PARTIE I, LETTRE I. 555
Cependant, pareequ’un d’entre eux, compilant force plaisan-teries scolastiques, aussi bénignes qu’élégantes, pour juger monchristianisme, ne craint pas d’abjurer le sien ; tout charmés dusavoir de leur confrère, et surtout de sa logique, ils avouent sondocte ouvrage, et l’en remercient par une députation. Ce sont envérité de singulières gens que messieurs vos ministres ! on ne saitni ce qu’ils croient, ni ce qu’ils ne croient pas ; on ne sait pasmême ce qu’ils font semblant de croire : leur seule manière d’é-tablir leur foi est d’attaquer celle des autres : ils sont comme lesjésuites, qui, dit-on, forçoient tout le monde à signer la constitu-tion , sans vouloir la signer eux-mêmes. Au lieu de s’expliquersur la doctrine qu’on leur impute, ils pensent donner le changeaux autres Églises, en cherchant querelle à leur propre défen-seur; ils veulent prouver par leur ingratitude qu’ils n’avoient pasbesoin de mes soins, et croient se montrer assez orthodoxes en semontrant persécuteurs.
De tout ceci, je conclus qu’il n’est pas aisé de dire en quoiconsiste à Genèveaujourd’hui la sainte réformation. Tout ce qu’onpeut avancer de certain sur cet article est qu’elle doit consisterprincipalement à rejeter les points contestés à l'Église romainepar les premiers réformateurs, et surtout par Calvin. C’est làl’esprit de votre institution ; c’est par-là que vous êtes un peuplelibre, et c’est par ce côté seul que la religion fait chez vous partiede la loi de l'état.
De cette première question, je passe à la seconde, et je dis :Dans un livre où la vérité, l’utilité, la nécessité de la religion engénéral est établie avec la plus grande force, où, sans donner au-cune exclusion ( 2 ), l’auteur préfère la religion chrétienne à toutautre culte, et Iaréformation évangélique à toute autre secte, com-ment se peut-il que cette même réformation soit attaquée? Celaparoît difficile à concevoir. Voyons cependant.
J’ai prouvé ci-devant en général, et je prouverai plus en détailci-après, qu’il n’est pas vrai que le christianisme soit attaquédans mon livre. Or lorsque les principes communs ne sont pasattaqués, on ne peut attaquer en particulier aucune secte que dedeux manières, savoir : indirectement, en soutenant les dogmesdistinctifs de ses adversaires ; ou directement, en attaquant lessiens.
(0 J'exhorte tout lecteur équitable à relire et peser dans VÉmile ce qui suiit immé-diatement la Profession de foi du vicaire, et où je reprends la parole.