590 LETTRES ÉCRITES DE LA MOKTAGNB.
quelque nouvelle trame en faveur de la maison de Savoie, ou desévêques, sous prétexte de religion. Voilà sur quoi tombent clai-rement les mots de pratiques et de machinations , qui, depuis quela langue françoise existe, n’ont sûrement jamais été employéspour les sentiments généraux qu’un homme publie dans un livreoù il se nomme, sans projet, sans vue particulière, et sans trait àaucun gouvernement. Cette accusation paroît si peu sérieuse àl’auteur même qui l’ose faire , qu’il me reconnoit yïcfèfe aux de-voirs du citoyen ( page 8 ). Or comment pourrois-je l’être, si j’a-vois enfreint mon serment de bourgeois?
Il n’est donc pas vrai que j’aie enfreint ce serment. J’ajouteque, quand cela seroitvrai, rien ne seroit plus inouï dans Genève,en choses de cette espèce, que la procédure faite contre moi. Iln’y a peut-être pas de bourgeois qui n’enfreigne ce serment enquelque article (’), sans qu’on s’avise pour cela de lui chercherquerelle, et bien moins de le décréter.
On ne peut pas dire, non plus, que j’attaque la morale dans unlivre où j’établis de tout mon pouvoir la préférence du bien géné-ral sur le bien particulier, et où je rapporte nos devoirs enversles hommes à nos devoirs envers Dieu, seul principe sur lequel lamorale puisse être fondée, pour être réelle et passer l’apparence.On ne peut pas dire que ce livre tende en aucune sorte à troublerle culte établi ni l’ordre publie, puisqu’au contraire j’y Insiste surle respect qu’on doit aux formes établies, sur l’obéissance auxlois en toute chose, même en matière de religion, et puisque c’estde cette obéissance prescrite qu’un prêtre de Genève m’a le plusaigrement repris.
Ce délit si terrible, et dont on fait tant de bruit, se réduit donc,en l’admettant pour réel, à quelque erreur sur la foi, qui, si ellen’est avantageuse à la société, lui est du moins très indifférente, leplus grand mal qui en résulte étant la tolérance pour les sentimentsd’autrui, par conséquent la paix dans l’état et dans le monde surles matières de religion.
Mais je vous demande, à vous, monsieur, qui connoissez votregouvernement et vos lois, à qui il appartient déjuger, et surtouten première instance, des erreurs sur la foi que peut commettreun particulier : est-ce au conseil? est-ce au consistoire? Voilà lenœud de la question.
(' ) Par exemple, de ne point sortir de la ville pour aller habiter ailleurs sans permis-sion. Qui est-ce qui demande cette permission ?