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Tome quatrième.
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PARTIE I, LETTRE III. 58->

soit absolument nécessaire de demander à Dieu telle ou tellechose en particulier ('); il ne désapprouve point qu’on le fasse.Quant à moi, dit il, je ne le fais pas, persuadé que Dieu est unbon père, qui sait mieux que ses enfants ce qui leur convient.Mais ne peut-on lui rendre aucun autre culte aussi digne de lui ?Les hommages d’un cœur plein de zèle, les adorations, les louan-ges, la contemplation de sa grandeur, l'aveu de notre néant, larésignation à sa volonté, la soumission à ses lois, une vie pure etsainte, tout cela ne vaut-il pas bien des vœux intéressés et merce-naires? Près d’un Dieu juste, la meilleure manière de demanderest de mériter d’obtenir. Les anges qui le louent autour de sontrône le prient-ils? Qu’auroient-ils à lui demander? Ce mot deprière est souvent employé dans l’Écriture pour hommage, ado-ration; et qui fait le plus est quitte du moins. Pour moi, je nerejette aucune des manières d’honorer Dieu ; j’ai toujours ap-prouvé qu’on se joignît à l’Église qui le prie : je le fais ; le prêtresavoyard le faisoit lui-même. L’écrit si violemment attaqué estplein de tout cela. N’importe : je rejette, dit-on, la prière; je suisun impie à brûler. Me voilàjugé.

Ils disent encore que j’accuse la morale chrétienne de rendretous nos devoirs impraticables en les outrant. La morale chré-tienne est celle de l’Évangile ; je n’en reconnois point d’autre, etc’esten ce sensaussi que l’entend mon accusateur, puisque c’estdesimputations où celle-là se trouve comprise qu’il conclut, quelqueslignes après, que c’est par dérision que j’appelle l’Évangile divin ( 2 ).

Or voyez si l’on peut avancer une fausseté plus noire, et mon-trer une mauvaise foi plus marquée, puisque, dans le passage demon livre où ceci se rapporte, il n’est pas même possible que j’aievoulu parler de l’Évangile.

Voici, monsieur, ce passage; il est dans le second tome

( J ) Quand vous prierez, dit Jésus, priez ainsi. Quand on prie avec «les paroles»c’est bien fait de préférer celles-là ; mais je ne vois point ici l’ordre de prier avec desparoles. Cne autre prière est préférable, c’est d’être disposé à fout ce que Dieu veut.Me voici, Seigneur, pour faire ta volonté. De toutes les formules, l’Oraison domini-cale est, sans contredit, la plus parfaite ; mais ce qui est plus parfait encore est l’en-tière résignation aux volontés de Dieu. Aon point ce que je veux , mais ce que luveux. Que dis-je? c’est l’Oraison dominicale elle-même. Elle est tout entière danséesparoles: Que la volonté soit faite. Toute autre prière est superflue, et ne fait que con-trarier celle-là. Que celui qui pense ainsi se trompe, cela peut être. Mais celui qui pu-bliquement l’accuse à cause de cela de détruire la morale chrétienne, et de n’être paschrétien, est-il un fort bon chrétien lui-même?

( 2 ) Lettres écrites de la campagne, page H.