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Tome quatrième.
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584 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.

discute , de ne pas prendre quelquefois le ton affirmatif; maissouvenez-vous qu’ici toutes mes affirmations ne sont que desraisons de douter (*). Peut-on parler plus positivement?

Quant à moi, je vois des faits attestés dans les saintes Écri-tures : cela suffit pour arrêter sur ce point mon jugement. S’ilsétoient ailleurs, je rejelterois ces faits, ou je leur ôterois le nomde miracles ; mais pareequ'ils sont dans l’Écriture, je ne les re-jette point. Je ne les admets pas non plus, parceque ma raisons'y refuse, et que ma décision sur cet article n’intéresse pointmon salut. Nul chrétien judicieux ne peut croire que tout soitinspiré dans la Bible, jusqu’aux mots et aux erreurs. Ce qu’ondoit croire inspiré est tout ce qui tient à nos devoirs ; car pour-quoi Dieu auroit-il inspiré le reste? Or la doctrine des miraclesn y tient nullement; c’est ce que je viens de prouver. Ainsi lesentiment qu’on peut avoir en cela n’a nu! trait au respect qu’ondoit aux livres sacrés.

D’ailleurs, il est impossible aux hommes de s’assurer que quel-que fait que ce puisse être est un miracle ('); c’est encore ce quej’ai prouvé. Donc en admettant tous les faits contenus dans laBible, on peut rejeter les miracles sans impiété, et même sansinconséquence. Je n’ai pas été jusque là.

Voilà comment vos messieurs tirent des miracles, qui ne sontpas certains, qui ne sont pas nécessaires, qui ne prouvent rien,et que je n’ai pas rejetés, la preuve évidente que je renverse lesfondements du christianisme , et que je ne suis pas chrétien.

L’ennui vous empêeheroit de me suivre si j’entrois dans lemême détail sur les autres accusations qu’ils entassent pour tâ-cher de couviir par le nombre l’injustice de chacune en particu-lier. Ils m’accusent, par exemple, de rejeter la prière. Voyez lelivre, et vous trouverez une prière dans l’endroit même dont ils’agit. L’homme pieux qui parle ( 2 ) ne croit pas, il est vrai, qu’il

O Émile, livre iv.

( 4 y Si ces messieurs disent que cela est décidé dans l’Écriture, et que je dois rccon*uoitre pour miracle ce qu'elle me donne pour tel, je réponds que c’est ce qui est enquestion, et j'ajoute que ce raisonnement de leur part est un cercle vicieux. Car puis-qu'ils veulent que le miracle serve de preuve à la révélation, ils ne doivent pas em-ployer l’autorité de la révélation pour constater le miracle.

( 2 ) l’n ministre de Genève, difficile assurément en christianisme, dans les jugementsqu'il porte du mien, affirme (pic j'ai dit, moi J.-.T. Rousseau, que je ne priois pas Dieu :il l'assure en tout autant de termes, cinq ou six fois de suite, et toujours en me nom-mant. .Te veux porter respect à l’Eglise ; mais oserois-je lui demander où j’ai dit cela ?Ü est permis à tout barbouilleur de papier de déraisonner et bavarder tant qu’il veut;mais il n’est pas permis à un bon chrétien d'être un calomniateur public.