Band 
Tome quatrième.
Seite
541
JPEG-Download
 

PARTIE I, LETTRE I. 541

sous la domination d’autrui : comme gens de paix, ils seront sou-mis aux lois de leurs maîtres, même en matière de religion, àmoins que cette religion ne fût essentiellement mauvaise ; caralors, sans outrager ceux qui la professent, ils refuseroient de laprofesser. Ils leur diraient : Puisque Dieu nous appelle à la ser-vitude , nous voulons être de bons serviteurs, et vos sentimentsnous empêcheroient de l’être : nous connoissons nos devoirs, nousles aimons, nous rejetons ce qui nous en détache : c’est afin devous être fidèles que nous n’adoptons pas la loi de l’iniquité.

Mais si la religion du pays est bonne en elle-même, et que cequ’elle a de mauvais soit seulement dans des interprétations par-ticulières , ou dans des dogmes purement spéculatifs, ils s’atta-cheront à l’essentiel, et toléreront le reste, tant par respect pourles lois que par amour pour la paix. Quand ils seront appelés àdéclarer expressément leur croyance, ils le feront, parcequ’il nefaut point mentir ; ils diront au besoin leur sentiment avec fer-meté , même avec force; ils se défendront par la raison, si on lesattaque. Du reste, ils ne disputeront point contre leurs frères ; et,sans s’obstiner à vouloir les convaincre, ils leur resteront unispar la charité, ils assisteront à leurs assemblées, ils adopterontleurs formules, et, ne se croyant pas plus infaillibles qu’eux, ilsse soumettront à l’avis du plus grand nombre en ce qui n’intéressepas leur conscience et ne leur paraît pas importer au salut.

Yoilà le bien, me direz-vous ; voyons le mal. Il sera dit en peude paroles. Dieu ne sera plus l’organe de la méchanceté des hom-mes. La religion ne servira plus d’instrument à la tyrannie desgens d’église et à la vengeance des usurpateurs ; elle ne serviraplus qu’à rendre les croyants bons et justes : ce n’est pas là lecompte de ceux qui les mènent ; c’est pis pour eux que si elle neservoit à rien.

Ainsi donc la doctrine en question est bonne au genre humain,et mauvaise à ses oppresseurs. Dans quelle classe absolue la faut-il mettre? J’ai dit fidèlement le pour et le contre ; comparez, etchoisissez.

Tout bien examiné, je crois que vous conviendrez de deuxchoses : l’une, que ces hommes que je suppose se conduiraient enceci très conséquemment à la Profession de foi du vicaire ; l’autre,que cette conduite serait non seulement irréprochable, mais vrai-ment chrétienne, et qu’on aurait tort de refuser à ces hommesbons et pieux le nom de chrétiens, puisqu’ils le mériteroient par-