PARTIE I, LETTRE I. 549 1
en ce qui tient uniquement à la religion, elles n’en ont point nonplus en cette partie sur les écrits où l’on manifeste ses senti-ments. Si les auteurs de ces écrits sont punissables, ce n’est ja-mais précisément pour avoir enseigné l’erreur, puisque la loi nises ministres ne jugent pas de ce qui n’est précisément qu’uneerreur. L’auteur des Lettres écrites de la campagne paroit con-venir de ce principe ('). Peut-être même en accordant que la poli-tique et la philosophie pourront soutenir la liberté de tout écrire,le pousseroit-il trop loin (page 30). Ce n’est pas ce que je veuxexaminer ici.
Mais voici comment vos messieurs et lui tournent la chose pourautoriser le jugement rendu contre mes livres et contre moi. Ilsme jugent moins comme chrétien que comme citoyen ; ils me re-gardent moins comme impie envers Dieu que comme rebelle auxlois; ils voient moins en moi le péché que le crime, et l’hérésieque la désobéissance. J'ai, selon eux, attaqué la religion de Pé-tât; j’ai donc encouru la peine portée par la loi contre ceux quil’attaquent. Voilà, je crois, le sens de ce qu’ils ont dit d’intelli-gible pour justifier leur procédé.
Je ne vois à cela que trois petites difficultés : la première, desavoir quelle est cette religion de l’état; la seconde, de montrercomment je l’ai attaquée; la troisième, de trouver cette loi selonlaquelle j’ai été jugé.
Qu’est-ce que la religion de l’état? c’est la sainte réformationévangélique. Voilà, sans contredit, des mots bien sonnants. Maisqu’est-ce, à Genève aujourd’hui, que la sainte réformation évan-gélique? Le sauriez-vous, monsieur, par hasard? Eu ce cas, jevous eD féliciie : quant à moi, je l’ignore; j’avois cru le savoir ci-devant ; mais je me trompois ainsi que bien d’autres plus savantsque moi sur tout autre point, et non moins ignorants sur celui-là-
Quand les réformateurs se détachèrent de l’Église romaine, ilsl’accusèrent d’erreur ; et, pour corriger cette erreur dans sa source,ils donnèrent à l’Écriture un autre sens que celui que l’Église luidonnoit. On leur demanda de quelle autorité ils s’écartoient ainside la doctrine reçue : ils dirent que c’étoit de leur autorité pro-pre, de celle de leur raison. Ils dirent que le sens de la Bible étantintelligible et clair à tous les hommes en ce qui étoit du salut,
{') A cet égard, dit-il page 22, je retrouve assez mes maximes dans celles desre-présentations. Et, page 29, il regarde comme incontestable que personne ne peutêtre poursuivi pour ses idées sur la religion.
24 »