PABTIE I, LETTRE II. 55T
des cons ils. « Retournez dans votre patrie, reprenez la religion« de vos pères, suivez-la dans la sincérité de votre cœur, et ne la« quittez plus; elle est très simple et très sainte; je la crois, de« toutes les religions qui sont sur la terre , celle dont la morale« est la plus pure, et dont la raison se contente le mieux (*).
Il ajoute un moment après : « Quand vous voudrez écouter vo-it tre conscience, mille obstacles vains disparoîtront à sa voix,« Vous sentirez que, dans l’incertitude où nous sommes, c’est une« inexcusable préemption de professer une autre religion que« celle où l’on est né, et une fausseté de ne pas pratiquer« sincèrement celle qu’on professe. Si l’on s’égare, on s’ôte une« grande excuse au tribunal du souverain Juge. Ne pardonnera-« t-ii pas plutôt l’erreur où l’on fut nourri, que celle qu’on osa« choisir soi-même (**)? »
Quelques pages auparavant, il avoit dit : « Si j’avois des pro-« testants à mon voisinage ou dans ma paroisse, je ne les distin-« guerois point de mes paroissiens en ce qui tient à la charité« chrétienne ; je les porterois tous également à s’entr’aimer, à se« regarder comme frères, à respecter toutes les religions, et à vivre« en paix chacun dans la sienne. Je pense que solliciter quelqu’un« de quitter celle où il est né, c’est le solliciter de mal faire, et« par conséquent faire mal soi-même. En attendant de plus gran-it des lumières , gardons l’ordre public; dans tout pays respec-« tons les lois, ne troublons point le culte quelles prescrivent, ne« portons point les citoyens à la désobéissance : car nous ne sa-« vous point certainement si c’est un bien pour eux de quitter« leurs opinions pour d’autres, et nous savons certainement que« c’est un mal de désobéir aux lois. »
Voilà, monsieur, comment parle un prêtre catholique dans unécrit où l’on m’accuse d’avoir attaqué le culte des réformés, et oùil n’en est pas dit autre chose. Ce qu’on auroit pu me reprocher,peut-être, étoit une partialité outrée en leur faveur, et un défautde convenance en faisant parler un prêtre catholique comme ja-mais prêtre catholique n’a parlé. Ainsi j’ai fait en toute chose pré-cisément le contraire de ce qu’on m’accuse d’avoir fait. On diraitque vos magistrats se sont conduits par gageure : quand ilsauroienlparié de juger contre l’évidence, ils n’auroient pu mieux réussir,Mais ce livre contient des objections, des difficultés, des dou-tes ! Et pourquoi non, je vous prie? Où est le crime à un proies-
(') Émile, livre îv. — (*') Ibid,
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