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Tome quatrième.
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LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.

chacun étoit juge compétent de la doctrine, et pouvoit interpré-ter la Bible, qui en est la règle, selon son esprit particulier ; quetous s'accorderaient ainsi sur les choses essentielles, et que cellessur lesquelles ils ne pourraient s’accorder ne l’étoient point.

Voilà donc l’esprit particulier établi pour unique interprète del’Écriture; voilà l’autorité de l’Église rejetée ; voilà chacun mis,pour la doctrine, sous sa propre juridiction. Tels sont les deuxpoints fondamentaux de la réforme : reeonnoitre la Bible pourrègle de sa croyance, et n’admettre d’autre interprète du sens dela Bible que soi. Ces deux points combinés forment le principesur lequel les chrétiens réformés se sont séparés de l’Église ro-maine : et ils ne pouvoient moins faire sans tomber en contradic-tion; car quelle autorité interprétative auroient-ils pu se réserver,après avoir rejeté celle du corps de l’Église ?

Mais, dira-t-on, comment, sur un tel principe, les réformésont-ils pu se réunir? Comment, voulant avoir chacun leur façonde penser, ont-ils fait corps contre l’Église catholique? Ils le dé-voient faire : ils se réunissoient en ceci, que tous reconnoissoientchacun d’eux comme juge compétent pour lui-même. Ils tolé-raient et ils dévoient tolérer toutes les interprétations, hors une,savoir, celle qui ôte la liberté des interprétations. Or cette uni-que interprétation qu’ils rejetoient étoit celle des catholiques. Ilsdévoient donc proscrire de concert Rome seule, qui les proscri-voit également tous. La diversité même de leurs façons de pen-ser sur tout le reste étoit le lien commun qui les unissoit. C’é-toient autant de petits états ligués contre une grande puissance,et dont la confédération générale n’ôtoit rien à l’indépendance dechacun.

Voilà comment la réformation évangélique s’est établie, et voilàcomment elle doit se conserver. Il est bien vrai que la doctrinedu plus grand nombre peut être proposée à tous comme la plusprobable ou la plus autorisée ; le souverain peut même la rédigeren formule et la prescrire à ceux qu’il charge d’enseigner, parce-qu’il faut quelque ordre, quelque règle dans les instructions pu-bliques; et qu’au fond l'on ne gêne en ceci la liberté de personne,puisque nul n’est forcé d’enseigner malgré lui : mais il ne s’en-suit pas de là que les particuliers soient obligés d’admettre préci-sément ces interprétations qu’on leur donne et cette doctrinequ’on leur enseigne. Chacun en demeure seul juge pour lui-même,et ne reconnoît en cela d’autre autorité que la sienne propre. Les