis forcé de donner à ces Lettres. Dans lamultitude de questions qui se présentent, je voudrois être sobreen paroles : mais, monsieur, quoi qu’on puisse faire, il en fautpour raisonner.
Rassemblons d’abord les motifs qu'ils ont donnés de cette pro-cédure, non dans le réquisitoire, non dans l’arrêt, porté dans lesecret, et resté dans les ténèbres (' ), mais dans les réponses duconseil aux représentations des citoyens et bourgeois, ou plutôtdans les Lettres écrites de la campagne, ouvrage qui leur sert demanifeste, et dans lequel seul ils daignent raisonner avec vous.
« Mes livres sont, disent ils, impies, scandaleux, téméraires,« pleins de blasphèmes et de calomnies contre la religion. Sous« l’apparence des doutes, l’auteur y a rassemblé tout ce qui peut« tendre à saper, ébranler et détruire les principaux fondementsa de la religion chrétienne révélée.
« Ils attaquent tous les gouvernements.
« Ces livres sont d’autant plus dangereux et répréhensibles,« qu’ils sont écrits en françois du style le plus séducteur, qu’ilsa paroissent sous le nom et la qualification d’un citoyen deGenève,« et que, selon l’intention de l’auteur, VÉmile doit servir de guide« aux pères, aux mères, aux précepteurs.
« En jugeant ces livres, il n'a pas été possible au conseil de
(!) Ma famille demanda par requête communication de cet arrêt. Voici la ré-ponse :
i Du 23 juin 1762.
« En conseil ordinaire, vu lapre'senie requête, arrêté qu’il n'y a lieu d’accor-« der aux suppliants les fins d'icelle.
« Litlis. ■
L'arrêt du parlement de Paris fut imprimé aussitôt que rendu. Imagine! ce quec’est qu'un état libre ou l'on tient cachés de pareils décrets contre l’honneur et la li-berté des citoyens.