PA.ETIE I, LETTRE I. î,37
Tâchons de prendre un milieu qui vous satisfasse et qui nem’avilisse pas. Supposons un moment la Profession de foi du vi-caire adoptée en un coin du monde chrétien, et voyons ce qu’iten résulteroit en bien et en mal. Ce ne sera ni l’attaquer ni la dé-fendre ; ce sera la juger par ses effets.
Je vois d’abord les choses les plus nouvelles sans aucune appa-rence de nouveauté : nul changement dans le culte, et de grandschangements dans les cœurs ; des conversions sans éclat, de lafoi sans dispute, du zèle sans fanatisme, delà raison sans impiété,peu de dogmes et beaucoup de vertus, la tolérance du philosopheet la charité du chrétien.
Nos prosélytes auront deux règles de foi qui n’en font qu’une ;la raison et l’Évangile; la seconde sera d’autant plus immuablequ’elle ne se fondera que sur la première, et nullement sur cer-tains faits, lesquels, ayant besoin d’être attestés, rémettent la re-ligion sous l’autorité des hommes.
Toute la différence qu’il y aura d’eux aux autres chrétiens estque ceux-ci sont des gens qui disputent beaucoup sur l’Évangilesans se soucier de le pratiquer, au lieu que nos gens s’attacherontbeaucoup à la pratique, et ne disputeront point.
Quand les chrétiens disputeurs viendront leur dire : Vous vousdites chrétiens sans l’être, car, pour être chrétiens, il faut croireen Jésus-Christ, et vous n’y croyez point; les chrétiens paisiblesleur répondront : « Nous ne savons pas bien si nous croyons en« Jésus-Christ dans votre idée, parceque nous ne l’entendons pas;« mais nous tâchons d’observer ce qu’il nous prescrit. Nous som-<i mes chrétiens chacun à notre manière : nous, en gardant sa« parole, et vous, en croyant en lui. Sa charité veut que nous« soyons tous frères : nous la suivons en vous admettant pour« tels ; pour l’amour de lui ne nous ôtez pas un titre que nous ho-« norons de Routes nos forces, et qui nous est aussi cher qu’à« vous. 9
Les chrétiens disputeurs insisteront sans doute. En vous re-nommant de Jésus, il faudroit nous dire à quel titre. Vous gar-dez, dites-vous, sa parole; mais quelle autorité lui donnez-vous?Reconnoissez-vous la révélation? ne la reconnoissez-vous pas?Admettez-vous l’Évangile en entier? ne l’admettez-vous qu’enpartie ? Sur quoi fondez-vous ces distinctions ? Plaisants chrétiens,qui marchandent avec le maître, qui choisissent dans sa doctrinece qu’il leur plaît d’admettre et de rejeter !