PARTIE I, LETTRE I. 539
« que nous concevons nous le fait juger supérieur à nos lumiè-« res. Tout ce qui nous est nécessaire à savoir pour être saints« nous paroît clair dans l'Évangile ; qu’avons-nous besoin d’en-« tendre le reste? Sur ce point nous demeurerons ignorants, mais« exempts d’erreur, et nous n’en serons pas moins gens de bien;« cette humble réserve elle-même est l’esprit de l’Évangile.
« Nous ne respectons pas précisément ce livre sacré comme li-« vre, mais comme la parole et la vie de Jésus-Christ. Le carac-« tère de vérité, de sagesse et de sainteté qui s’y trouve, nous ap-« prend que cette histoire n’a pas été essentiellement altérée f),« mais il n’est pas démontré pour nous qu’elle ne l’ait point été« du tout. Qui sait si les choses que nous n’y comprenons pas ne« sont point des fautes glissées dans le texte? Qui sait si des dis-« ciples si fort inférieurs à leur maître l’ont bien compris et bien<i rendu partout? Nous ne décidons point là-dessus; nous ne pré-ci sumons pas même, et nous ne vous proposons des conjectures« que parceque vous l'exigez.
« Nous pouvons nous tromper dans nos idées, mais vous pou-« vez aussi vous tromper dans les vôtres. Pourquoi ne le pour-« riez-vous pas, étant hommes? Vous pouvez avoir autant de bonne« foi que nous, mais vous n’en sauriez avoir davantage : vousci pouvez être plus éclairés, mais vous n’êtes pas infaillibles. Qui« jugera donc entre les deux partis? sera-ce vous? Cela n’est pas<i juste. Bien moins sera-ce nous, qui nous défions si fort de nous-« mêmes. Laissons donc cette décision au Juge commun qui« nous entend ; et puisque nous sommes d’accord sur les règlesn de nos devoirs réciproques, supportez-nous sur le reste comme« nous vous supportons. Soyons hommes de paix, soyons frères,
« unissons-nous dans l’amour de notre commun maître, dans la« pratique des vertus qu’il nous prescrit. Voilà ce qui fait le vrai« chrétien.
« Que si vous vous obstinez à nous refuser ce précieux titre« après avoir tout fait pour vivre fraternellement avec vous, nousa nous consolerons de cette injustice, en songeant que les mots« ne sont pas les choses, que les premiers disciples de Jésus ne pre-<i noient point le nom de chrétiens, que le martyr Étienne ne« le porta jamais, et que quand Paul fut converti à la foi de
(') Où en seraient les simples fidèles, si l'on ne pouvoit savoir cela que par des dis-cussions de critique, ou par l'autorité des pasteurs? de quel front ose-t-on faire dépen-dre la foi de tant de science ou de tant de soumission?