556 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.
Mais comment aurois-je soutenu les dogmes distinctifs des ca-tholiques, puisque au contraire ce sont les seuls que j’aie attaqués,et puisque c’est cette attaque même qui a soulevé contre moi leparti catholique , sans lequel il est sûr que les protestants n’au-roient rien dit? Voilà, je l’avoue, une des choses les plus étran-ges dont on ait jamais ouï parler; mais elle n’en est pas moinsvraie. Je suis confesseur de la foi protestante à Paris, et c’est pourcela que je le suis encore à Genève.
Et comment aurois-je attaqué les dogmes distinctifs des protes-tants, puisqu’au contraire ce sont ceux que j’ai soutenus avec leplus de force, puisque je n’ai cessé d’insister sur l’autorité de laraison en matière de foi, sur la libre interprétation des Écritures,sur la tolérance évangélique, et sur l’obéissance aux lois, mêmeen matière de culte ; tous dogmes distinctifs et radicaux de l’É-glise réformée, et sans lesquels, loin d’être solidement établie,elle ne pourroit pas même exister?
Il y a plus : voyez quelle force la forme même de l’ouvrageajoute aux arguments en faveur des réformés. C’est un prêtrecatholique qui parle, et ce prêtre n’est ni un impie ni un liber-tin : c’est un homme croyant et pieux, plein de candeur, de droi-ture, et malgré ses difficultés, ses objections, ses doutes, nourris-sant au fond de son cœur le plus vrai respect pour le culte qu’ilprofesse ; un homme qui, dans les épanchements les plus intimes,déclare qu’appelé dans ce culte au service de l’Église, il y rem-plit avec toute l’exactitude possible les soins qui lui sont pre-scrits; que sa conscience lui reprocheroit d’y manquer volontaire-ment dans la moindre chose ; que, dans le mystère qui choque leplus sa raison, il se recueille au moment de la consécration, pourla faire avec toutes les dispositions qu’exigent l’Église et la gran-deur du sacrement ; qu’il prononce avec respect les mots sacra-mentaux; qu’il donne à leur effet toute la foi qui dépend de lui;et que, quoi qu’il en soit de ce mystère inconcevable, il ne craintpas qu’au jour du jugement il soit puni pour l’avoir jamais pro-fané dans son cœur (*).
Voilà comment parle et pense cet homme vénérable, vraimentbon, sage, vraiment chrétien, et le catholique le plus sincère quipeut-être ait jamais existé.
Écoutez toutefois ce que dit ce vertueux prêtre à un jeunehomme protestant qui s’étoit fait catholique, et auquel il donne
O Emile , livre rv.